L’ambassadeur israélien aux États-Unis, Yechiel Leiter, l’ambassadrice libanaise aux États-Unis, Nada Hamadé, et l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, lors de la quatrième session de pourparlers à Washington, le 3 juin 2026. Photo Nathan Howard/Reuters
Des signaux contradictoires ont émergé du cinquième round de négociations directes entre le Liban et Israël qui s’est tenu mercredi à Washington. Après une première journée de pourparlers au niveau politique, les deux délégations étaient cette fois-ci militaires et ont débattu de la question des « zones pilotes » d’où les Israéliens sont censé se retirer afin de permettre un déploiement de l’armée libanaise. Celle-ci devra alors y démanteler les infrastructures du Hezbollah et empêcher son retour. Toutefois, selon nos informations, des désaccords sont apparus à ce sujet, le Liban accusant Israël de vouloir commencer ce processus par des régions que son armée n’occupe pas. Signe de la tension, la délégation libanaise a quitté la salle où se tenaient les pourparlers pour éviter d’être prise en photo aux côtés des Israéliens.
Selon nos informations, la délégation militaire libanaise a insisté pour que la mise en œuvre des « zones pilotes » commence par les régions occupées par Israël au sud du fleuve Litani. Elle a argué que si ces conditions ne sont pas remplies, l’intervention de l’armée pourrait susciter des problèmes internes, en soulignant qu’il s’agissait d’une affaire libanaise devant être traitée dans le cadre des instances nationales. Le Hezbollah refuse en effet de remettre son arsenal au nord du Litani et refuse le principe de « zones pilotes », considérant qu’il s’agit d’une façon de poursuivre la destruction de son arsenal dans les régions non occupées. Le président du Parlement, Nabih Berry, a d’ailleurs appelé à élargir les « zones pilotes » au niveau des cazas. Selon une source officielle contactée par notre journal, la position libanaise « soutient » cette proposition, mais « craint qu’elle soit rejetée par les Israéliens ».
La délégation libanaise a également insisté sur la mise en œuvre stricte du cessez-le-feu, à l’heure où l’armée israélienne poursuit ses attaques – quoique à un moindre rythme – et souhaite conserver une marge de manœuvre pour agir contre toute « menace ».
Vers une déclaration d'intention ?
Ce round de pourparlers intervient quelques jours après l’annonce d’une « cellule de déconfliction » sur le front libanais, incluant l’Iran, les États-Unis, le Liban et les médiateurs qataris et pakistanais. Une annonce sévèrement critiquée par Israël, dont l’ambassadeur à Washington a affirmé mercredi que les pourparlers libano-israéliens pourraient se diriger vers une « catastrophe ». L’ambassadeur américain au Liban, Michael Issa, avait de son côté indiqué à la chaîne al-Jadeed que de nouvelles difficultés étaient apparues mardi lors des discussions.
Des membres de la délégation militaire libanaise ont même refusé de se faire photographier avec ceux de la délégation israélienne. Une photo publiée lors des pourparlers montre en effet des sièges vides du côté réservé au Liban, tandis que la délégation israélienne était au complet autour de la table. Une position saluée par le leader druze Walid Joumblatt. « L’armée libanaise est responsable de la sécurité du pays et du Sud, et l’accord de cessez-le-feu régit les relations entre l’État libanais et Israël, a-t-il écrit sur son compte X. Dans ce contexte, nous mettons en garde contre toute tentative de manipulation de la doctrine de l’armée, sous quelque prétexte ou mission que ce soit, au milieu de ce chaos qui règne dans les accords, du Golfe à la Suisse. »
Malgré les points de désaccord, la pression américaine fait que les discussions doivent se poursuivre jeudi et pourraient conduire à une déclaration d’intention régissant les relations entre les deux pays et les étapes à venir.
