Sissi, le nouveau maître de l’Égypte. Photo Reuters
Mais, note Abdallah al-Sennaoui, éditorialiste au quotidien privé al-Chourouq, « qu’il se présente ou non, dans les deux cas, nous faisons face à un problème ». Une candidature Sissi « serait le choix populaire d’un homme fort, mais cela renforcerait l’idée d’un coup d’État militaire soutenue notamment par les Frères » musulmans, mouvement islamiste dont est issu M. Morsi, explique-t-il. À l’inverse, « il est clair que le général Sissi bénéficie d’un grand soutien au sein de l’armée, des services de sécurité et de l’appareil d’État, ce qui le rend puissant. Si un autre est élu, on court le risque de se retrouver avec un État bicéphale », juge-t-il. Dans le même temps, « sur le terrain, des forces, Frères musulmans en tête, chercheront à contrecarrer le futur président, quel qu’il soit. Celui-ci aura alors besoin du soutien de l’armée, ce qui affaiblira l’exécutif. La question dépasse la personnalité de Sissi, elle touche à la structure même du régime », estime-t-il.
Dans un pays où l’armée a fourni tous les présidents – à l’exception de M. Morsi –, le chef de l’armée et le chef de l’exécutif devront dans tous les cas « coexister », souligne le politologue Moustapha Kamel el-Sayyed. D’autant que « le prochain président ne devrait pas avoir d’incidence sur les privilèges de l’armée » dont le budget est actuellement protégé par la Constitution, affirme M. Sayyed. « Il est réaliste de penser que l’armée continuera de jouer un rôle, tandis que le général Sissi conservera une influence, notamment en matière de sécurité nationale », dit-il, faisant notamment référence à la recrudescence des attaques, notamment dans le Nord-Sinaï. C’est justement pour cette raison que certains l’appellent d’ailleurs à ne pas se présenter. Ahmad Taha, du quotidien privé al-Youm al-Sabaa, invite ainsi à « le laisser à ses devoirs sacrés » de militaire. « Sa présence à la tête de l’armée est bien plus importante qu’à la tête de l’État car les dangers qui menacent la nation (...) demandent le renforcement des capacités de l’armée (...) et cela n’arrivera que si quelqu’un comme Sissi la dirige », estime M. Taha.
De même, pour les journalistes et les experts qui l’ont récemment rencontré, le général Sissi « n’a pas l’intention » de se présenter. M. Sennaoui rapporte qu’il aurait même affirmé qu’il « ne se présenterait pas même si des millions » de manifestants descendaient dans les rues. Malgré tout, déjà trois candidats malheureux à la présidentielle de 2012 – la première après trois décennies de règne sans partage de Hosni Moubarak renversé dans le tumulte du printemps arabe début 2011 – ont promis de s’effacer si le général Sissi se présentait. Amr Moussa, ancien chef de la diplomatie de Moubarak, Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre du raïs déchu, et Hamdeen Sabbahi, nationaliste arabe et figure de la gauche, ont dit agir ainsi car le général était « le plus populaire ». « Aujourd’hui, les Égyptiens attendent de leur futur président qu’il soit capable de prendre des décisions fermes quelles qu’en soient les implications politiques », a ainsi noté M. Moussa dans un entretien à al-Chourouq, qualifiant le général Sissi d’« homme le plus populaire d’Égypte ». M. Sabbahi a, lui, vu dans l’actuel ministre de la Défense un « héros populaire », tandis que M. Chafiq, qui s’était maintenu en 2012 au second tour contre M. Morsi, affirmait à la télévision privée Dream 2 que le général Sissi aurait « la priorité absolue ». Le « héros populaire », lui, est resté silencieux, ne laissant échapper qu’une allusion dans un rare discours le 24 juillet. « L’honneur de réaliser la volonté populaire est plus grand que celui de diriger l’Égypte », a-t-il affirmé, faisant visiblement allusion aux manifestations monstres du 30 juin.
(Source : AFP)


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