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L’armée et les services de sécurité ont décidé de réagir...

Éclairage
23/08/2013

Le brusque élan sécuritaire qui pousse désormais les différents services de sécurité à se montrer d’une grande vigilance à l’égard des cellules « dormantes ou en réveil » extrémistes au Liban a permis de dissiper un peu le climat de peur qui régnait sur le pays après l’explosion de la voiture piégée à Roueiss, jeudi 15 août. Si cet attentat d’une rare violence a surpris les Libanais, leur rappelant les tristes années de guerre et la série de voitures piégées qui avaient ensanglanté le pays dans les années 80, il n’était toutefois pas une surprise pour plusieurs milieux politiques. Depuis l’éclatement du conflit en Syrie, ces milieux n’ont cessé d’attirer l’attention des responsables sur la présence de plus en plus active de groupes takfiristes au Liban, qui pourraient un jour transformer le pays de « terre de soutien » en une « terre de jihad », si le besoin s’en fait sentir. Petit à petit, ces groupes qui, au départ, préféraient garder un profil bas, ont commencé à apparaître au grand jour, dans le cadre de manifestations de protestation ou de soutien à l’opposition syrienne, notamment à Tripoli. Chaque fois que les services de sécurité tentaient de réagir et de mettre un terme aux exactions de plus en plus nombreuses contre la population, ils étaient contraints de revenir sur leurs décisions et de relâcher les personnes pourtant souvent arrêtées en flagrant délit de port d’armes ou d’infractions diverses. Et quand ce n’était pas eux qui devaient relâcher les personnes arrêtées, c’était le parquet qui le faisait pour une raison ou une autre, face à l’inertie des responsables qui suivaient la politique de l’autruche. Même une affaire aussi flagrante que celle du navire Loutfallah 2, arraisonné parce qu’il avait à son bord des quantités impressionnantes d’armes dont on ignore jusqu’à présent à qui elles étaient destinées, n’a pas abouti et ses dessous n’ont jamais été dévoilés. Cette affaire n’est pourtant qu’une parmi des dizaines d’autres plus ou moins similaires, plus ou moins dangereuses pour l’intérieur libanais.


Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire la sourde oreille, car les images de l’attentat de Roueiss ont choqué les Libanais. En même temps, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a, dans son discours et par le biais de canaux spéciaux, envoyé un message très ferme aux autorités leur demandant d’assumer leurs responsabilités face à cette tragédie et surtout face aux risques de multiplication des scénarios de ce genre. Nasrallah a fait comprendre aux autorités concernées que si l’État ne faisait pas son devoir au sujet de la sécurité des Libanais, le Hezbollah pourrait bien s’en charger, à leurs risques et périls. Mais il ne peut en aucun cas accepter que les citoyens ordinaires meurent parce qu’un groupe d’extrémistes, selon lui manipulés de l’extérieur, veut en découdre avec le Liban et les Libanais. Le Hezbollah est certes conscient que toutes les mesures préventives et la plus grande vigilance peuvent ne pas être suffisantes pour arrêter les assassins, mais cela ne signifie pas qu’il faut baisser les bras. D’autant qu’il est convaincu qu’il existe un plan pour « irakiser » le Liban, c’est-à-dire y multiplier les attentats sans cible précise autre que la violence meurtrière et le désir de monter les communautés les unes contre les autres.


Le commandant en chef de l’armée qui dispose, par le biais de la direction générale des services de renseignements militaires, de nombreux éléments sur les cellules takfiristes a immédiatement saisi la balle au bond et profitant de ce moment d’émotion provoqué par l’explosion de la voiture piégée de Roueiss, il a donné les instructions pour sévir. Les autres institutions sécuritaires ont suivi le courant et c’est ainsi que, sans véritablement attendre une décision politique qui aurait pu tarder à venir pour de multiples raisons, le Liban a été le théâtre ces derniers jours d’une action intensive des services de sécurité. Chaque jour de nouveaux détails sur les arrestations, les plans et les explosifs trouvés sont publiés dans les médias, sciemment distribués par les services concernés pour, d’une part, alerter l’opinion publique sur les plans destructeurs qui menacent le Liban et, d’autre part, rassurer les citoyens en leur montrant que ceux qui sont chargés de leur protection s’activent, découvrent et démantèlent des réseaux. Le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, a d’ailleurs déclaré mercredi une guerre ouverte contre le terrorisme, montrant ainsi que quelle que soit l’attitude des politiciens, il n’est pas question pour l’armée de revenir sur cette décision. Les sources proches de l’armée commencent déjà à affirmer que, dans ce genre de circonstances, l’armée n’a même pas besoin d’une décision politique pour réagir, puisque la sécurité des Libanais et celle du Liban sont menacées.


Les investigations se concentrent aujourd’hui sur la localité de Ersal et ses environs qui abriteraient de nombreux groupes salafistes. Certaines informations parlent de milliers de combattants qui évolueraient dans cette zone, à la frontière syro-libanaise, difficile d’accès et incontrôlable. La localité de Majdel Anjar dans la Békaa est aussi pointée du doigt. Autre zone qui fait l’objet d’investigations serrées, la localité de Naamé et ses environs où la voiture piégée destinée à exploser dans un lieu « favorable à la résistance » a été trouvée. Cette voiture a constitué d’ailleurs une mine d’informations et de pièces à conviction pour les services de sécurité, qui seraient quasiment parvenus, grâce à elle et à son contenu, à se faire une idée précise et globale des plans préparés contre les citoyens libanais. Mais les lieux les plus visés par les investigations restent les camps palestiniens, en particulier celui de Aïn el-Héloué et ses environs, qui continuent d’abriter des partisans de cheikh Ahmad el-Assir ainsi que des cellules extrémistes de tout genre, mais aussi celui de Bourj Brajneh, tout proche de la banlieue sud de Beyrouth. Mais pour compléter leur travail, ils ont besoin d’un climat populaire favorable et surtout pacifié, loin des tensions politico-confessionnelles. D’où l’importance d’impliquer les médias dans cette guerre contre le terrorisme, pour couper court à des velléités de trouver des excuses aux criminels ou en tout cas de réduire l’impact de leur action. L’armée et les services de sécurité ont donc profité d’un moment favorable pour faire leur travail, avec un mot d’ordre, qui est aussi un devoir national : empêcher justement « l’irakisation » du Liban.

 

 

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