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Nos lecteurs ont la parole

II.- Croire pour comprendre

Serge GELALIAN
Le deuxième axe linguistico-symbolique sera abordé par un nom qui suscite toujours, lui aussi, des doutes : Nazareth. Or, nous pouvons d’ores et déjà lever le doute sur l’existence de ce village, dont le nom n’apparaît pas dans les textes préchrétiens (pas une seule fois dans l’Ancien Testament), puisqu’on a retrouvé des vestiges de ce village en décembre 2009, à savoir, des restes de murs d’une maison du temps de Jésus. Le lieu de cette découverte se situe en plein cœur du village de l’antique Nazareth (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 31 juillet 2013).
On y a également retrouvé des poteries et des céramiques antiques datant de la période hellénistique (entre 300 et 67 avant Jésus-Christ) jusqu’à la période romaine tardive (de -67 au Ier siècle après Jésus-Christ), ainsi que des réservoirs et des caches creusés dans la roche. Mais ce qui contribue à semer le doute chez certains, c’est l’étymologie du mot. Son orthographe dans les diverses langues anciennes – araméen et ses dialectes, grec hellénistique, hébreu, latin – n’a fait qu’embrouiller l’énigme : Nazaréth, Nazarét, Nazarath, Nazarat, Nazara, Natzeret ; Nazōraean, Nazōraios, Nazarenos, Nazarenus, Notzrim, Notzarim, Netsarim, Nisrâni, etc.
D’aucuns ont rapproché le mot de la racine hébraïque ntsr (natsar) qui fait référence sur le plan sémantique à trois notions : gardien, ermitage, couronne (mais aussi cachette, secret, mystère). Le sens le plus adéquat pour Jésus serait le second, natsir, signifiant « consacré à Dieu » en hébreu, mais aussi en araméen. Mais les deux autres sens valent tout aussi bien puisque Dieu est le gardien de son peuple et qu’il en est le roi (la couronne pouvant également faire référence à David).
Cette racine donne aussi le mot netser signifiant rameau (et par extension rejeton) et la référence à cet égard est Esaïe : un rejeton (netser) sortira de la souche de Jessé (Esaïe 11, 1).
D’autres ont rapproché le mot du terme nasôrayya qui désigne une secte juive préchrétienne dont faisaient probablement partie Jean-Baptiste et ses disciples.
Sans vouloir entrer dans ces méandres labyrinthiques, il semble que l’on a trop cherché sur le plan étymologique et peut-être pas assez, sauf erreur, sur le plan linguistique, nommément le niveau morpho-phonétique via la piste suivante : et si Nazareth était tout simplement le pluriel de nazâra, la scie et par extension la scierie ? Il signifierait ainsi la charpenteraie, le village des charpentiers. Joseph, père de Jésus, était charpentier et enseignait le métier à son fils durant la jeunesse de ce dernier. Ce pluriel serait d’autant plus adéquat qu’il est très utilisé en araméen et ses dialectes pour désigner du collectif indénombrable. On dit ainsi en arabe libanais kassarât pour désigner la carrière et kassâra pour désigner l’outil destiné à « kasser » la pierre. On a bien des exemples de ce genre en libanais et dans d’autres dialectes arabes ayant subi l’influence de l’araméen. On objectera en disant que la racine scier en arabe est njr (najara), et charpentier/menuisier, najjâr. Or, quand on sait comment les mots changent de prononciation d’une langue à l’autre, et même au sein d’une même famille de langues, et donc de dialectes, l’objection peut être nuancée. Mais ce n’est pas là une réponse scientifique. D’autant que l’on n’atteste pas de son j ([ž] comme dans Jacques) dans les langues sémitiques du temps de Jésus. En outre, au sein d’une même famille dialectale (mais aussi d’une langue à une autre), on remplace souvent un son inexistant dans un dialecte par un son correspondant, phonétiquement le plus proche, dans un autre. Nous pouvons donner à titre d’exemple ce passage de l’Ancien Testament :
« 4. Jephthé rassembla tous les hommes de Galaad, et livra bataille à Éphraïm. Les hommes de Galaad battirent Éphraïm, parce que les Éphraïmites disaient : Vous êtes des fugitifs d’Éphraïm ! Galaad est au milieu d’Éphraïm, au milieu de Manassé !
5. Galaad s’empara des gués du Jourdain du côté d’Éphraïm. Et quand l’un des fuyards d’Éphraïm disait : Laissez-moi passer ! les hommes de Galaad lui demandaient : Es-tu Éphraïmite ? Il répondait : Non.
6. Ils lui disaient alors : Hé bien, dis Chibboleth. Et il disait Sibboleth, car il ne pouvait pas bien prononcer. Sur quoi les hommes de Galaad le saisissaient, et l’égorgeaient près des gués du Jourdain. Il périt en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Éphraïm. »
(Juges 12 : 4-6, version Louis Segond 1910.)
(À suivre)

Serge GELALIAN
Le deuxième axe linguistico-symbolique sera abordé par un nom qui suscite toujours, lui aussi, des doutes : Nazareth. Or, nous pouvons d’ores et déjà lever le doute sur l’existence de ce village, dont le nom n’apparaît pas dans les textes préchrétiens (pas une seule fois dans l’Ancien Testament), puisqu’on a retrouvé des vestiges de ce village en décembre 2009, à savoir, des restes de murs d’une maison du temps de Jésus. Le lieu de cette découverte se situe en plein cœur du village de l’antique Nazareth (voir L’Orient-Le Jour du mercredi 31 juillet 2013). On y a également retrouvé des poteries et des céramiques antiques datant de la période hellénistique (entre 300 et 67 avant Jésus-Christ) jusqu’à la période romaine tardive (de -67 au Ier siècle après Jésus-Christ), ainsi que des réservoirs et...
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