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À La Une - Liban-Campus

Les jeunes étrangers, un maillon dans la chaîne libanaise

Elles sont là, ces personnes au visage différent, à la démarche aérienne même en plein embouteillage enfiévré à Hamra ou dans les autres quartiers beyrouthins. Sont-ils des étrangers ? Non. Ce sont les amis du Liban qui respirent à pleins poumons cet air qui nous fait suffoquer.

« Il suffisait de s’asseoir au bar de l’hôtel Saint-Georges pour voyager de Moscou à Washington en remuant des glaçons », dit Dominique Eddé dans son roman Cerf-Volant. La vie beyrouthine fut, de tout temps, imprégnée de cosmopolitisme. Située au confluent de la Méditerranée et du Moyen-Orient arabe, Beyrouth s’avère une cité où il fait bon vivre. Mais ce statut « honorable » qui lui a fait une réputation, bien méritée, de ville berceau des civilisations survivra-t-il toujours à l’aube des crises politiques ? Qu’en pensent ces jeunes qui ont largué leur statue de la Liberté, leur tour Eiffel, leur Big Ben, leur Acropole et leur sérénité allemande posthitlérienne ? L’enquête menée par Campus essaie de fournir des réponses à cette question.

Beyrouth, on l’aime, elle non plus
Anna, Ryan, Dimitri, Carmen et Hassan partagent un appartement spacieux à Hamra. Chez eux, c’est la nouba chaque soir. « Nous vivons en famille. C’est-à-dire à la libanaise », lance Anna, étudiante allemande de 23 ans. Ce qui l’a poussée à débarquer au pays du Cèdre ? « J’ai toujours été amoureuse de la langue arabe, du Moyen-Orient qui nous charme avec ses blandices exotiques. Et récemment du lacis urbain de Beyrouth ! » poursuit-elle. Et de conclure : « C’est une société non individualiste. Si on est dans la rue, perdu et aux abois, un Libanais viendra à coup sûr offrir son aide. » 


Ryan, 26 ans, Américain de Seattle, est venu au Liban pour parachever son master en sciences politiques. « Je fais face à maintes difficultés au quotidien. Je suis obligé de dompter mon sentiment de crainte résultant du nuage d’insécurité qui pèse lourd », indique-t-il avant d’ajouter : « Mais vivre ici, c’est plonger dans une profusion de couleurs et de bruits orientaux. Même l’AUB, université américaine, n’est pas très à l’occidentale pour moi ! »
Dimitri, jeune ingénieur grec de 25 ans, est venu ici pour travailler et... économiser !
Oui, économiser, car « il y a pas mal d’avantages fiscaux au Liban », à son dire. Dimitri, habitué aux mesures rigoristes de la part de la police occidentale, avoue qu’au Liban, il jouit d’une liberté hors pair car le peuple libanais « n’exerce pas de répressions sociales sur nous », confie-t-il. 


Carmen, Française âgée de 23 ans, est venue il y a deux ans pour un semestre d’échanges à l’USEK dans le cadre d’un master en journalisme et communication. Mais aussitôt rentrée en France dans le Pays basque, elle a été rongée par la nostalgie. « Il n’est pas difficile de tomber amoureux de Beyrouth et du Liban. C’est un pays où plusieurs cultures fusionnent. J’ai été à Safra, village dans la Békaa, et je ne pourrais décrire l’hospitalité des gens là-bas, les soirées féeriques où l’arak était généreusement servi et où l’on restait éveillé jusqu’à l’aube pour ne pas gaspiller la moindre minute de félicité », raconte-t-elle, avant d’ajouter : « C’est un pays bigarré, où la violence se manifeste à travers la moindre faille. Mais ça m’est utile pour mon travail de journaliste, surtout que j’aime faire des reportages. » 

 

Hassan, d’origine libanaise mais né en Italie, est revenu à la recherche de ses origines. « Mener une vie en Italie est hors question. Ici, je suis bien, même si je ne jouis pas du minimum des services que l’État doit assurer. Pourtant je m’en sors très bien, comme tous les autres Libanais », indique-t-il avant de conclure en clignant de l’œil : « Il paraît que le monde a oublié que nous sommes des Phéniciens ! Je me moque des étrangers qui viennent au Liban avec un sentiment de pitié et croyant que c’est le désert. Les pauvres ! Ils sont tout de suite happés par le charme libanais et on les trouve la nuit même de leur arrivée suçant le tuyau de leur narguilé comme les indigènes. »


Tracy, Anglaise de 43 ans, travaille comme correctrice dans une maison d’édition et professeure universitaire d’anglais. Elle vit à Gemmayzé depuis 6 ans. « Je ne nie pas que plusieurs difficultés obstruent le rythme normal de ma vie au Liban. Mais sans cela, je ne me serais jamais sentie en vie ! L’Angleterre, mon pays natal, est austère et sans soleil. Au Liban, je suis enveloppée par la gentillesse de mes amis et de cette société exceptionnelle. J’ai tout laissé pour vivre ici », dit-elle.

Et s’il fallait changer quelque chose au Liban ?...
... « Ça serait sans doute les transports publics », pour Anna. Quant à Dimitri, il aimerait bien bannir le culte des pots-de-vin qu’on verse ici et là, surtout dans « les institutions publiques ». Avis partagé par Carmen qui voudrait « bannir le système de la wasta ». Hassan rêve d’avoir plus d’espaces verts dans la capitale et moins de plages privées. Ryan aimerait qu’il y ait plus de mariages mixtes et moins de fanatisme religieux. Tous rêvent d’un nouveau Liban et d’un Beyrouth qui revêt son manteau de ville historique.
Oui, c’est une ville historique qui a inspiré les plus grands poètes, dont Nadia Tuéni qui a écrit : « Beyrouth est en Orient le dernier sanctuaire, où l’homme peut toujours s’habiller de lumière. »

Maya KHADRA


 

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