Le leader du PSP Walid Joumblatt a rejoint la position du président Sleiman au sujet de l’option possible d’un cabinet neutre. Photo Amer Zeineddine
Le chef du Front de lutte nationale, le député Walid Joumblatt, a adopté une nouvelle position concernant la crise ministérielle, qui risque, s’il la maintient, de modifier radicalement la donne au sujet des efforts déployés par le Premier ministre désigné, Tammam Salam, en vue de former un nouveau gouvernement.
Dans une interview à l’agence d’information égyptienne al-Chark al-Awsat, M. Joumblatt s’est déclaré favorable à « un gouvernement neutre composé de technocrates, comme issue à la crise actuelle ». « Si le vide est maintenu et si la formation du gouvernement reste entravée », le leader du PSP étudiera toutes les solutions susceptibles de se présenter, « y compris la formation d’un gouvernement de fait accompli, qui soit neutre ».
Il a conseillé dans ce cadre au secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah de « se retirer de Syrie, parce que le compte à rebours de la fin du régime syrien a commencé, vu l’impossibilité pour le régime de réprimer le peuple syrien ». « Des changements sont survenus hier (mardi) sur le terrain : l’opposition a pris le contrôle d’un aéroport stratégique à Alep et mis la main sur des réserves de munitions dans une zone stratégique relevant de l’armée syrienne régulière », a-t-il indiqué.
Interrogé sur les entraves à la formation d’un nouveau cabinet, et sur une possible tendance du Premier ministre désigné à opter pour un gouvernement de fait accompli – dans le sillage du récent discours du président de la République –, le leader druze a affirmé qu’il pourrait lui-même « tendre vers cette option, sans vouloir toutefois s’aventurer ni changer ses positions actuelles ». « J’ai été l’un des premiers à évoquer la nécessité d’un gouvernement d’union nationale, a-t-il déclaré. C’est ce que Tammam Salam a désigné par la formule de gouvernement d’intérêt national, assurant qu’il garantirait sa démission s’il venait à déceler l’existence d’un danger existentiel menaçant le Hezbollah. Que voulez-vous de plus ? » s’est demandé Walid Joumblatt, mettant l’accent sur son entière « confiance dans le patriotisme de Tammam Salam ».
S’agissant de la formation d’un cabinet de fait accompli après la fête du Fitr, comme issue à la stagnation actuelle, M. Joumblatt a précisé qu’il a « uniquement voulu tirer la sonnette d’alarme en mettant le doigt sur les blessures socio-économiques, sans préciser si le gouvernement se formera après la fête ».
En réponse à une question sur le risque d’une réédition des incidents du 7 mai 2008 (lorsque le Hezbollah a pris d’assaut les quartiers sunnites de Beyrouth et les secteurs druzes de la montagne), au cas où un gouvernement de fait accompli serait formé, M. Joumblatt a souligné que « ce qui s’est passé le 7 mai a nui largement au Hezbollah et il n’est pas de son intérêt » de réitérer cette expérience. « Retournons à la raison afin de sortir du cycle actuel, en accordant la priorité aux doléances citoyennes », a déclaré le leader du PSP. Il a également appelé à « l’abandon de la théorie du complot », critiquant « certaines analyses politiques qui estiment que la formation d’un gouvernement neutre rejoint la décision européenne de placer la branche militaire du Hezbollah sur sa liste noire ».
Soulignant par ailleurs que l’ancien Premier ministre Saad Hariri a appuyé la relance d’un dialogue, que ce soit avant ou après la formation du gouvernement, réagissant ainsi à l’appel du chef de l’État, Walid Joumblatt s’est déclaré favorable à « une table de dialogue visant à régler les points conflictuels et à un gouvernement de technocrates qui réglerait les problèmes du citoyen ». « Il est temps de prêter attention aux dossiers liés aux doléances citoyennes et de laisser les grandes affaires pour la table de dialogue », a-t-il conclu.
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12 h 53, le 11 août 2013