X

À La Une

Liban : Une nouvelle révolution pour le 10 octobre ?

Changement Une nouvelle initiative politique alternative se prépare dans l’espoir de briser la crise du système et rebâtir l’État.
Jean KASSIR | OLJ
13/08/2013

À l’initiative de l’écrivain et professeur d’université Rami Ollaik, un appel à « la révolution » le 10 octobre 2013 a été lancé. Appuyé et autofinancé par un collectif citoyen issu des diverses composantes de la société libanaise, cet appel à la révolution se veut « unificateur » et s’adresse, selon les organisateurs, à chaque Libanais, toutes appartenances confessionnelles et politiques confondues, qui souhaite « restaurer la nation » et mettre fin au système sectaire et clientéliste. Selon leurs explications, l’objectif de l’initiative est de lutter contre la corruption au niveau politique, la violation des droits des citoyens et l’exploitation de la religion pour satisfaire des intérêts politiques. En deux mots, ce qu’ils veulent, c’est bâtir « une nation pour tous les Libanais ».


La feuille de route mise en place par le collectif comprend un « package » de mesures complémentaires censées permettre la transition politique espérée. Dans un premier temps, il s’agit, selon le texte – exposé au public durant une conférence de presse que le collectif a récemment tenue pour annoncer son initiative –, d’élaborer un projet d’amendement de la Constitution, « de sorte à éliminer les divisions sectaires et d’instituer un État de droit civil ». L’amendement de la Constitution devra comprendre l’intégration de « clauses dites d’éternité », c’est-à-dire non amendables, calquées sur le modèle allemand, et devant garantir les libertés individuelles et la diversité culturelle du pays. L’adoption des amendements constitutionnels « par référendum » exigera « un niveau de maturité nécessaire » et « une prise de conscience » au niveau de la société libanaise. Cette mesure s’accompagnera de l’adoption de la décentralisation administrative, afin de donner davantage de pouvoirs aux citoyens, dans la prise de décision au niveau local. Le rôle du Conseil constitutionnel devra également être renforcé et protégé des ingérences politiques, afin que cet organisme puisse faire respecter la Loi fondamentale, toujours selon le texte, qui prévoit en outre l’élaboration d’une loi électorale moderne et non confessionnelle, se basant sur les principes de la nouvelle Constitution. Celle-ci devrait achever la transition vers un État civil.



Un symbole d’unité
Le choix de la journée du 10 octobre n’est pas anodin. Il fait référence au soulèvement des étudiants de l’Université américaine de Beyrouth en 1994, contre l’augmentation des frais d’études. Ce mouvement, qui avait rassemblé à l’époque des étudiants de tous bords autour d’un objectif commun, était parvenu à faire triompher les demandes estudiantines. La référence à cette journée du 10 octobre s’appuie donc sur le symbole de l’unité des Libanais, censée faire leur force et leur permettre d’aller de l’avant, selon les explications des organisateurs.


Mais cette action citoyenne appelant au changement a sans nul doute un parfum de déjà-vu. Durant les dernières années, le pays a connu de nombreuses initiatives citoyennes comparables, comme la campagne pour la chute du régime confessionnel qui avait été menée en 2011 et qui avait rassemblé des milliers de Libanais dans les rues, ou, plus récemment, l’appel de l’ancien ministre Charbel Nahas pour « sauver le Liban et refonder l’État » sur de nouvelles bases constitutionnelles. Partant, il est donc naturel de se demander quelle nouveauté apporte l’initiative de la révolution du 10 octobre et quelles sont les garanties de succès, après l’échec de certaines tentatives similaires ?
Pour Hicham Mahfoud, coordinateur de la logistique, la force de cette initiative réside dans le « package » de mesures réclamées, ayant pour but, selon lui, d’« apaiser les peurs légitimes des différentes communautés et de garantir les droits de tous, tout en préservant les particularismes de chacun ». Toujours selon M. Mahfoud, le projet de constitution incluant des « clauses d’éternité » constitue la principale nouveauté de ce projet. Pour les organisateurs, cette « révolution » a donc « toutes les chances de réussir à rassembler les Libanais, en raison de la crise de légitimité du système politique actuel, qui laisse entrevoir sa chute ». Ainsi, selon M. Mahfoud, « l’échec imminent de la formule politique libanaise va pousser les Libanais à appuyer un projet de transition vers un État civil et non confessionnel garantissant les droits de chacun ».


Face à cet optimisme affiché, le scepticisme reste de rigueur si l’on tient compte de la moyenne mobilisation lors des récentes manifestations contre la prorogation du mandat du Parlement (mesure pourtant impopulaire) ou pour l’adoption de la loi contre la violence conjugale. Ces exemples dénotent une attitude résignée au sein de l’opinion publique.

 

Pour mémoire

Rami Allaik : Le Liban est-il devenu un État jihadiste sans frontières géographiques ?

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Gouvernement : un nœud, trois phases et beaucoup de complications...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué