On est vraiment bien quand à intervalles réguliers se pointe un nouveau gougnafier fanfaron, venu cette fois jouer les gladiateurs au beau milieu de son caillou près de Abboudiyé, à un ou deux crachats de la frontière syrienne. Ali Eid est le prototype du commandeur arabe dont les combattants larbins pataugent dans la béchamel, à Jabal Mohsen, pendant que lui sirote son café et plastronne devant les caméras, narguant la justice de son pays à l’ombre des chars syriens postés quasiment dans son jardin.
C’est son heure de gloire, à Ali. Il n’est plus député depuis près de dix ans, mais on ne le lui a pas dit. De plus, il sait d’avance qu’il a affaire à un État depuis longtemps parti en quenouilles et dont il ne reste plus que la carcasse constitutionnelle. Alors sa technique est imparable : une petite phrase du jour et le lendemain un démenti face à la cabale. Deux occasions de faire parler de lui. Sans grand espoir d’exister toutefois, et pour cause : les grenaillons cacophones du gouvernement ont d’autres chattes à fouetter et Ali Eid, lui, est de la graine de syrien. Alors il a beau jouer le Koullouna génétiquement modifié, il n’est pas certain que la greffe prenne durablement.
D’ailleurs cet agité du bocal, qui dès la naissance sifflait le biberon baassiste jusqu’à la dernière goutte, est incollable sur tout ce qui touche aux frérots : pas un bouton d’uniforme, pas un caleçon usagé de l’armée syrienne dont il ne reconnaisse immédiatement le régiment. Franchement, pour lui la Syrie chez nous, c’est normal. C’est la souveraineté qui est une aberration. Et allons-y pour un nouveau tour de piste, à Tripoli ! Les cartons dans les immeubles à coups de mortiers, les agités de la barbe frisottée éparpillés babouches au vent, les accords bidons de cessez-le-feu passés à la rotative, édition plein cuir et tirage illimité...
C’est dans les moments les plus dramatiques de l’histoire du Liban, ces instants dont on dit, comme dans un titre éculé, que le pays est « à la croisée des chemins », que surnagent ce genre de spécimens, qui par ailleurs infestent, chacun dans son clan, cette classe politique gangrenée par la médiocrité.
C’était notre rubrique : « Une semaine ordinaire de la vie d’un clampin dans une bananeraie de poche. »
gabynasr@lorientlejour.com
C’est son heure de gloire, à Ali. Il n’est plus député depuis près de dix ans, mais on ne le lui a pas dit. De plus, il sait d’avance qu’il a affaire à un État depuis longtemps parti en quenouilles et dont il ne reste plus que la carcasse constitutionnelle. Alors sa technique est imparable : une petite phrase du...

