« Dans une maladie comme l’hypertension artérielle, des progrès extraordinaires ont été notés au cours des quatre dernières décennies », déclare le professeur Joël Ménard, ancien directeur général de la Santé publique en France, président de la commission d’élaboration du plan Alzheimer en France et président du Conseil scientifique international de la Fondation plan Alzheimer. « Or face à la maladie d’Alzheimer, on se sent terriblement démuni, même si on peut
améliorer la qualité de vie des gens, parce qu’il n’y a toujours pas de médicaments », poursuit le professeur Ménard, au cours d’une conférence organisée en marge des travaux du congrès annuel de la Société libanaise de néphrologie, qui s’est tenu récemment à Beyrouth.
« Dans la maladie d’Alzheimer, la charge affective entre la famille et son patient est très particulière, ajoute-t-il. Les personnes qui s’occupent du malade se trouvent devant une incompréhension qui les désarçonne, d’autant que les relations entre les personnes sont rompues. » Sur le plan financier, « les coûts informels de la prise en charge de la maladie sont supérieurs à ceux des médicaments », pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars par mois.
Dans un monde vieillissant, l’alzheimer devient donc une « priorité » de santé publique, selon le professeur Ménard, qui indique que cette réalité a poussé le Premier ministre britannique, David Cameron, à placer la maladie au centre de l’ordre du jour du G8 qui se tiendra en décembre en Angleterre.
Mobilisation de la société
Le professeur Ménard estime que l’alzheimer est tellement « complexe » qu’il est impossible de « progresser » en l’absence « d’une grande mobilisation ». « Les sociétés ont intérêt à s’organiser de manière urgente pour faire face au problème, avec des solutions qui sont différentes d’un pays à l’autre », insiste le professeur Ménard, qui explique que le plan Alzheimer 2008-2013 avait pour objectif d’améliorer la qualité de vie des malades et des personnes qui les accompagnent, de renforcer la recherche et de mobiliser les gens autour des problèmes de société.
Le professeur Ménard met en outre l’accent sur la nécessité de « diagnostiquer la maladie à des stades plus précoces ». Les recherches menées sur la maladie ont montré que « les lésions sur le cerveau apparaissent dix à quinze ans avant que ne surviennent les troubles détectés cliniquement », observe-t-il. Ces diagnostics, qui peuvent se faire à l’aide d’imageries du cerveau, posent toutefois un problème éthique puisque, dans le cas de la maladie d’Alzheimer, on ne peut pas offrir au futur patient « des soins immédiats ». C’est plus « pour un besoin de recherches » que le diagnostic précoce se fait. Le diagnostic précoce permet aussi au patient de « s’organiser à un moment où il peut encore le faire ». Il lui permet de « garder la maîtrise de sa vie et d’annoncer ses choix », conclut-il.
Au Liban, on estime que plus de 35 000 personnes sont atteintes d’alzheimer. C’est une maladie dégénérative caractérisée par une perte progressive et rapide des cellules du cortex cérébral responsable des fonctions supérieures, comme la mémoire, le langage, l’orientation, l’intelligence et la communication.
Les causes de la maladie sont encore ignorées. Les
spécialistes expliquent que le facteur héréditaire joue un rôle limité dans la survenue de la maladie, affirmant que c’est l’âge qui constitue le principal facteur de risque.
En ce qui concerne le traitement, il est symptomatique, mais ne peut pas ralentir l’évolution de la maladie ou la stopper.
N. M.

