Le pape a reçu hier au Vatican une délégation de religieux chrétiens syriens. Photo AFP
Hier également, son « ministre des Affaires étrangères », le Français Dominique Mamberti, réunissait 71 ambassadeurs pour leur signifier la détermination du Vatican à s’opposer à toute solution armée. Les États-Unis et la France envisagent des frappes limitées pour punir le régime du président Bachar el-Assad d’avoir, selon eux, utilisé massivement des gaz chimiques contre la population civile le 21 août. « Face à de tels actes, on ne peut se taire », et le Saint-Siège, a souligné Mgr Mamberti, « souhaite que les institutions compétentes fassent la lumière et que les responsables rendent compte de leurs actes devant la justice ». Mgr Mamberti a aussi invité les belligérants à « dépasser leur opposition aveugle », rappelé que Benoît XVI et François ont multiplié les appels depuis deux ans et demi, et que l’Église est « en première ligne » pour l’assistance humanitaire, sans distinction de confessions. Mgr Mamberti a exhorté « les groupes d’opposition à isoler » les « groupes extrémistes, souvent provenant d’autres pays », et à « s’opposer clairement au terrorisme ».
Selon des sources diplomatiques, Mgr Mamberti a exposé un document, préparé en vue d’un hypothétique « Genève 2 » et présentant six axes. Il insiste sur l’intégrité territoriale, le risque de la constitution d’enclaves et les garanties à accorder à tous les groupes, y compris la minorité alaouite, qu’il y aura place pour eux, afin qu’elles ne fuient pas le pays. Le document appelle à impliquer toutes les minorités dans les commissions qui dessineront la Syrie du futur, et à garantir les libertés religieuses. Le Saint-Siège a expliqué « qu’il a un rôle moral à jouer qui ne peut aller au-delà des principes, mais attend un relais des puissances qui en ont les moyens », selon un diplomate présent.
L’offensive très musclée du pape rappelle le « non » énergique de Jean-Paul II aux frappes américaines en Irak en 2003. Dix ans après, fort de l’expérience négative de cette intervention, François a décidé de mobiliser par tous les moyens – y compris les réseaux sociaux – les chrétiens, les autres religions et les non-croyants, pour une journée de jeûne et de prière, demain. Le pape présidera une veillée de quatre heures pour la paix sur la place Saint-Pierre, à Rome. Une initiative sans précédent. « Avec François, c’est le retour d’une politique étrangère du Saint-Siège après des années d’absence », a relevé le vaticaniste Marco Politi.
L’appel du pape a été suivi de déclarations de multiples personnalités de l’Église : elles mettent en garde contre le risque d’une guerre mondiale ou questionnent la prétention des États-Unis et de la France à intervenir sans mandat de l’ONU. « Le pape est très personnellement préoccupé. Dans le vide de leadership actuel, on a quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux. C’est une magnifique manœuvre pour remettre le Saint-Siège dans le jeu. En écrivant à Vladimir Poutine, le pape s’invite au G20 », a noté une source proche du dossier.
La participation sur la place Saint-Pierre s’annonce massive. Dans des pays comme la France, de multiples veillées sont organisées. Manière de ressouder aussi les mouvements à droite et à gauche de l’Église sur le thème unificateur de la paix. Les Conseils pontificaux pour le dialogue interreligieux, les relations avec les juifs et l’unité des chrétiens ont souligné ensemble que « tous les hommes et femmes de bonne volonté » pouvaient vivre demain des moments de prière, de jeûne et de réflexion sans mélanger leurs croyances.
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