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Culture

«Miss Knife chante Olivier Py» et c’est jouissif !

Six soirées de suite, Olivier Py travesti en Miss Knife a offert un numéro de cabaret hors normes. Il a joué à guichets fermés à la Manufacture dans le Festival Off d’Avignon. Comme un dernier tour de chant, insolent, transgressif, libre, d’un sale gamin qui se retrouve dès le 1er septembre prochain à la tête du Festival In d’Avignon. S’empêchera-t-il pour autant de monter sur une scène ?
27/07/2013
La scène de la Patinoire est nue de tout décor. Les quatre musiciens (piano, contrebasse, saxophone et batterie) entament une ouverture en musique, avant d’accueillir Miss Knife, magnifique dans sa longue robe inondée de paillettes, fendue jusqu’en haut de la cuisse, s’ouvrant généreusement sur une paire de jambes gainées de rouge et très haut perchées sur des «stiletto» noires. La perruque blonde, les longs faux cils noirs, les rivières de diamants au cou, aux oreilles et aux poignets, et le maquillage excessif de travesti ne cachent rien des attributs masculins du comédien chanteur qui exécute avec Miss Knife chante Olivier Py un superbe numéro de cabaret, emprunt de noire poésie, d’humour mordant, de gai désespoir.
Au programme, une quinzaine de chansons, toutes de la plume d’Olivier Py. Le timbre de voix de Miss Knife n’est ni grave ni aigu, posé, simplement beau. L’interprétation de Py, très théâtralisée, prend le contre-pied des textes, transforme la douleur qu’ils expriment en dérision. Il ponctue les chansons par un drolatique « je ne sais pas si vous êtes comme moi ! » qui provoque inévitablement des rires.
Toujours en mouvement, arpentant la scène de long en large, il s’installe sur un tabouret près du piano et prend une bouteille de champagne, boit au goulot et s’esclaffe : « Ceci n’est pas de l’alcool, c’est des bulles. On ne peut vivre sans bulles, la vie elle-même est une grande bulle. »
Il commence son tour de chant par La vie d’artiste, « faite de mois difficiles surtout les 30 derniers jours »... Et il enchaîne, pêle-mêle : Dans un théâtre noir, dédiée à tous les dépressifs de la salle ; Le Rôle est trop court, sur un air de tango ; Par la fenêtre, qu’il adresse à la jeunesse pour lui rappeler que la vie est trop courte ; Chanson des perdants ; Châtiment de la nuit ; Ne parlez pas d’amour au cœur qui a aimé/ Il est trop désarmé et son chagrin trop lourd... Avec Tous coupables, cette terrible vérité: «Nul ne peut dire de quoi l’homme est capable/ Nous le savons trop bien, nous sommes tous coupables »... Py termine son tour de chant – en apothéose – par le Tango du suicide, en long manteau de fourrure blanche. Royal !
Qu’ils soient poétiques ou subversifs, les textes d’Olivier Py sont un bonheur pour l’ouïe, un baume pour l’âme. Olivier Py s’éclate en scène, avec générosité – il a toujours les bras grands ouverts comme pour s’offrir au public. Il y est travesti pour mieux être lui-même : libre, désespérément libre. Et le public se réjouit de cette liberté, la vivant comme sienne.

À la tête du In d’Avignon
Olivier Py est un surdoué de la scène. Il mène en parallèle une carrière de comédien, auteur et metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il a trente ans en 1995 quand il est révélé au grand public au Festival d’Avignon (In) par une pièce de vingt-quatre heures : La Servante. Il est lauréat de plusieurs prix, dont celui de Prix nouveau talent théâtre SACD en 1996. Artiste engagé politiquement, il entame en 1995, avec Ariane Mnouchkine et François Tanguy et pour dénoncer la passivité européenne face au drame bosniaque, une grève de la faim qui durera 28 jours. Dans de nombreux articles dans la presse française, il s’exprime en faveur des sans-papiers et témoigne de la situation au Moyen-Orient et particulièrement en Syrie.
En 2007, il est nommé directeur du Théâtre national de l’Odéon où il crée un grand nombre de spectacles marquants, dont l’intégrale du théâtre d’Eschyles. En 2011, suite à son éviction brutale de cette fonction, il est nommé directeur du Festival In d’Avignon, prenant la suite du duo Hortense Archambault et Vincent Baudrillet. Il prendra ses fonctions en septembre 2013.
Lors d’une brève passation des pouvoirs devant un public venu nombreux au Cloître Saint-Louis, Olivier Py a dit aborder avec « appétit et joie » cette responsabilité dont il rêve depuis toujours. Né à Grasse, Olivier Py s’est décrit dans une interview à l’AFP comme un « pur produit de la Méditerranée, Algéro-Italo-Espagnol ». Pour lui, s’installer à Avignon avec son compagnon, qui signe aussi ses décors et costumes, allait de soi. Il ne laisse rien transparaître sur la programmation de 2014 sur laquelle il travaille depuis une année. « Je veux faire le plus beau festival dès la première année », lâche-t-il à l’AFP.
Merci M. Py. Larguez les amarres, hissez haut les voiles et bon vent pour l’aventure avignonnaise.

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