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À La Une - L'homme De La Semaine

Fadel Chaker, de la romance à la kalachnikov

La révolte en Syrie en mars 2011 contre Assad a marqué une rupture, et il s'est mis à penser que chanter était haram.

Le chanteur Fadel Chaker, en juillet 2012, avec cheikh salafiste libanais, Ahmed el-Assir, lors d'un rassemblement à Saïda. AFP/MAHMOUD ZAYYAT

Il n'est pas le premier artiste à avoir opéré un virage dans sa carrière. Mais en matière de tournant, le sien est radical.

 

Il y a quelques années encore, la voix de Fadel Chaker faisait craquer ses admiratrices, qui rêvaient sur ses chansons d'amour. Depuis lundi soir et la prise par l'armée libanaise du QG de son mentor, le cheikh salafiste Ahmad el-Assir, au terme d'une trentaine d'heure de combats meurtriers à Abra, une banlieue de Saïda (Liban-Sud), l'ex-crooner libanais est en cavale.

Sur la dernière vidéo mise en ligne où il soit visible, ce ne sont pas des mots d'amour qu'il susurre, mais des insultes, des menaces, et la revendication d'un double assassinat.

 

Né d'une mère palestinienne et d'un père libanais dans le misérable camp palestinien d'Ain Héloué, à Saïda, ce quadragénaire a eu une enfance difficile qui explique, selon un ancien ami du chanteur, son parcours où se mêlent les lumières de la scène et l'extrémisme le plus sombre.

 

Fadel Chmandour, qui changea ensuite son nom en Chaker, a débuté en poussant la chansonnette dans des mariages du camp palestinien. "Il avait une très jolie voix et l'écouter chanter en acoustique était bien plus beau que ses enregistrements", confie à l'AFP cet ancien ami, qui ne veut pas être identifié. "Mais il a toujours été naïf et crédule. Avec le succès, il s'est éloigné des gens qui l'aimaient vraiment, et terminait toujours en mauvaise compagnie", ajoute ce quadragénaire qui a perdu contact avec lui il y a plusieurs années.

 

Son premier album fut commercialisé au milieu des années 90 et au temps de sa gloire, toutes ses chansons connurent l'engouement du public, jusqu'à ce qu'il mette fin à sa carrière en 2011.

Ses plus grands succès comme Bayyaa al-Qouloub (le briseur de coeur), Ya Ghayeb (Toi qui es loin de moi) et Law Ala Albi (Mon coeur fond avec ton amour), sont toujours interprétées dans les mariages.

 

 

 

 

"C'était un être extrêmement sensible. Quand sa femme palestinienne l'a quitté, il pleurait sur scène en pensant à elle", confie son ancien ami. Dans cette chanson à l'adresse de la femme perdue, il implore: "Ô toi qui es si loin, pourquoi ne t'enquiers-tu pas de celui qui t'aime et qui ne peut dormir la nuit".

 

Son immense popularité découlait aussi du fait qu'il militait pour les droits des Palestiniens, et il avait obtenu la citoyenneté d'honneur du président Mahmoud Abbas.

 

 

 

 

(Portrait : Ahmad el-Assir, l'imam radical devenu l'ennemi de l'armée libanaise)

 

 

Mais vers le fin des années 2000, le chanteur a commencé à prendre du champ par rapport à sa carrière. L'artiste avait ouvert un restaurant à Saïda et pensait souvent à quitter sa carrière musicale pour une vie plus tranquille auprès de ses trois enfants. Son frère, musulman de stricte observance, tentait depuis des années de le convaincre d'abandonner la musique. La révolte en Syrie en mars 2011 contre Bachar el-Assad a marqué une rupture, et il s'est mis à penser que chanter était haram, interdit par l'islam.

 

Il s'est laissé pousser la barbe et est devenu l'attraction du petit mouvement salafiste mené par cheikh Assir, qu'il appelait "le lion des sunnites" en raison de ses diatribes enflammées contre le Hezbollah chiite, favorable à Bachar el-Assad.

