La communauté chiite entamait ainsi sa lutte sournoise contre le prophète de l’islam sunnite à l’influence jusque-là prépondérante aux Proche et Moyen-Orient. Le Hezbollah – vent de l’histoire soufflant dans ses voiles – a poursuivi son ascension (bernant au passage un général libanais assoiffé de pouvoir) inscrivant dans la durée sa domination électorale, devenant ainsi la principale force islamiste au sein du Parlement : 5 sièges en 1996, 8 en 2000, 14 aujourd’hui. La poursuite de la lutte contre Israël et la récupération des hameaux de Chebaa – microterritoire contesté entre le Liban, la Syrie et Israël – devenait l’argument politique massue du Hezbollah contre son indispensable désarmement exigé pourtant par la résolution 1559 du Conseil de Sécurité de l’ONU datant de 2004. Face à cette ascension, le Liban, ventre mou de la curée arabe contre Israël, pris entre compromis et aveuglement, avait tout faux ; et de dérives en régressions mentales, le pays se transformait en repaire du terrorisme, de l’assassinat politique, du rapt populaire, des crispations identitaires, de l’insécurité... jusqu’à l’effacement meurtrier de l’État. Avec le terrorisme le monde était entré dans une nouvelle dimension de la bêtise et de l’horreur. Notre culture démocratique avait-elle encore voix au chapitre ?
Montesquieu écrivait en 1734 dans L’esprit des lois : «Les grands succès, surtout ceux auxquels le peuple contribue beaucoup, lui donnent un tel orgueil qu’il n’est plus possible de le conduire. Jaloux des magistrats, il le devient de la magistrature; ennemi de ceux qui gouvernent, il l’est bientôt de la Constitution (...) Le principe de la démocratie se corrompt, non seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême, et que chacun veut être l’égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. »
Ainsi l’État se doit – et nous doit – de réexister ; et le prince de conduire sans peur, loin des intérêts confessionnels, des calculs étriqués et des visions d’ailleurs en conflit avec nos intérêts existentiels, la marche des institutions.
Le terrorisme, produit d’un islam dévoyé et mortifère, se présente sans fard, comme le pur combat d’une foi coranique pour un refus radical : celui des valeurs à vocation universelle ; un rejet de démocratie, de culture et de civilisation qui donnent un sens à l’aventure humaine.
Paul Ph. EDDÉ

