La conservatrice Erna Solberg, surnommée « Erna de fer », est confrontée à une tâche ardue : former un gouvernement viable avec l’appui de ses alliés de la droite populiste et du centre-droit, dont les vues peuvent être radicalement opposées. Photo AFP
Au lendemain de sa nette victoire électorale, celle qu’on surnomme « Erna de fer » a engagé les consultations avec ses partenaires potentiels dès hier matin. « Nous sommes convenus de commencer à explorer les possibilités pour que tous les partis (de droite) forment un gouvernement », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse. Très probable prochaine Premier ministre à la tête d’une droite hétéroclite, cette blonde corpulente de 52 ans devra concilier les exigences contradictoires de son parti conservateur, du Parti du progrès (FrP, populiste) et de deux formations de centre-droit, les démocrates-chrétiens et les libéraux. « Tout le monde devra négocier. Ce sera donnant-donnant », a prévenu Mme Solberg.
La droite a remporté lundi une nette majorité de 96 sièges sur 169 au Parlement, sonnant le glas d’une coalition de centre-gauche victime de l’usure du pouvoir après huit ans de règne. Le Premier ministre travailliste Jens Stoltenberg a concédé sa défaite et annoncé qu’il présenterait sa démission après la présentation du projet de budget 2014 le 14 octobre.
Sortir les sortants
S’ils étaient d’accord pour sortir les sortants, les partis dits « bourgeois » ont maintenant un peu plus d’un mois pour tenter de trouver une plateforme de gouvernement viable. Les éditorialistes leur prédisaient un chemin semé d’embûches, tant les désaccords sont importants sur les questions d’immigration, de climat, d’environnement, d’aide au développement ou encore d’utilisation de l’immense manne pétrolière du pays. « On n’a jamais ouvert un œuf Kinder surprise plus palpitant dans l’histoire politique norvégienne », écrivait hier Harald Stanghelle, rédacteur en chef politique du journal de référence Aftenposten, en relevant les différences de vues et de style entre les composantes de la nouvelle majorité. « Le plus dur reste à faire », renchérissait Hanne Skartveit, la commentatrice du journal populaire Verdens Gang (VG). « Erna Solberg doit unir les points de vue presque inconciliables de partis extrêmement différents », écrivait-elle.
Le Parti du progrès est paradoxalement parmi les vainqueurs du scrutin, alors que les électeurs l’ont relégué de la deuxième à la troisième place, le faisant tomber à 29 sièges contre 41 dans le Parlement sortant. Après avoir été confinée dans l’opposition depuis sa naissance il y a 40 ans, la droite populiste est en effet le partenaire gouvernemental le plus probable pour les conservateurs, force dominante avec ses 48 sièges. « Je crois que le FrP va avoir beaucoup d’influence (...) C’est le deuxième parti à droite et (...) il ne soutiendra pas un gouvernement sans avoir gain de cause sur une bonne partie de sa politique », a déclaré Johannes Bergh, chercheur à l’Institut de recherches sociales d’Oslo. « On peut s’attendre à ce qu’il s’arc-boute sur la question de l’immigration et à ce qu’il réclame un certain resserrement dans ce domaine », a-t-il dit.
Quatre survivants d’Utoeya élus
Le Parti du progrès avait un temps accueilli dans ses rangs Anders Behring Breivik, l’extrémiste de droite qui a tué 77 personnes le 22 juillet 2011 en posant une bombe près du siège du gouvernement à Oslo puis en ouvrant le feu sur de jeunes travaillistes réunis sur l’île d’Utoeya. Quatre jeunes survivants de la fusillade ont été élus lundi sous l’étiquette travailliste. Trente-trois jeunes qui avaient échappé aux balles de Breivik étaient en lice.
Le FrP a nettement condamné l’auteur des attaques, mais reste favorable à une politique d’immigration très restrictive. Dès lundi, sa chef Siv Jensen a promis des « négociations serrées », s’engageant à laisser une « empreinte forte » dans le futur programme de l’exécutif. Avec leurs 19 parlementaires, les deux petits partis de centre-droit, les démocrates-chrétiens et les libéraux, sont prêts à soutenir un tel gouvernement, sans nécessairement y participer. Mais ils devront en retour avoir quelques os à ronger.
Outre la délicate question de l’immigration, les pommes de discorde comprennent l’ouverture à la prospection pétrolière des eaux baignant l’idyllique archipel des Lofoten dans le Grand Nord, des vues très opposées sur le changement climatique et la proportion des revenus pétroliers que le riche État norvégien peut utiliser sans nuire à la compétitivité de l’économie.
(Source : AFP)


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