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Calouste Gulbenkian, un homme, une fondation

Héritage C’est à Lisbonne, la charmante ville aux sept collines, que le célèbre homme d’affaires arménien Calouste Gulbenkian a choisi d’offrir son impressionnante collection d’œuvres d’art, aujourd’hui réunie dans une fondation qui porte son nom, créée en 1955, un an après sa disparition, puis dans un musée, inauguré en 1969.
Carla Henoud | OLJ
02/09/2013
Il avait une vision qui embrassait le monde des arts et des affaires. Calouste Sarkis Gulbenkian, né en 1869 à Scutari, élevé au sein d’une famille d’origine arménienne, a fait l’essentiel de sa grande fortune dans l’industrie pétrolière, en dépit de son diplôme d’ingénieur et de sciences appliquées, obtenu à 19 ans au King’s College de Londres. À la fois diplomate, financier aguerri, grand collectionneur et mécène, l’homme a partagé sa vie entre Londres – il devient citoyen britannique en 1902 –, Paris – il a occupé un grand hôtel particulier au 51, avenue d’Iéna, où il accumulait ses tableaux de grands maîtres et ses objets de collection –, et enfin Lisbonne où il s’installe en 1942, loin des tumultes d’une guerre annoncée. Il trouve dans cette ville un havre de paix, le lieu idéal pour y passer les dernières années de sa vie et rassembler ses œuvres, plus de 6 000 pièces qui vont de l’Antiquité au XXe siècle, fruits d’une collection de plus de 40 ans, constituée au gré de ses voyages et parfois au prix de longues négociations avec des experts et commerçants internationaux. Son désir de les réunir sous un même toit qui soit ouvert au public, un espace-témoin de sa passion et de sa détermination, se fera après sa mort.
Conseillé par son avocat lord Racliffe, il crée une fondation éponyme à laquelle il lègue ce bel héritage et la mission de propager l’art, la bienfaisance, la science et l’éducation. Le musée Calouste Gulbenkian, établi au cœur de la fondation, dans le magnifique parc Sainte-Gertrude, verra le jour le 2 octobre 1969. Le CAM, baptisé plus tard Centre d’art moderne José Azeredo Perdigao, premier président de la fondation, comme une suite logique pour y exposer ses œuvres plus contemporaines, et construit par l’architecte Leslie Martin, sera inauguré en 1983.

Une des premières collections d’art au monde
L’espace, un parc de 7,5 hectares, qui accueille la Fundaçao Calouste Gulbenkian et les deux musées, est simplement magnifique. Entre les bâtiments, des allées boisées, des ombres et des lumières, des cours d’eau, un silence et une invitation à s’abandonner. « Ce jardin est le vôtre », peut-on lire à l’entrée. Outre les espaces administratifs et les auditoriums, le musée, signé Rui Atouguia, Pedro Cid et Alberto Pessoa, demeure une référence de l’architecture portugaise, avec de nombreuses ouvertures vers l’extérieur, permettant un dialogue spontané entre la nature et l’art. Au premier étage, des galeries d’exposition permanente dessinent un parcours chronologique et géographique clair et cohérent. Il démarre ainsi avec l’art oriental et classique, et des salles réservées à l’art égyptien, grec, romain, à l’Orient islamique et l’Extrême-Orient. Céramiques, tapis, enluminures, reliures, lampes de mosquées, la visite s’achève avec un grand nombre de porcelaines de Chine et du Japon, des pierres dures, des objets en laque et des tissus. Le second parcours permet au visiteur d’aller à la découverte de l’art européen, à travers une collection de livres manuscrits enluminés, des ivoires, des peintures, des médailles, des meubles, des tapisseries du XIe au XXe siècle. On y découvre également des œuvres de Jean de Liège, Van der Weiden, Bouts, Moroni, F. Hals et surtout Rubens et Rembrandt.
Gulbenkian, qui vécut longtemps à Paris, a acquis de nombreuses pièces mises à l’honneur au cœur du musée, celles de peintres du XVIIIe siècle, Largillierre, de Boucher, Fragonard, La Tour, la statue en marbre Diane, des tapisseries des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson ou encore des meubles de l’époque Régence, Louis XV et Louis XVI. Les toiles du Vénitien Francesco Guardi, de Turner, Corot, Millet, Fantin-Latour, Manet, Renoir et Monet, ainsi que les sculptures de Carpeaux, Bary, Dalou et Rodin, puis la salle consacrée aux bijoux Art nouveau, avec un ensemble de bijoux et de verreries René Lalique, qui fut un ami du mécène, achèvent une promenade qui confirme l’importance de ce musée et la générosité de son inspirateur.

Le CAM, en toute logique
Séparé par des arbres et des îlots de verdure, le Centre d’art moderne, trop étroit pour l’importance de la collection contemporaine de Gulbenkian, privilégie des expositions « tournantes » afin de pouvoir montrer toutes les pièces qu’elle possède. Viarna, Rego, Hockney, une sculpture de Henry Moore à l’extérieur, mais aussi l’œuvre impressionnante de Amadeo de Souza Cardozo, à qui le centre consacre une exposition à l’occasion du 30e anniversaire de sa création. Figure majeure de la peinture du XXe siècle, expressionniste, impressionniste, cubiste, futuriste, l’artiste, mort d’une pneumonie à 31 ans en 1918, a laissé les traces d’un travail surprenant et prolifique. Des dessins, des paysages, des portraits, exécutés avec des techniques différentes, ont toutes été expérimentées par le peintre boulimique et impatient, qui n’aura pas eu le temps de venir au bout de sa passion. L’hommage, qui dure jusqu’au 19 janvier 2014, occupe un espace en parallèle à l’exposition collective qui propose une infime partie, il faut le répéter, de la collection. L’occasion, également, d’apprécier les nouvelles acquisitions de peintres contemporains, comme celles de Peter Philipps, Lourdes Castro, Carlos No, André Guedes et Ana Hatherly. Il confirme enfin la sensibilité diversifiée, la vision et la modernité de Calouste Gulbenkian qui a laissé en héritage des œuvres et une escale incontournable aux visiteurs de Lisbonne.

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