S’exprimant au sujet des négociations, le président de la République, Joseph Aoun, a une nouvelle fois insisté sur l’importance de les considérer comme « distinctes » des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis. Devant une délégation de parlementaires britanniques, M. Aoun a affirmé que « les efforts se poursuivent pour consolider le cessez-le-feu dans le Sud ». Selon lui, cela doit s’accompagner du retrait des forces israéliennes des territoires occupés et du déploiement dans le Sud de l’armée libanaise, du retour des déplacés sur leurs terres, de la libération des prisonniers libanais en Israël et du lancement du processus de reconstruction, autant d’objectifs martelés depuis des mois par les autorités. Le chef de l’État a encore indiqué que les discussions doivent se poursuivre à Washington sur plusieurs sujets, dont « les mesures de sécurité nécessaires au rétablissement de la stabilité dans le Sud et à l’extension de l’autorité de l’État jusqu’à la frontière sud reconnue internationalement ».
Plus tôt dans la journée, des responsables israéliens ont indiqué, sous le couvert de l’anonymat, à Reuters, que les troupes libanaises concernées par un déploiement dans ces « zones » devraient suivre une formation donnée par les Américains et feraient l’objet d’un processus de vérification de leurs antécédents afin de s’assurer qu’elles ne sont pas liées au Hezbollah, ce que le Liban rejette.
Ni cinq points, ni deux...
Le Premier ministre, Nawaf Salam, a lui aussi souligné que si Beyrouth a bien été informé de la création de la « cellule de déconfliction » en Suisse, « le processus de Washington est distinct » des pourparlers Iran/États-Unis. « Nous avons accepté de participer aux négociations parce qu’il s’agit de la voie la moins coûteuse pour le Liban. Parviendrons-nous à un accord ? Personne ne peut connaître à l’avance l’issue d’une négociation. Mais nous savons parfaitement ce que nous en attendons : le retrait complet d’Israël », a-t-il ajouté, affirmant que Beyrouth n’acceptera pas « le maintien » des forces israéliennes, « ni en cinq points, ni en deux », sur le territoire libanais. Selon lui, « il est normal que les Israéliens proposent des arrangements sécuritaires, parmi lesquels nous examinerons ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ».
Concernant le désarmement du Hezbollah, M. Salam a affirmé ne demander au parti chiite « que de respecter ses engagements... pris en 2006 lorsque le gouvernement a promis d’appliquer la résolution 1701 » du Conseil de sécurité de l’ONU qui a mis fin à un mois de conflit entre le mouvement et Israël, puis en 2024 « à travers l’accord de cessez-le-feu ». « Nous ne cherchons pas à monopoliser les armes pour satisfaire Israël. Il s’agit d’une question purement libanaise, sur laquelle un consensus existe et dont l’application a été retardée pendant trop longtemps, depuis l’accord de Taëf », en 1989, a-t-il insisté.
Côté américain, interrogé sur un éventuel soutien de Washington à un retrait israélien du Liban-Sud, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que « la seule raison pour laquelle Israël est au Liban est que le Hezbollah y lance des roquettes et des drones ». « Les Israéliens ont clairement indiqué qu’ils n’avaient aucun différend avec le peuple libanais et qu’ils ne revendiquaient aucun territoire au Liban », a-t-il assuré lors d’un point de presse. Selon lui, la création des « zones pilotes », actuellement en discussion à Washington, sera « un processus qui ne se fera pas du jour au lendemain ». « Plus l’armée libanaise sera capable de sécuriser ces zones, moins elles seront sous le contrôle du Hezbollah et moins Israël sera présent au Liban », a-t-il estimé.
Du côté israélien, on ne semble pas partager cette vision. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a écarté tout retrait du Liban-Sud tant qu’il resterait en fonctions. « Tant que je serai Premier ministre, nous maintiendrons la zone de sécurité dans le sud du Liban », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par le Haaretz. De même, son ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré qu’Israël ne se retirerait pas du Liban-Sud « même s’il y avait une demande américaine en ce sens », ajoutant que les 200 000 habitants libanais déplacés « ne retourneront pas », rapporte le même média.




It is clear that Israel is negotiating in bad faith with Lebanon as they did with the Palestinian Authority during the Oslo accords that were supposed to lead to the establishment of a Palestinian state. Instead, Israel took advantage of the Oslo agreements in bad faith and kept on chewing up more Palestinian lands and building illegal settlements, treating the Palestinian Authority as it own police to suppress any Palestinian resistance to occupation, and making it impossible to establish a Palestinian state. Israel wants to use the same model in Lebanon. This is rejected and shall not pass.
21 h 35, le 24 juin 2026