Melilla est une enclave espagnole au nord du Maroc, cernée par une barrière grillagée de 11 kilomètres de long et une façade maritime de 7 kilomètres. Pierre-Philippe Marcou/AFP
Venus de pays du Maghreb, ils ont gagné cette enclave espagnole au nord du Maroc, sur la Méditerranée : l’un des ponts vers l’Europe pour l’immigration clandestine africaine, cernée par une barrière grillagée de 11 kilomètres de long et une façade maritime de 7 kilomètres. En contrebas de la jetée, entre les blocs de béton qui protègent le môle, plusieurs dizaines de ces jeunes clandestins ont installé leur territoire, déplié au sol quelques cartons où certains attendent depuis plusieurs semaines déjà. « Je suis ici depuis vingt jours. Je vais monter dans un camion », lance fièrement Mounen Fannan, un jeune Marocain de 17 ans arrivé de Fez. « Là-bas, il n’y a rien à faire. En Europe, les chances de s’en sortir sont beaucoup plus grandes. »
« Ils sont marocains, algériens, quelques-uns viennent de Syrie », explique José Palazon, de l’organisation humanitaire Prodein. Seuls et mineurs, ils n’ont pas accès au CETI, le centre d’hébergement du gouvernement espagnol, où les enfants doivent être accompagnés de leurs parents. Certains se sont échappés du centre d’accueil pour mineurs de la ville, affirmant y subir de mauvais traitements. « Ils sont totalement hors du système. Ils viennent ici avec l’espoir de grimper sur un bateau et d’aller dans des centres de la péninsule (...). Ce sont des enfants qui ont des problèmes familiaux. Beaucoup ont été maltraités, ont perdu leurs parents (...). Pour sortir d’ici, ils se jettent dans le port, tentent de monter dans un camion, puis le camion embarque sur un bateau et ils se retrouvent à Malaga ou Almeria », dans le sud de l’Espagne. « C’est très difficile, mais ils y arrivent. Ils peuvent être quatre ou cinq à partir chaque semaine », raconte José Palazon.
À quelques dizaines de mètres de la jetée, un zodiac de la Garde civile patrouille, sans s’approcher plus. « Nous ne pouvons pas faire grand-chose », admet le lieutenant Juan Antonio Martin Rivera, porte-parole de la Garde civile à Melilla. « C’est une situation délicate et il faudra bien l’aborder, en associant les services sociaux, le parquet, les forces de sécurité. »
Toutes les formes
Ville mixte de 80 000 habitants, dont une moitié d’origine maghrébine, située à moins de cent kilomètres de l’Algérie, Melilla est au carrefour de toutes les formes d’immigration clandestine, par terre et par mer.
« Si les assauts contre la frontière grillagée sont les plus spectaculaires, l’immigration a beaucoup d’autres visages, comme les arrivées par la mer ou les doubles fonds des véhicules dont se servent les mafias pour faire entrer des clandestins dans des conditions calamiteuses. Dans ces deux cas ce sont toujours des Subsahariens », explique le porte-parole.
Par le principal poste-frontière de Beni Anzar, 35 000 personnes et 5 000 à 7 000 voitures transitent chaque jour, un accord entre l’Espagne et le Maroc autorisant les habitants de la zone frontalière à se déplacer sans visa. Entre les files de voitures, les policiers espagnols fouillent les coffres, auscultent les capots. Dans une Mercedes garée sur un côté, à l’intérieur désarticulé, ils ont trouvé une jeune fille de 16 ans et un garçon de 17 ans, dissimulés l’un à l’avant et l’autre à l’arrière.
« Pour chaque immigrant qui entre dans un double fond, ils font payer 2 000, 3 000 ou 4 000 euros (...) par la mer, ils peuvent toucher 1 500 euros par personne et font entrer ainsi des femmes, des enfants, dont beaucoup ne savent pas nager », explique le lieutenant Martin Rivera. L’immigration clandestine maghrébine, en particulier algérienne, privilégie, elle, l’accès par les postes-frontières, utilisant de faux papiers d’identité marocains, se fondant dans la foule. Certains tenteront ensuite de rejoindre la péninsule par bateau, cachés dans des camions ou des conteneurs. « Ils se mettent dans des lieux invraisemblables. Nous avons même trouvé des gens dans des sacs de cendres radioactives », raconte l’officier. À Melilla, la zone portuaire est l’un des lieux très sensibles, avec ses eaux partagées entre l’Espagne et le Maroc.
(Source : AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine