Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a ainsi réitéré de vive voix l’expression du mécontentement de la France à son homologue américain John Kerry, lors d’une rencontre au Quai d’Orsay hier matin. « L’espionnage tel qu’il a été pratiqué sur une grande échelle de la part des Américains vis-à-vis d’alliés est quelque chose d’inacceptable », a déclaré M. Fabius à des journalistes à Londres où il venait de participer à une réunion des Amis de la Syrie et de l’opposition syrienne. « Je lui ai dit (à John Kerry) de nous fournir des éléments d’informations rapidement et que ces pratiques cessent », a poursuivi Laurent Fabius. « Nous ne sommes pas naïfs, nous considérons que la lutte contre le terrorisme est une nécessité (mais) une chose est cette lutte contre le terrorisme, autre chose est l’espionnage systématique de dizaines de millions de données », a-t-il jugé. Il a indiqué qu’à la suite de premières informations cet été sur le programme de surveillance des États-Unis, des « mesures » avaient été prises. « En particulier au Quai d’Orsay, nous avons décidé de sécuriser un certain nombre de communications, et d’autre part nous avons lancé une mission d’audit sur nos installations aux États-Unis, puisqu’il apparaissait qu’elles ont été espionnées », a-t-il dit.
Selon Le Monde, qui cite des documents de l’ancien consultant de l’agence américaine Edward Snowden, la NSA a effectué 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013. Il a par ailleurs publié hier de nouveaux détails sur les écoutes des ambassades françaises, notamment la représentation à l’ONU à New York. Il cite un document de la NSA d’août 2010, selon lequel les informations dérobées à la France et à d’autres chancelleries auraient joué un grand rôle pour obtenir le vote en faveur de nouvelles sanctions à l’Iran au Conseil de sécurité.
« Les doigts dans le pot de confiture »
Mais au-delà des manifestations d’indignation, la France n’a pas l’intention de déclencher une « escalade » avec son puissant allié. Car tout comme la NSA américaine et les agences de renseignements des grands pays, les services secrets français interceptent eux aussi des communications à l’étranger mais dans un volume bien moindre que la NSA, estiment des spécialistes. « Tous les services de renseignements le font mais en espérant bien ne pas se faire prendre les doigts dans le pot de confiture », juge un ancien cadre du renseignement sous le couvert de l’anonymat. C’est dans ce cadre-là que la porte-parole du gouvernement français Najat Vallaud-Belkacem a déclaré : « Je ne crois pas qu’il faille aller vers une escalade. » Elle a estimé que « le plus important » est « le travail entrepris au niveau européen pour que l’Europe se dote (d’une) directive sur la protection des données personnelles », mais aussi « qu’elle obtienne des éclairages utiles de la part des États-Unis ».
La porte-parole a été rejointe sur ce point par Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, qui a appelé les dirigeants de l’UE à « passer aux actes » lors de leur sommet en fin de semaine pour protéger les données des citoyens et sanctionner les infractions des géants de l’Internet, avançant qu’après le « scandale » révélé en France, il fallait s’attendre à d’autres révélations.
(Source : AFP)


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