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Nos lecteurs ont la parole

La science du gouvernement

Louis AMERIGHI
Il manque au Liban une infinité de choses pour qu’il commence à évoquer, même de loin, l’image d’un pays développé. En tête de cette longue liste, il y a en priorité un point essentiel et qui est l’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire national. Il n’y a pas plus prioritaire que ce point, c’est la pierre d’angle de l’édifice de la prospérité. Comme le disait à peu près John Adams, le deuxième président américain : « Il nous faut d’abord étudier la science du gouvernement (et de la guerre) pour que nos enfants puissent étudier les mathématiques, la philosophie et la géographie, et que leurs enfants à eux puissent étudier les beaux-arts, la poésie et la musique. » Sans un gouvernement stable, efficace et évidemment centralisé, rien ne peut s’appuyer sur des fondations sûres ni se développer durablement : l’économie, la culture, l’éducation, le niveau de vie, tous ces secteurs sont otages de la précarité politique, et peuvent être balayés d’un coup de vent par une guerre déclenchée de l’extérieur.
Si l’objectif à atteindre est bien connu de tous, quel plus grand obstacle à sa réalisation reste-t-il donc ? Certainement le sectarisme. Cette tendance à se replier sur sa communauté dans une attitude défensive, tribale et avec une absence totale de vision à long terme constitue la cause principale de la paralysie de pratiquement toutes les institutions administratives. Ce qui est curieux à noter, c’est que les personnes affichant avec le plus de véhémence le rejet des autres confessions sont souvent celles qui mettent les pieds le moins souvent dans leur lieu de culte, alors que les adeptes des mouvements religieux comme le Focolari ou le Mouvement social de Mgr Grégoire Haddad sont ceux qui prônent le plus l’ouverture aux autres religions. L’intolérance confessionnelle est l’obstacle majeur bloquant la résolution des plus grands problèmes du pays, à savoir : les armes intouchables de la Résistance (incidemment concentrées aux mains d’une seule confession), les camps palestiniens constituant des enclaves sécuritaires (Nahr el-Bared et autres) et vivant dans un temporaire-permanent de misère totale, la réforme ou la privatisation d’EDL (concentration d’une même confession au sein du groupe de fonctionnaires de cette entreprise), etc.
Même une simple exécution capitale ne peut être accomplie si les autorités sont dans l’incapacité de trouver un détenu issu d’une autre confession et passible lui aussi de la peine de mort, afin de ne pas troubler l’équilibre confessionnel. Nous frôlons le ridicule...
Il est certainement facile de se plaindre et de critiquer tout le monde. Mais que peut faire réellement le peuple, le commun citoyen, le quidam normal, vous, cher lecteur, pour aider à améliorer les choses ? Eh bien, c’est simple : nous pouvons nous lancer dès à présent dans une quelconque interaction sociale ou professionnelle de la vie de tous les jours, et opter pour la personne la plus qualifiée.
La meilleure façon de combattre le sectarisme consiste à l’ignorer totalement. Pourquoi finalement est-il si important de savoir si quelqu’un est chrétien ou musulman ? Nous commencerons à devenir un pays laïc quand cette question ne se posera même plus à notre subconscient la première fois que nous rencontrerons quelqu’un. Que cette disposition se généralise à l’ensemble de la population, et nous serons sur la bonne voie pour éradiquer le confessionnalisme.

Louis AMERIGHI
Il manque au Liban une infinité de choses pour qu’il commence à évoquer, même de loin, l’image d’un pays développé. En tête de cette longue liste, il y a en priorité un point essentiel et qui est l’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire national. Il n’y a pas plus prioritaire que ce point, c’est la pierre d’angle de l’édifice de la prospérité. Comme le disait à peu près John Adams, le deuxième président américain : « Il nous faut d’abord étudier la science du gouvernement (et de la guerre) pour que nos enfants puissent étudier les mathématiques, la philosophie et la géographie, et que leurs enfants à eux puissent étudier les beaux-arts, la poésie et la musique. » Sans un gouvernement stable, efficace et évidemment centralisé, rien ne peut s’appuyer sur des...
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