Les experts internationaux ont entamé hier la destruction de l’arsenal chimique en Syrie en application d’une résolution de l’ONU votée après une attaque chimique particulièrement meurtrière dans ce pays dévasté par la guerre. La mission conjointe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et de l’ONU a pour mission de détruire un arsenal estimé à mille tonnes, dont des centaines de gaz moutarde ou encore de gaz sarin, réparties dans des dizaines de sites.
Selon une source au sein de l’équipe OIAC-ONU, les experts, arrivés en Syrie mardi dernier, « se sont rendus sur un site pour entamer la vérification et la destruction » des armes chimiques, dans le cadre de la « phase 2 de la mission ». « Le processus de destruction et de démantèlement est mené par les Syriens, sous la supervision de notre équipe, qui vérifiera et confirmera ensuite que cela a été fait de façon appropriée », a-t-elle ajouté. « Des véhicules lourds vont écraser et détruire les ogives de missiles, bombes chimiques, ainsi que les mélangeurs et les unités mobiles et fixes de remplissage », au premier jour du démantèlement, a-t-elle poursuivi. L’équipe est chargée de faire appliquer la résolution 2118 du Conseil de sécurité, la première votée sur le conflit syrien grâce à un accord russo-américain prévoyant le désarmement chimique du pays d’ici à mi-2014, après l’attaque du 21 août qui a fait des centaines de morts et qui a été attribuée aux forces syriennes par l’Occident et l’opposition.
À ce sujet, le président Bachar el-Assad a nié encore une fois toute responsabilité dans cette attaque dans une interview au quotidien allemand Der Spiegel. Il a par ailleurs affirmé que son gouvernement était « très transparent » avec l’équipe de l’OIAC et de l’ONU. « Les experts pourront se rendre sur tous les sites. Ils récupéreront toutes nos données, les vérifieront, et ensuite ils pourront juger de notre crédibilité », a affirmé M. Assad au Spiegel.
« La réalité n’est pas noire ou blanche »
Il a également de nouveau reconnu des « erreurs » dans la gestion du début du soulèvement contre son régime. « Dès que des décisions politiques sont prises, il y a des erreurs. Partout dans le monde. Nous ne sommes que des hommes. » « Des erreurs personnelles ont été commises (...) Même un président commet des erreurs », a insisté Bachar el-Assad, ajoutant toutefois que ses « décisions fondamentales étaient justes ». Interrogé sur une éventuelle responsabilité totale de l’opposition dans les massacres dans le pays, M. Assad a répondu que « la réalité n’est pas noire ou blanche ». « On ne peut pas dire qu’ils sont responsables à 100 % et nous pas du tout, a-t-il ajouté. La réalité n’est pas noire ou blanche, il y a aussi une palette de gris. Mais il est correct de dire que nous nous défendons. »
Le président syrien a tenu ces propos au lendemain d’une autre interview dans laquelle il a affirmé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2014 si le peuple le « voulait ». « Si j’ai le sentiment que le peuple syrien veut que je sois président dans une prochaine étape, je me porterai candidat », a affirmé M. Assad dans un entretien à la chaîne d’opposition Halk-TV diffusé vendredi soir par l’agence officielle SANA. « Si la réponse est non, je ne le ferai pas », a-t-il ajouté, précisant que sa réponse serait « plus claire dans les quatre ou cinq mois ». Dans cette même interview, M. Assad a accusé les rebelles, qu’il qualifie de « terroristes », d’aspirer à créer un « État islamique » en Syrie. « Ils n’ont rien à avoir avec l’islam, ils viennent du monde entier, de plus de 80 pays, pour mener le jihad (guerre sainte) et créer cet État. »
En attendant, alors que, sur le terrain, les protagonistes sont déterminés à se battre jusqu’au bout et que les efforts pour les réunir ont échoué jusque-là, Lakhdar Brahimi, l’émissaire international pour la Syrie, espère parvenir à rassembler les deux camps lors de la conférence dite Genève II qui a été maintes fois reportée et qui pourrait se tenir en novembre.
L’ASL appelle à l’unité
Dans ce contexte, une nouvelle attaque aux obus contre Damas a fait huit morts dans le quartier chrétien de Qassaa, selon les médias officiels, et des combats continuaient entre rebelles et soldats sur plusieurs fronts à travers le pays.
La veille, le commandement de l’Armée syrienne libre (ASL) a appelé samedi à l’unité après le rejet par plusieurs importants groupes rebelles de l’autorité de la Coalition nationale de l’opposition. Le conseil militaire de l’ASL a indiqué dans un communiqué avoir décidé de « lancer un appel pour resserrer les rangs, renoncer aux divisions et rejeter toute forme de dissensions provoquées par les tentatives pour séparer l’aile politique de l’aile militaire ».
(Lire aussi: Syrie : el-Qaëda affiche sa volonté hégémonique dans les régions rebelles)
L’opposition syrienne, qui n’a pas pu obtenir des Occidentaux plus de soutien matériel et financier pour les rebelles sur le terrain, a été désavouée par 13 importants groupes rebelles, dont des jihadistes, qui ont annoncé fin septembre qu’elle ne « les représentait pas ». Parmi les groupes ayant fait défection figurent, d’une part, des groupes islamistes appartenant à l’ASL, dont la brigade al-Tawhid, et, d’autre part, les jihadistes du Front al-Nosra, lié à el-Qaëda, ainsi que le groupe islamiste Ahrar ach-Cham, l’un des plus influents sur le terrain et qui coopérait avec l’ASL.
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