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Moyen Orient et Monde

Des morts « endormis »...

Syrie Médecins et sauveteurs sont unanimes : le gaz sarin est en cause.
Reuters
22/08/2013

Les hommes, les femmes et les enfants étaient si paisiblement couchés dans leurs lits qu’on aurait pu les croire endormis : voilà ce que raconte Abou Nidal, un Syrien membre d’une équipe de sauvetage à propos de l’attaque massive accompagnée de bombardements sur les quartiers est de Damas hier matin à l’aube. Une agence de presse a pu joindre par téléphone via Internet plusieurs médecins et membres d’équipes de sauvetage, mais n’a pas pu vérifier leurs récits. Les médecins du secteur touché décrivent des symptômes qu’ils disent correspondre à une intoxication au gaz sarin, un des agents chimiques que les puissances occidentales accusent Damas de détenir dans un stock d’armes non déclaré.


« Nous sommes entrés dans une maison. Tout était en place, chacun était à sa place. Ils reposaient à l’endroit où ils avaient été. On aurait dit qu’ils étaient endormis. Mais ils étaient morts », a déclaré Abou Nidal, joint par Skype de la banlieue d’Erbin.


Certains ont trouvé d’emblée surprenant que les forces loyales au président Bachar el-Assad ou même les rebelles qui essaient de le renverser mènent une telle offensive quelques jours seulement après l’arrivée à Damas d’une équipe des Nations unies chargée d’enquêter précisément sur des attaques chimiques qui se seraient produites précédemment. L’hôtel où séjournent les inspecteurs de l’ONU n’est situé qu’à quelques kilomètres du lieu de l’attaque.


Quand les bombardements ont atteint sa ville de Mouadamiya, au sud-ouest de la capitale, Farah al-Chami, 23 ans, n’a pas voulu croire aux rumeurs de roquettes remplies d’agents chimiques qui circulaient sur Facebook. Elle a pensé que son quartier était trop proche d’une base militaire pour être concerné. « Et, en même temps, l’ONU était là. Ça semblait impossible. Mais j’ai commencé à avoir le vertige. Je suffoquais et mes yeux brûlaient, a-t-elle déclaré via Skype. Je me suis précipitée vers le poste médical voisin. Heureusement, personne n’a été blessé dans ma famille. Mais j’ai vu des familles entières sur le sol. »

 

 

Un homme en larmes portant le corps d'une fillette, dans la région de la Ghouta où une attaque aux armes chimiques a été perpétrée par le régime selon l'opposition. REUTERS/Diaa al-Din/Shaam News Network/Handout

 


Selon Abou Nidal, la première série de tirs de roquettes a eu lieu entre 2h20 et 2h40. « Nous avons vu des hommes écroulés sur des escaliers et dans des embrasures de porte. On aurait dit qu’ils essayaient d’entrer pour aider et qu’ils ont ensuite été eux-mêmes touchés. Certains étaient morts », a-t-il dit.


Dans la demi-heure qui a suivi l’attaque sur Erbin, toutefois, les habitants avaient relayé des informations sur ce qui semblait être une attaque au gaz non loin de là. « Certains ont transmis l’information sur les haut-parleurs des minarets des mosquées, en disant que des villes comme Aïn Tarma et d’autres signalaient des frappes chimiques », raconte Abou Nidal. Les médecins sont allés de maison en maison, précise-t-il, enfonçant des portes pour vérifier que même dans les habitations épargnées par les bombardements, il n’y avait pas de victimes de l’attaque au gaz.
Majid Abou Ali, médecin à Douma, dans la banlieue est, raconte qu’au moins la moitié des personnes qu’il a soignées étaient des femmes et des enfants qui sont arrivés dans son établissement vers 3h00. « Les blessures correspondent à du gaz sarin », a-t-il déclaré par Skype, en évoquant une « respiration difficile », « l’impossibilité de respirer au point de suffoquer », le « ralentissement du cœur jusqu’à l’arrêt cardiaque », ou encore la « transpiration, les convulsions et pertes de conscience jusqu’au stade de la mort ».


Au moment où les roquettes ont frappé, Abou Omar, un médecin de Mouadamiya, et son équipe ont immédiatement enfilé masques et gants en caoutchouc. Ce qui l’a surpris, dit-il, c’est le grand nombre de morts et de blessés, bien supérieur à celui causé par de précédentes attaques qui avaient fait quelques dizaines de victimes. Comme de nombreux médecins, il dit avoir soigné des centaines de personnes. Sur les 120 qu’il a déclaré mortes dans le bombardement, il estime que 50 sont décédées à cause du gaz. « Nous ne savions pas quoi faire, aussi j’ai envoyé certains des blessés attendre dans la rue », raconte-t-il, joint de son cabinet par Skype, sa voix se perdant par intermittence dans les bruits de l’artillerie qui continuait à pilonner le secteur.

 

 



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SAKR LOUBNAN

BERIA... IVAN LE TERRIBLE... ET HITLER LE PLUS TERRIBLE... ENFANTS DE CHOEUR... TOUS DÉPASSÉS !

M.V.

Cela peut être du gaz sarin dilué ou prés évaporé selon le vecteur de propagation choisi par l'épandeur , la température et le vent...et etc... (donc beaucoup de paramètres fluctuants) les effets sont les mêmes sur les récepteurs exposé directement ... mais la rémanence du chimique ...peut être vite dissipée...(reste à avoir en urgence une inspection scientifique du site, pour valider tout ca) ...

Talaat Dominique

ce n'est pas du gaz sarin, car les gens qui auraient toucher les cadavres auraient du tomber aussi malade

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