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Économie - Liban - Rapport

Hausse des salaires du public : une nécessité pour sauver les classes moyennes

Le LCPS a publié un rapport mettant à mal les arguments des opposants à une hausse des salaires de la fonction publique.

En février dernier, devant la Banque du Liban, grévistes et forces de l’ordre face à face. Photo Sami Ayad

L’économiste et professeur associé à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), Jad Chaaban, a montré dans un rapport du LCPS (Lebanese Center for Policy Studies) que la hausse des salaires du secteur public était une nécessité pour sauver l’existence d’une classe moyenne au Liban.
Jad Chaaban a commencé par rappeler les arguments des opposants à la hausse des salaires, lesquels se sont récemment prononcés à l’occasion du lancement du dernier rapport de la Banque mondiale sur la performance économique. Selon ces derniers, la hausse des salaires aurait de terribles conséquences sur l’économie libanaise. Elle entraînerait une hausse de l’inflation, du coût du financement du secteur privé via des taux d’intérêt plus élevés, tandis qu’elle créerait un effet « d’inefficacité » dans le secteur public, la hausse des salaires n’étant pas de nature méritocratique.
Pour l’économiste, ces insinuations peuvent dans le meilleur des cas s’avérer « trompeuses ». En effet, selon lui, une augmentation des impôts n’entraînerait pas une augmentation du coût de la vie si la « juste taxe » est choisie. Jad Chaaban a en outre considéré que les taux d’intérêt n’augmenteraient pas nécessairement, ces derniers n’étant pas au Liban soumis à la dynamique du marché. Enfin, pour l’économiste, « mettre en corrélation la hausse des salaires avec la réforme du secteur public, n’arrivera pas en raison de la nature confessionnelle de l’État. »
M. Chaaban a par ailleurs rappelé que le gouvernement libanais n’avait augmenté les salaires du secteur public que deux fois depuis 1997. En 2008, il y a eu une augmentation de 200 000 livres, puis en 2012, suite aux protestations sociales, les salaires ont augmenté entre 175 000 livres et 300 000 livres. Ces augmentations ont été jugées « profondément insuffisantes » par la société civile, l’inflation ayant connu une augmentation de 100 % depuis 1997. Cela signifie que les salaires nominaux et prestations sociales ont perdu une part considérable de leur valeur sur cette période. En fait, la part des salaires dans le PIB est passée de 60 % dans les années 1970 à 22 % aujourd’hui, toujours selon le rapport du LCPS.
Les opposants à la hausse des salaires incluent plusieurs ministres, des représentants du secteur privé et des agences internationales. Selon eux, une augmentation des salaires aurait de graves conséquences sur l’économie nationale.
Toujours selon les opposants à la nouvelle grille des salaires, si cette dernière était adoptée, cela augmenterait les dépenses de l’État alors que la dette publique est déjà très élevée ; elle devrait être financée via de nouvelles augmentations d’impôts. Cela augmenterait ainsi le coût de la vie et renforcerait la récession. Par ailleurs, selon ses détracteurs, toute hausse des salaires devrait être précédée d’une révision des tâches et d’une amélioration de l’efficacité nécessaire pour gérer le manque d’efficacité de l’administration publique.

Des erreurs dans l’argumentation
Pour Jad Chaaban, il existe plusieurs erreurs dans les arguments des opposants à la hausse des salaires. Tout d’abord, l’augmentation des impôts n’entraîne pas nécessairement une hausse de l’inflation, cela dépend du type de taxe imposée et de la capacité du secteur productif à transférer ce fardeau fiscal sur le dos du consommateur. Par exemple, ajouter la valeur du timbre fiscal à la facture de téléphone (ce qui est une des formes d’impôts indirects proposés) affecterait directement les coûts des télécommunications.
La taxe sur les profits de l’immobilier, une taxe directe, n’aura pas pour effet d’augmenter directement les prix des bureaux et appartements, le spéculateur ne pouvant pas augmenter le prix des propriétés immobilières pour compenser l’impact de l’impôt, les prix sur ce secteur étant tributaires de l’offre et de la demande de biens.
Il est à noter que les taxes sur les bénéfices sont très faibles au Liban en comparaison avec le PIB (environ 2 %), l’évasion fiscale s’étant généralisée à tous les niveaux. Ainsi, l’économie libanaise peut supporter le fardeau de taxes directes supplémentaires, ajoute Jad Chaaban, particulièrement celles sur les hauts bénéfices de l’immobilier et d’autres types de bénéfices rentiers.
Par ailleurs, plusieurs opposants à la hausse des salaires avertissent qu’il faudrait augmenter les taux d’intérêt sur les bons du Trésor de manière à renflouer le déficit, lequel est attribué à une augmentation des dépenses salariales. Cette dernière conduirait éventuellement à des taux d’intérêt plus élevés pour le financement du secteur privé. Or, pour Jad Chaaban, cet argument « n’est tout simplement pas valable ». Les bons du Trésor au Liban ne sont pas sujets à la loi de l’offre et de la demande, étant donné les liens très étroits entre le secteur bancaire et le gouvernement. L’argument selon lequel une hausse des salaires pourrait augmenter le coût du financement du secteur privé pourrait être valable dans un pays doté d’un marché financier efficace, les taux d’intérêt des banques ayant tendance à suivre les taux d’intérêt des bons du Trésor. Cependant, le Liban est doté de marchés inefficaces où les banques ne jouent pas réellement de rôle dans le prêt aux secteurs productifs à de faibles taux d’intérêt. « Les banques locales sont très satisfaites de leurs revenus fixes issus des bons du Trésor du gouvernement, et ne se livrent pas ainsi à une sérieuse compétition pour diminuer leurs coûts intérêts au secteur privé » a-t-il ajouté.
Enfin, Jad Chaaban a conclu en soulignant que la productivité et l’efficacité devraient être les prétextes réels à toute augmentation de salaire. Tandis qu’il est impératif de réformer le secteur public et d’accroître sa productivité, il est largement admis qu’au Liban, n’importe quelle réforme est tout simplement impossible vu la nature du système confessionnel et les divisions internes au sein même de la classe politique. Nier le droit des citoyens à une vie décente, c’est risquer la perte de l’un des derniers piliers de la gauche libanaise : la classe moyenne. « Cela aura de sérieuses conséquences notamment la polarisation du pays, ce qui conduira à la chute de la consommation locale, qui constitue toujours l’un des moteurs de la croissance », a-t-il mis en garde.
En résumé, pour l’économiste, ne pas revoir à la hausse la grille des salaires conduirait à une polarisation de la société libanaise et une disparition de la classe moyenne, garante majeure de la consommation.
L’économiste et professeur associé à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), Jad Chaaban, a montré dans un rapport du LCPS (Lebanese Center for Policy Studies) que la hausse des salaires du secteur public était une nécessité pour sauver l’existence d’une classe moyenne au Liban.Jad Chaaban a commencé par rappeler les arguments des opposants à la hausse des salaires, lesquels se sont récemment prononcés à l’occasion du lancement du dernier rapport de la Banque mondiale sur la performance économique. Selon ces derniers, la hausse des salaires aurait de terribles conséquences sur l’économie libanaise. Elle entraînerait une hausse de l’inflation, du coût du financement du secteur privé via des taux d’intérêt plus élevés, tandis qu’elle créerait un effet « d’inefficacité » dans le secteur...
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