 

Les militants anti-Assad mettaient souvent en ligne des vidéos montrant Fadel interprétant des chants religieux en l'honneur des rebelles syriens.

Cette année, lors d'une interview à la télévision, Fadel avait troqué ses chansons d'amour pour l'appel au jihad et à la mort. Cheikh Assir assis à ses côtés, il chantait d'une voix suave : "Dieu invite moi à rejoindre le jihad (...) Mère ne pleure pas pour moi.. Je n'ai pas peur de la mort et mon désir est de devenir un martyr".

 

 

 

 

Chaker était également la plupart du temps au premier rang des manifestations, rassemblements ou sit-in organisés par el-Assir.

Quatre jours avant le début des violents combats, le 23 juin, à Saïda entre partisans armés d'Assir et armée libanaise, l'ex-chanteur avait menacé d'assassiner Samih el-Zeyn le président de la municipalité de Haret-Saïda. Des menaces proférées en direct à la télévision, alors que des affrontements venaient d'avoir lieu entre le quartier de Abra, bastion d'el-Assir et le quartier de Haret Saïda, majoritairement chiite. "Je vais te tuer la prochaine fois que je te vois (...)", avait déclaré M. Chaker lors d'un entretien avec la chaîne de télévision OTV. "J'ai obtenu une fatwa de mon cheikh (Ahmad el-Assir, ndlr) et je vais te tuer bientôt", avait-il martelé tout en qualifiant M. el-Zeyn de criminel.

 

Plus violent encore est le petit film amateur filmé par les partisans d'Assir à Abra lors des derniers combats des 23 et 24 juin, qui se sont soldés par la mort de 17 soldats et de plusieurs partisans du cheikh.

"Nous nous sommes débarrassés de vos deux porcs, de vos deux chiens. Dieu est grand", clame le chanteur sans que l'on sache s'il fait allusion à l'armée ou à des membres du Hezbollah.

 

 

 

 

Un tribunal militaire a lancé 124 mandats d'arrêt contre le cheikh el-Assir et ses partisans, dont Fadel, que l'armée traque depuis la chute du QG du cheikh. Le frère du chanteur, Abou Abdo Chmandour, a été tué dans les combats.

 

"Je savais qu'il quitterait un jour la musique mais je n'ai jamais pensé qu'il rejoindrait Assir", dit son ancien ami à l'AFP, déplorant qu'il ait été "manipulé" par extrémistes ayant utilisé sa renommée pour se faire connaître.

 

 

Reportage

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Il n'est pas le premier artiste à avoir opéré un virage dans sa carrière. Mais en matière de tournant, le sien est radical.
 
Il y a quelques années encore, la voix de Fadel Chaker faisait craquer ses admiratrices, qui rêvaient sur ses chansons d'amour. Depuis lundi soir et la prise par l'armée libanaise du QG de son mentor, le cheikh salafiste Ahmad el-Assir, au terme d'une trentaine d'heure de combats meurtriers à Abra, une banlieue de Saïda (Liban-Sud), l'ex-crooner libanais est en cavale.
Sur la dernière vidéo mise en ligne où il soit visible, ce ne sont pas des mots d'amour qu'il susurre, mais des insultes, des menaces, et la revendication d'un double assassinat.
 
Né d'une mère palestinienne et d'un père libanais dans le misérable camp palestinien d'Ain Héloué, à Saïda, ce quadragénaire a eu une enfance...
commentaires (2)

Chaker s'en va pendant que Mohammed Assaf est sacré champion. Donnons la bienvenue à Assaf.

Ali Farhat

00 h 15, le 27 juin 2013

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Commentaires (2)

  • Chaker s'en va pendant que Mohammed Assaf est sacré champion. Donnons la bienvenue à Assaf.

    Ali Farhat

    00 h 15, le 27 juin 2013

  • Fadel Chaker un fou vicieux , méchant qui jouait le faux romantique . Vraiment choquant . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    16 h 49, le 26 juin 2013

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