Au point que l’économiste allemand Holger Schmieding, de la banque Berenberg, se fendait hier de ce commentaire : « Il est de plus en plus clair que le vrai problème de l’Europe, c’est la France. »
L’agence de notation Standard and Poor’s menaçait depuis plusieurs mois d’abaisser la note de la France à « AA » contre « AA+ »; reste que l’annonce officielle hier de la décision a cueilli le gouvernement à froid.
Tout comme la publication mardi par la Commission européenne de prévisions budgétaires bien plus pessimistes que celles de Paris, puisque l’exécutif européen a estimé le déficit public français à 3,7 % en 2015. Le gouvernement français, lui, maintient qu’il descendra à cette date sous la barre de 3 %.
Pour l’agence de notation comme pour la Commission, c’est le nouveau credo du gouvernement qui est mis en doute, celui de la réduction à marche forcée des dépenses publiques.
Le ministre français du Budget Bernard Cazeneuve a beau marteler que le redressement des finances publiques françaises passera désormais « exclusivement » par des coupes dans les dépenses de l’État et des régimes de Sécurité sociale, le message a du mal à passer.
« Nous ne percevons pas de plan d’ensemble pour redéfinir les dépenses publiques pour dégager un potentiel de croissance », a expliqué le chef économiste de Standard and Poor’s pour l’Europe, Jean-Michel Six.
Ramener l’endettement à moins de 80 %
L’agence a fait savoir que pour remonter la note de la France, il faudrait que le pays fasse preuve « d’une compétitivité améliorée » ou qu’il réduise son endettement net de manière à le ramener à moins de 80 % du Produit intérieur brut. Un effort énorme, puisque ce ratio approche aujourd’hui les 95 %.
Les économistes européens jugent que la baisse de la note ne sera pas vraiment suivie d’effet politique.
Holger Schmieding estime que la France, face à sa descente en « deuxième division en Europe », finira par mettre en œuvre les réformes nécessaires, « mais cela prendra du temps, tout comme il a fallu du temps à l’Allemagne pour réagir à ses problèmes quand ils sont devenus apparents en 1995 », quand le pays était considéré comme l’homme malade à cause de son chômage et de son marasme économique.
Pour lui, « le plus grand problème est cette tradition postrévolutionnaire française de protester vigoureusement contre la moindre réforme ». Mais il ne juge pas pour autant que la France soit « candidate à une crise financière majeure ».
Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies (CEPS) de Bruxelles, juge lui aussi que « pour le moment, la France représente plus un problème potentiel qu’un problème concret », mais il appelle à « changer le cap » si le pays ne veut pas se trouver confronté « à une dette qui ne serait plus soutenable, et au rythme actuel, cela pourrait arriver dans 3 ou 4 ans ».
« Le poids de l’État dans l’économie est trop lourd », explique-t-il, avec une dépense publique française de quelque 55 % du PIB, c’est-à-dire plus de la moitié de la richesse générée chaque année dans le pays. C’est 10 points de plus que l’Allemagne.
« Le seul langage que les gouvernements comprennent »
Pour lui, le danger est celui d’une flambée des taux d’emprunt de la France, jusqu’ici très modérés : « Si cela arrive, ce sera du jour au lendemain, et ce sera brutal. Et c’est un moment impossible à prévoir avec précision. »
« Le seul langage que les gouvernements comprennent, c’est celui des taux », estime aussi Amit Kara, économiste à Londres pour la banque UBS. Pour lui, « l’histoire récente montre que les annonces des agences de notation ne font pas beaucoup bouger les marchés ».
Mais l’humeur de ces mêmes marchés peut « changer du jour au lendemain », prévient-t-il, ajoutant que « le détonateur pourrait être fourni par la contestation sociale » grandissante en France.
Alors que plus des trois quarts (77 %) des Français sont mécontents de son action et que la colère sociale enfle, François Hollande a néanmoins assuré hier qu’il entendait confirmer sa « stratégie » économique et son « cap » lors d’une réunion avec les grandes institutions financières mondiales à l’Élysée. « Cette politique qui repose sur des réformes qui ont déjà été engagées, qui se poursuivront, est la seule qui permette d’assurer la crédibilité » de la France qui peut être « mesurée à travers les faibles niveaux des taux d’intérêt sur les marchés », selon lui. Elle est aussi, a-t-il plaidé, la seule à même « d’assurer la cohésion nationale et sociale » du pays.
La semaine prochaine s’annonce aussi périlleuse puisque la Commission doit se prononcer vendredi prochain sur le projet de budget 2014 de la France et de tous les autres pays de la zone euro.
(Source : AFP)


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