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Culture

À Marseille, l’amour en « Miniatures » dansées...

Spectacle Dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture 2013, « Août en danse » a proposé de nombreux rendez-vous autour des pratiques chorégraphiques. L’un d’eux, « Miniatures », proposé par l’Officinae, a offert à chacun des 18 artistes méditerranéens, regroupés sur trois parcours à la Friche de la Belle de Mai, l’occasion de parler d’amour... Morceaux choisis avec trois artistes libanaises qui étaient présentes pour cette dernière édition des Miniatures.
05/09/2013
Pendant trois jours, les trois parcours de «Miniatures» se sont croisés à la Friche de la Belle de Mai. Cette ancienne manufacture des tabacs de la Seita transformée, depuis une vingtaine d’années, en lieu culturel de création et d’innovation, s’est offert, à l’occasion de Marseille 2013, un lifting: façades restaurées, intérieurs rafraîchis, passerelles entre les différents bâtiments remises aux normes de sécurité... Ouvrant ainsi ses différents espaces aux «Miniatures» produites par L’Officinae. L’Officinae, atelier marseillais de production ouvert sur tous les pays du bassin méditerranéen, a lancé son opération «Miniatures» il y a déjà cinq ans. Chaque cycle de Miniatures ouvrait ses portes à de nouveaux artistes – invités en résidence puis programmés dans différents lieux. Les Miniatures se sont déroulées à Marseille, bien sûr, mais également à Casablanca et Marrakech, à Tunis, au Caire, à Terni, à Florence et à Turin (Italie), à Barcelone et à Séville, à Ramallah et à Beyrouth. En tout, 15 villes, 11 pays et 42 artistes ont été associés à cette aventure itinérante. Au final, 40 résidences, 45 rencontres et un très beau livre-souvenirs pour inscrire dans le marbre cette belle coopération méditerranéenne arrivée à son terme.
Chaque parcours présentait six artistes différents. Chaque artiste avait 15 minutes pour «parler» d’amour. Chaque performance s’est déroulée dans un «coin» de la Friche: hangar, ancienne salle des machines, bureaux ou extérieur. Et les spectateurs, de coin en coin, ont voyagé, au gré des lieux et des créations, dans des univers artistiques très
différents.
Dans le parcours «a», sous-titré «Pour le dire», Khouloud Yassine a présenté avec Le Silence de l’abandon sa vision de l’amour. Et utilisé ses yeux... pour le dire. L’artiste se tient debout, bien droite. Les spectateurs sont installés en deux tiers de cercle autour d’elle, au plus près d’elle. Elle les regarde, un à un. S’attarde sur chacun. Tout son visage n’est que sourire, chaleureux, affectueux, illuminé par l’amour. Le contact s’établit, les visages alentour se laissent toucher par la bienveillance de ces yeux brillants. Puis, l’artiste recule, lentement, doucement. Au fur et à mesure qu’elle recule, son expression devient de plus en plus distante, indifférente... pour finir par se teinter de fureur, de colère! Le travail de métamorphose de l’expression du visage est très convainquant. «C’est le passage de la fusion avec l’être aimé à la distance que l’on met avec lui», explique Khouloud Yassine. Bien que danseuse de formation et de pratique, Khouloud Yassine explique qu’elle ne se sentait pas d’utiliser son corps dans des mouvements de danse sur cette proposition autour de l’amour. «Je ne me voyais pas dans une envolée, mais plutôt dans une performance intériorisée.» Créée en 2012, lors d’une résidence de création d’une semaine dans le cadre de «Miniatures Beyrouth», Le Silence de l’abandon est une idée que Khouloud Yassine aimerait développer, pour en extraire un spectacle entier. Membre fondateur de Maqamat, la compagnie libanaise de danse contemporaine (2001/2005), elle se concentre de plus en plus sur des projets de recherche autour de la danse et de la rythmique. Depuis 2007, elle travaille avec son frère, le percussionniste Khaled Yassine, créant et interprétant des chorégraphies avec le trio Entre Temps2.
