S’agit-il d’une manœuvre de diversion visant à détourner l’attention des circonstances et des conséquences de l’opération « coup de force » menée par l’armée contre le groupe de cheikh Ahmad el-Assir à Abra et Saïda, dimanche et lundi derniers? Certains milieux n’hésitent pas à se poser la question avec insistance. Il est, certes, encore trop tôt pour apporter une réponse tranchée à cette interrogation, mais pour l’heure, force est de relever qu’en convoquant la Chambre à une séance plénière, de lundi à mercredi prochains, pour débattre d’une cinquantaine de projets et propositions de loi ordinaires, le chef du législatif Nabih Berry a lancé un pavé dans la mare : il a créé soudainement un nouveau sujet de discorde et a lancé un débat d’ordre légal et constitutionnel qui ne manquera pas de focaliser l’attention de l’opinion publique et des responsables politiques, reléguant quelque peu au second plan les retombées de l’attaque de Abra.
L’un des principaux points (le 19e) inscrit à l’ordre du jour de la séance plénière porte, note-t-on, sur le report d’un an de la mise à la retraite des chefs des appareils sécuritaires de l’État. D’autres questions de pure routine sont également inscrites à l’ordre du jour. Or deux positions exprimées, l’une par le chef du CPL, Michel Aoun, et la seconde par les milieux sunnites (Nagib Mikati en tête) ainsi que par le 14 Mars laissent penser que le quorum pourrait ne pas être atteint lundi prochain, à l’ouverture de la séance plénière.
Le général Aoun est en effet farouchement hostile à la prorogation du mandat du commandant de l’armée, le général Kahwagi. Selon diverses sources, il chercherait en effet à obtenir la nomination à la tête de l’armée d’un officier proche de lui, de préférence son gendre, Chamel Roukoz. « Depuis 1990, le commandant de l’armée est imposé aux chrétiens », a ainsi déploré hier le chef du CPL au terme d’une réunion extraordinaire de son bloc parlementaire tenue à Rabieh afin de débattre de la tenue de la séance plénière de lundi prochain. Au cours du point de presse qu’il a tenu à l’issue de la réunion, M. Aoun s’est interrogé sur les raisons de cette précipitation à prolonger le mandat du général Kawhagi « qui ne vient à expiration qu’en septembre ». Le chef du CPL a critiqué dans ce cadre la convocation de la séance plénière, estimant notamment que le quorum pourrait ne pas être atteint.
Cette éventualité est accréditée par les positions annoncées dans la journée d’hier par plus d’un pôle du 14 Mars. Le député Kazem Kheir, membre du bloc du courant du Futur, a ainsi indiqué que les députés du Futur ne participeront pas à la réunion parlementaire de lundi, affirmant que cette séance est anticonstitutionnelle car le Parlement, a-t-il précisé, n’est pas habilité à se réunir et à légiférer alors que le gouvernement est démissionnaire, sauf dans le cas où il est appelé à se prononcer sur des questions précises de la plus haute importance.
Ce point de vue a été exposé d’une manière explicite par le député Boutros Harb qui a dénoncé en des termes fermes le fait que des textes de loi ordinaires aient été inscrits à l’ordre du jour. M. Harb a précisé qu’en présence d’un gouvernement démissionnaire, la Chambre ne peut débattre que de sujets revêtant un caractère d’urgence et que de ce fait, si le Parlement se réunit lundi prochain, il ne peut examiner que le 19e point inscrit à l’ordre du jour de la réunion, à savoir la prolongation du mandat du commandant en chef de l’armée. M. Harb est entré en contact avec le président Michel Sleiman, le chef du législatif et le Premier ministre démissionnaire, Nagib Mikati, afin de leur exposer son point de vue à ce sujet.
Parallèlement à cette question d’ordre constitutionnel, un autre sujet de discorde pointe à l’horizon : les pôles parlementaires du 14 Mars soulignent que le texte de loi repoussant d’un an l’âge de mise à la retraite des chefs sécuritaires devrait avoir un effet rétroactif et inclure, par conséquent, le directeur sortant des Forces de sécurité intérieure, le général Achraf Rifi, comme l’a souligné hier le député Ahmad Fatfat. Ce à quoi s’oppose farouchement le 8 Mars...
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