Nouvel album et nouvelle trompette pour le musicien.
Découvrant aussi une nouvelle trompette, reçue il y a 2 jours, il a noué les notes en un tapis musical sur lequel il a emmené son public du Mississippi, près du delta où se situe La Nouvelle-Orléans, berceau du jazz, au Gange, puisque parmi ses inspirations, il y a aussi beaucoup de musiques indiennes, même si la musique arabe y tient la première place.
Est-ce que ce sont les soufis du bord du Nil ou du Gange qui lui ont inspiré le titre de son dernier CD, disponible à partir du 5 novembre ? Toujours est-il que pour le soufisme, le monde n’est constitué que d’« Illusions » que nous sécrétons tous et dont nous devons prendre conscience.
Ibrahim Maalouf a initié les trompettistes Youenn Le Cam, Yann Martin et Martin Saccardy, et maintenant ils jouent avec lui les quarts de ton, ce qu’il était jusqu’ici seul à faire avec la trompette à 4 pistons, spécialement construite par son père.
Dans True Sorry, il se fait conteur : « C’est une histoire, c’est comme une chanson en fait (...) Ça raconte une histoire pas très drôle (...) Même si on est là pour faire la fête ; on peut raconter des trucs pas drôles et faire la fête dessus, c’est pas grave. C’est l’histoire d’un gars dans la dernière partie de sa vie, qui se dit j’ai fait quelques conneries, j’ai blessé, j’ai abîmé des cœurs, je vais faire le tour d’un peu tout le monde pour m’excuser. »
Le soufisme, « science de l’intérieur », se rapproche par cet aspect de l’œuvre d’Ibrahim Maalouf, empreinte des émotions du compositeur, qui aime à citer Charlie Parker parlant du jazz : « La musique est une expérience personnelle, c’est nos propres pensées, notre propre sagesse, si tu ne la vis pas, ça ne sortira pas de ton instrument ;
on nous enseigne souvent qu’il y a des frontières, des démarcations entre les styles, mais il n’y a aucune frontière dans le milieu de l’art. »
Ce même universalisme peut aussi être mis en relief dans le soufisme, c’est pourquoi avec le jazz il constitue aujourd’hui un véritable antidote contre les divers intégrismes. Cela fait écho à des propos d’Ibrahim Maalouf en 2012 : « Il y a une chose qui me fait très peur quand je vais au Liban ; les gens qui ne s’acceptaient plus mais se toléraient, maintenant après dix-sept ans de guerre civile, ils ne se tolèrent même plus. Ils n’ont plus honte de dire, moi, je n’aime pas les sunnites, moi, je n’aime pas les chiites, moi, je n’aime pas les catholiques, moi, je n’aime pas les maronites. Il faut qu’on arrête dans les milieux du jazz de se tolérer, il va falloir qu’on s’accepte et qu’on travaille ensemble, qu’on crée des choses ensemble. »
Loin de ces préoccupations, le public nancéen a écouté dans une communion quasi mystique le maître de la trompette à quatre pistons.
Michel MAY (NANCY)

