Le président français François Hollande. Philippe Wojazer/Reuters
Les esprits s’échauffent autour d’une réunion qui s’est tenue à l’Élysée le 16 janvier en présence de l’ex-ministre du Budget pour décider d’une demande d’entraide fiscale avec la Suisse, afin de savoir s’il y dissimulait un compte bancaire. Le président centriste de la commission d’enquête, Charles de Courson, y a vu un signe de plus que M. Hollande était sans doute « le mieux informé » au sein de l’exécutif, dès le début, des graves soupçons pesant sur M. Cahuzac. Plusieurs figures de la majorité de gauche se sont aussitôt insurgées contre la mise en cause du président de la République, invitant Charles de Courson à ne pas outrepasser son rôle. Pour l’entourage du chef de l’État, il s’agit « d’une histoire montée par la droite en pleine torpeur estivale » car « il fallait bien que le président demande à l’intéressé » de s’expliquer sur des rumeurs et informations de presse. « Jérôme Cahuzac a toujours dit “il n’y a rien” jusqu’à ce qu’il jette l’éponge », après l’ouverture d’une information judiciaire le visant le 19 mars pour blanchiment de fraude fiscale, a-t-on ajouté.
Les débats au sein de la commission ont tourné à l’aigre mercredi, quand ses membres issus de l’opposition ont jugé que de sérieux doutes subsistaient sur ce que savait l’Élysée du compte caché de l’ex-ministre du Budget et à partir de quand. Le rapporteur socialiste, Alain Claeys, affirme que rien ne peut justifier l’affirmation de Charles de Courson selon laquelle des « preuves » existent que M. Hollande était informé dès la publication des révélations du site d’informations Mediapart le 4 décembre. Les interrogations sur le rôle de l’Élysée ont surgi mardi, quand le ministre de l’Économie Pierre Moscovici a confirmé sous serment la tenue de la réunion du 16 janvier en présence de
M. Hollande, du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et, surtout, de M. Cahuzac. Or, l’ex-ministre du Budget avait passé sous silence cette réunion lors de son audition le 26 juin. La commission d’enquête a donc décidé de le convoquer à nouveau le 23 juillet, après avoir entendu Marion Bougeard, qui fut sa conseillère pour la communication.
Muraille de Chine...
Aux yeux des membres UMP de la commission, la question est de savoir si M. Cahuzac a été « associé » à la démarche visant à saisir l’administration fiscale helvétique pour savoir s’il avait un compte à l’UBS ou simplement mis au pied du mur. Pour l’UMP Georges Fenech, la présence de l’ancien ministre du Budget à cette réunion au sommet montre que la « muraille de Chine » que Pierre Moscovici disait avoir dressée autour de lui n’est plus qu’un « mur fissuré ». S’engouffrant dans la brèche, Charles de Courson a répété mercredi et jeudi que M. Hollande avait, « entre le 4 et le 18 décembre, l’ensemble des informations lui permettant de se rendre compte que des preuves graves, selon lesquelles M. Cahuzac détenait un compte en Suisse, existent ». Il s’est notamment fondé sur les déclarations de l’avocat du site d’information Mediapart disant avoir communiqué avec l’Élysée peu après la révélation de l’affaire le 4 décembre et un appel au cabinet de
M. Hollande le 15 décembre d’un opposant politique de
M. Cahuzac.
Ces propos ont déclenché un tollé au sein de la majorité. Pierre Moscovici a fait savoir qu’il adressait à Charles de Courson un courrier répondant point par point à ses allégations. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a enjoint Charles de Courson de « respecter les règles » et « d’éviter d’aller distiller des doutes, des soupçons, des présupposés ici ou là. Qu’on arrête d’instrumentaliser plus que de besoin ce sujet », a-t-elle dit. « M. de Courson cherche à se faire un nom, à se faire de la publicité, à se faire connaître. Ce n’est pas une commission d’interprétation qu’il préside, c’est une commission d’enquête », a renchéri le sénateur socialiste François Rebsamen, un proche du chef de l’État. Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, s’est montré lui aussi très critique. « J’ai suivi toutes les auditions, soit de façon directe soit en les regardant après. Je n’ai vu absolument aucune preuve, et donc M. de Courson me semble aujourd’hui en situation, lui qui est le président, de dire des choses très graves », a-t-il dit.
(Source : Reuters)


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12 h 49, le 19 juillet 2013