Le parcours «b», intitulé «Toi, moi et vous», commence avec S’approcher... de Danya Hammoud. Une jeune femme, yeux bandés, alanguie sur une chaise dans un décor épistolaire et baroque, fait des allers-retours sur un parcours en forme de point d’interrogation. Décor, costume et coiffure sophistiqués évoquent un autre temps. La gestuelle précieuse, apprêtée, vient confirmer cette impression. L’artiste abolit cette distance temps avec la dernière posture: un déhanchement qui cherche à séduire les spectateurs, à les toucher... «J’ai créé cette proposition à un moment où j’étais fascinée par le baroque», explique Danya Hammoud. Au hasard de ses pérégrinations chez les bouquinistes, elle découvre dans un livre la peinture d’Artemisia Gentileschi, peintre italienne du XVIIe siècle connue pour ses peintures baroques aux expressions très fortes, et notamment ses portraits de femme. «Au moment de la résidence de création pour Miniatures, ce livre m’est revenu à l’esprit, raconte Danya. Il décortiquait la gestuelle des femmes dans les tableaux baroques. Je me suis alors intéressée aux visages et gestuelles des femmes.» Elle s’en inspire pour présenter des postures de femmes, «pour amener, à travers ma création, ces tableaux au public. Et, à travers ces postures, porter un regard d’amour vers le public.» Après une formation aux Beaux-Arts de l’Université libanaise, Danya multiplie les formations en danse, notamment en France avec une année (2005) au Centre de développement chorégraphique d’Angers. Membre fondateur de l’association Zoukak, elle alterne les productions «zoukakiennes» (Hamlet machine, Le Fil de soie et Lucena) et les solos (Min el-Batal? – présenté à Bipod 2007 – et Mahalli).
Quelques Miniatures plus tard, dans une salle spacieuse, éclairée par de grandes baies vitrées, Yendi Nammour présente Loups of Various Emotions, ou la palette répétitive, mais toujours aussi touchante des sentiments amoureux. Une bande-son, en arabe, français et anglais, constitue la trame sur laquelle la danseuse libano-autrichienne, vêtue d’une robe rapiécée, déroule ses mouvements. Elle se contorsionne, tombe, se relève, mime le désespoir... ses mouvements évoquent une intensité douloureuse. Ils sont répétitifs, puis s’emballent, prennent une autre direction, suivant en cela la bande-son... Pour finir, l’artiste, fil et aiguille à la main, rajoute un rapiècement à sa robe... comme une expérience amoureuse, une de plus qui vient s’ajouter au canevas existant. Pour répondre à la proposition de créer sur la thématique de l’amour, une idée s’impose à Yendi Nammour: «Même si c’est lassant, on y retourne toujours à l’amour. L’amour a un caractère cyclique, répétitif... sans que cela soit vraiment pareil », explique-t-elle. Pour cette Miniature, Yendi commence par faire la bande-son, composée d’extraits d’interviews autour de l’amour et de chansons d’amour célèbres. «À partir de là, j’ai exploité le corps.» De mère autrichienne et de père libanais, Yendi Nammour grandit en Autriche et fait ses études au Conservatoire de Vienne, au Centre de développement chorégraphique de Toulouse et à Takween–BCDC (Beirut Contemporary Dance School, Liban). Elle ne rencontre le Liban qu’en 1993. Elle vit et travaille à Marseille depuis une dizaine d’années. «Je me demandais beaucoup à quel lieu j’appartenais, où je me situais exactement», raconte-t-elle. «Marseille s’est avérée être l’endroit juste pour moi, le terrain qui combine bien mes deux pays d’origine. Le chaos marseillais me convient bien», affirme-t-elle. Elle travaille avec de nombreux chorégraphes contemporains. Depuis 2010, elle suit sa propre recherche chorégraphique.

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