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À La Une - Rencontre

François Fillon : Je repars du Liban moins pessimiste qu’à mon arrivée

L’ancien Premier ministre français François Fillon est un véritable ami du Liban. À l’heure où les yeux du monde sont tournés vers l’Égypte et la Syrie, il choisit de venir à Beyrouth parce qu’il trouve que ce pays « important pour la France » est menacé et qu’« on n’en parle pas assez ». À la fin de sa visite de trois jours, au cours de laquelle il a vu toutes les parties, il confie à « L’Orient-Le Jour » qu’il repart « moins pessimiste » qu’il n’est arrivé car il a perçu chez les Libanais « une volonté réelle de ne pas rééditer l’expérience de la guerre civile ».

M. Fillon a eu des entretiens avec plusieurs hommes politiques, dont le président des Kataëb, Amine Gemayel.

François Fillon reçoit L’Orient-Le Jour et Le Figaro pour un entretien croisé à l’hôtel Phoenicia où il est descendu car, confie-t-il, il n’aime pas résider à l’ambassade lors de ses voyages à l’étranger pour mieux se plonger dans l’atmosphère locale. Il précise d’emblée qu’il ne souhaite pas évoquer les questions internes françaises mais parler du Liban, d’autant qu’il y est venu pour voir de près ce qui s’y passe. À la question de savoir s’il y a un lien entre sa visite au Liban et celle du président de la France en Tunisie, il s’empresse d’expliquer que non, puisqu’il a décidé de venir au Liban il y a une quinzaine de jours, lorsqu’il a vu que la situation semblait y être devenue plus complexe. Il a donc souhaité voir toutes les parties, et le programme de ses rencontres avait été fixé à l’avance. En fait, il y a eu un seul rajout, celui du rendez-vous avec le représentant du Hezbollah, Ammar Moussaoui.


Avec modestie et sincérité, il révèle que la première chose qu’il a comprise à la suite de ses entretiens avec les Libanais, c’est que « l’Europe a une vision trop simpliste de la situation régionale. Par exemple, au sujet de la Syrie, il y a les bons et les méchants, et les Français ont rapidement établi une comparaison avec la situation en Tunisie et en Égypte, et la chute rapide des dictatures dans ces deux pays. Cette comparaison a dicté la politique du gouvernement français à l’égard de la Syrie. Pourtant, je constate que la situation y est différente ».


Lorsqu’on lui rappelle que la crise syrienne avait commencé alors que la droite était au pouvoir, il répond : « À l’origine, il s’agissait d’une révolte populaire contre une dictature. Et la France ne peut qu’être avec le peuple contre les dictateurs. Au début, elle s’est impliquée dans le conflit syrien pour cette raison et à la suite des reproches qui lui avaient été faits, au sujet de la Tunisie et de l’Égypte. Elle n’a donc pas voulu que cette expérience soit rééditée, d’autant que la riposte et la répression de Bachar el-Assad ne pouvaient pas être acceptées. Mais avec le temps, la situation a évolué, laissant une partie de la place à des mouvements qui se comportent eux-mêmes comme des dictatures, et la position actuelle du gouvernement français n’est plus adéquate. De plus, en Europe, on croyait que le régime syrien allait chuter rapidement comme ce fut le cas en Égypte et en Tunisie. On s’est trompé, et il faut constater qu’en Syrie, on a l’air de s’installer dans une guerre civile de longue durée. Le mouvement de révolte s’est islamisé et c’est une situation que nous ne pouvons pas cautionner. Au contraire, nous devons faire tout ce qui est possible pour pousser les parties vers des négociations en vue d’une solution politique. » Lorsqu’on lui rappelle que la droite avait pourtant accueilli Bachar el-Assad à l’Élysée, il répond : « Moi-même, en tant que Premier ministre, je me suis rendu en Syrie à cette époque. Nous avions fait le pari d’amener Bachar el-Assad par le dialogue à faire des réformes démocratiques et nous l’avons perdu. Mais je préfère que l’on nous reproche d’avoir tenté cette aventure plutôt que de n’avoir rien fait. »


La France vient pourtant de décider d’armer les rebelles... François Fillon répond qu’il est depuis le début contre le fait d’armer les rebelles. « Bien entendu, je ne parle pas ici des armes légères qu’ils ont déjà d’ailleurs, dit-il. Mais des armes sophistiquées comme les missiles antiaériens. Je crois que cela ne fait que prolonger la guerre. À mon avis, il faut forcer tout le monde à aller aux négociations. La Russie a un rôle à ce sujet et j’en ai personnellement discuté avec le président russe Vladimir Poutine qui, d’ailleurs, m’a semblé à la recherche d’une solution, sachant que cette situation ne peut pas durer et qu’elle sera reprochée à la Russie. Mais l’Europe devrait être plus imaginative et évoquer avec la Russie ce dossier et d’autres. Il ne faut pas attendre que l’opposition soit écrasée par le régime... La situation est tellement grave qu’il faut agir. »


