En général, cela arrive, comme par hasard, durant tous les week-ends, et inutile alors d’essayer de contacter des responsables ou d’espérer qu’une équipe zélée de l’EDL vienne à notre secours.
Tout cela ne serait évidemment que chose très normale dans ce pays anormal puisque voilà plus de vingt ans que la guerre est terminée et que, néanmoins, nous continuons à attendre en vain une distribution régulière (24h sur 24) de ce fameux jus si précieux, qui se raréfie avec le temps. On sait que le Liban n’est comparable à aucun autre pays du monde, développé soit-il ou sous-développé, ou encore en cours de développement. Qu’il n’est même pas comparable à un pays en voie de sous-développement. Et pour cause !...
Pourtant, à titre d’exemple, et loin de vouloir porter atteinte à un pays aussi beau que le Sri Lanka, je sais que là-bas, d’où l’on nous envoie une main-d’œuvre aussi nombreuse que pauvre, dans ce pays que les Libanais imaginent vivant d’une manière archaïque, eh bien non, au Sri Lanka, ils jouissent d’un courant électrique continu, c’est-à-dire sans jamais subir une seule coupure d’électricité.
Pour en revenir à nos moutons, et comme corollaire logique à cette situation, les générateurs de quartier sont sollicités intensivement et finissent par nous imposer, dans le but de reposer leurs machines, un arrêt obligatoire de plusieurs heures, suivant les plages horaires qu’ils décident, nous renvoyant de ce fait à la période de guerre d’il y a trente ans.
Certains voisins et commerçants du quartier qui subissent le même sort que moi m’ont communiqué un numéro de téléphone pour les réparations de l’EDL et qui a pour sigle : BUS. J’ai su que le B était pour Batroun, vu que ce centre est situé là-bas, dans le fief même de notre ministre ;
pour le reste, on ne m’a pas donné d’explication et d’ailleurs je m’en fiche.
J’ai appelé à ce numéro, il y a trois semaines, et une gentille demoiselle, fort polie d’ailleurs, m’a répondu qu’une équipe était sur place et travaillait pour les réparations. Lorsque je lui ai confirmé qu’à l’endroit précisé il n’y avait ni équipe ni autres réparateurs, elle s’est embrouillée pour me notifier ensuite qu’en fait l’EDL n’arrivait pas à retrouver l’endroit où le câble électrique était coupé. Et vu que cela durait depuis des semaines, j’ai pensé qu’on n’était pas près de sortir de l’auberge. Mais vu sa « compréhension » devant ma colère et son impuissance devant cette situation dont elle n’était nullement responsable, j’ai fini par en prendre mon parti tout en lui conseillant par ailleurs d’aviser les responsables que les néons du tronçon de l’autoroute Jal el-Dib jusqu’à Nahr el-Mott éclairaient a giorno les automobilistes depuis déjà quatre semaines, alors que nous autres sommes dans le noir.
Quelques semaines plus tard, après un seul week-end de répit, nous voilà revenus à la case départ. Rappel de BUS, répétition du même motif (le lieu de coupure du câble qu’on n’arrive pas à repérer).
Entre-temps, évidemment, notre générateur de quartier, qui a fonctionné à plein régime de si longues semaines, s’est fatigué (on le comprend) et a fini par rendre l’âme, nous laissant dans le désarroi le plus total.
Mais le plus réconfortant tout de même, c’est que l’éclairage public de ce fameux tronçon de l’autoroute est toujours là, tous les jours, sans relâche, du matin jusqu’au soir, sans le moindre ratage.
Je suis éberluée de constater qu’à ce jour, soit un mois plus tard, notre ministre qui doit nécessairement emprunter ce même trajet, ou n’importe quel autre ministre ou responsable, ou politicien dans ce pays, ou une quelconque personne ayant un minimum d’esprit civique ou de sens d’observation tout court, aucune personne n’a jugé bon d’aviser les responsables concernés de ce gaspillage d’électricité alors que tant de régions sont en manque de courant.
Mais évidemment, il y a des choses plus importantes actuellement, me diriez-vous. Et si chacun pensait à faire son travail ?...

