L’enfant chéri de l’image, celui qui l’embrassait de tous les côtés, qui la servait dans toutes ses facettes, le brasier incandescent, s’est éteint. Patrice Chéreau pouvait encore courir comme le vent, découvrir des visages et des corps, et surtout des talents comme Valeria Bruni Tedeschi, Vincent Perez, Laurent Grévill, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui et, bien sûr, Pascal Greggory. Il pouvait diriger des théâtres comme le Nanterre-Amandiers où en compagnie de ses amis Catherine Tasca, Alain Crombecque et Richard Peduzzi, il y conviait toutes les disciplines (théâtre, musique, opéra et cinéma). Il pouvait encore, comme en 1974 tout en faisant du théâtre (Dispute de Marivaux et Peer Gynt d’Ibsen), signer un film, La Chair de l’orchidée (son premier). Et pourquoi pas refaire la Tétralogie de Wagner, à Bayreuth, qui s’est achevée dans sa dernière reprise, en 1980, par quatre-vingt-sept minutes d’applaudissements.
Celui qu’on a nommé la « superstar » européenne n’avait alors que 32 ans. Il voulait embrasser toutes les disciplines, reprendre un élan pour mieux repartir. Ni les échecs ni même les consécrations (Molière au théâtre en 1989, César du meilleur réalisateur pour Ceux qui m’aiment... en 1999 et Ours d’or à Berlin pour Intimité, deux ans plus tard) ne l’ont un jour détourné de son but. Il avait encore tant à faire. Selon le site Libération culture, une dernière œuvre théâtrale, Les Visages et les corps, sera à l’affiche du Théâtre du Rond-Point à Paris, du 15 octobre au 10 novembre. Cette pièce, mise en scène et interprétée par Philippe Calvario, est tirée de l’expérience de Patrice Chéreau au musée du Louvre. Invité à l’automne 2010 à établir un parcours personnel à travers les collections du musée, Chéreau avait alors livré sa vision de l’art dans un journal intime, aujourd’hui adapté au théâtre. Il aurait pu tant et tant... mais la flamme s’est consumée et le moteur du bolide s’est arrêté.
Ceux qui l’aiment prendront le train.