Pense-t-il que l’Iran doit participer à la solution ? « La non-présence de l’Iran me paraît peu constructive. Je n’ai pas de leçon à donner, mais après avoir entendu tous mes interlocuteurs libanais, je crois que l’Iran ainsi que l’Arabie saoudite doivent pouvoir participer aux négociations. Mais surtout, il faut agir le plus rapidement possible d’autant que la crise syrienne a des conséquences préoccupantes sur le Liban. Or ce pays est une sorte de trésor qui doit être préservé. »


François Fillon devient plus explicite. Il précise qu’en réalité, le Liban, malgré ses lacunes et ses faiblesses, est la seule démocratie qui fonctionne dans la région. Certes, aujourd’hui, avec le blocage des institutions, il montre ses défauts, mais il reste quand même un pays de coexistence entre les chrétiens et les musulmans, et il y a une véritable tentative d’aller vers plus de démocratie. « Le Liban, affirme-t-il, c’est une petite flamme qui éclaire cette région. » Or, aujourd’hui, selon lui, il est confronté à deux grands problèmes. « Le premier est celui des réfugiés syriens. Un tel nombre sur une population de 4 millions d’habitants, cela entraîne des problèmes économiques et sociaux qui menacent la cohésion sociale. Le second, c’est la crainte de l’exportation du conflit syrien sous forme d’affrontements entre sunnites et chiites. »

Le Hezbollah et Assad
François Fillon révèle à cet égard qu’il repart moins pessimiste qu’à son arrivée. « Vu de l’extérieur, dit-il, on a l’impression que la guerre va éclater. Mais ici, au contraire, on ne sent pas qu’il y a une reprise imminente de la guerre civile. Comme si l’expérience passée avait été utile sur ce plan. Il y a des débats, des échanges politiques, mais visiblement, nul ne veut une reprise de la guerre. »

Il ajoute qu’il est venu au Liban parce qu’il avait le sentiment que le lien particulier entre la France et ce pays « est en train de se distendre car les opinions publiques se séparent. On ne parle pas assez du Liban en France. Or ce pays est important pour notre histoire et pour notre culture... ».


En réponse à une question, il précise ne pas avoir évoqué avec le Hezbollah la possibilité de le mettre sur la liste des organisations terroristes. Il se contente de préciser qu’au cours de l’entretien, le Hezbollah a expliqué qu’il était la dernière partie à participer au conflit syrien. « Je n’ai pas été convaincu, reconnaît-il, car je ne peux pas comprendre qu’on puisse soutenir Bachar el-Assad. Mais j’estime que le rôle de la France est de chercher à faire cesser les combats. Pour cela, il faut favoriser les négociations et ne pas jeter des anathèmes. Il précise que ses interlocuteurs libanais ont insisté sur le fait que la France doit aider à la tenue de la conférence internationale sur la Syrie. Ils ont aussi parlé du sort des chrétiens, et notamment du silence occidental sur le sort des chrétiens en Irak. Ils ont fait des analyses géostratégiques importantes, certains sont avec le rôle de l’Iran, d’autres non, mais tous veulent que la guerre cesse en Syrie. »


Interrogé sur sa position par rapport à ce qui se passe en Égypte, Fillon précise que dans ce pays, le peuple s’est soulevé contre un régime autoritaire. Cette révolte a été récupérée par des groupes qui l’ont détournée et le peuple est redescendu dans la rue. À son avis, le gouvernement tunisien doit regarder de très près ce qui se passe en Égypte. Et d’ailleurs, ce qui se passe lui paraît plutôt encourageant.


Au sujet de la Turquie, il précise qu’il n’est pas favorable à son admission au sein de l’Union européenne, non par distinction religieuse, mais parce qu’il est difficile de l’intégrer pour l’instant au noyau dur des pays européens qui ont la même monnaie. Sa vision, c’est un premier cercle avec le noyau dur européen, un deuxième cercle avec les 28 pays membres de l’UE, et un troisième qui comprend la Turquie et la Russie.


Que pense-t-il de la « transition démocratique au Qatar » ? François Fillon répond avec un sourire que « le pape Benoît XVI a donné l’exemple et la reine du Danemark a suivi, ainsi que le roi de Belgique et l’émir du Qatar... ».
À l’évocation du Qatar, on ne peut s’empêcher de lui demander si l’UMP songerait à avoir recours à cet émirat pour payer les 11 millions d’euros qui ne seront pas remboursés sur décision du Conseil constitutionnel, et il répond avec un sourire : « Je crois qu’il y a un plafond de 7 500 euros par personne, et seuls les nationaux peuvent payer. » Le PSG en fait-il partie ? Fillon ignore la boutade et sa seule évocation de la situation interne française sera de dire simplement qu’il participera à la réunion de solidarité avec l’UMP ce matin (lundi), ajoutant que « beaucoup de Français sont choqués du fait que le principal parti d’opposition soit mis en faillite. Mais en même temps, il ne faut pas critiquer les décisions du Conseil constitutionnel, qui est un élément-clé des institutions françaises ».

 

 

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