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A 33 ans, Cheikh Tamim devient le nouvel émir du Qatar

Succession Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani cède le pouvoir à son fils, cheikh Tamim.
OLJ/Agences
25/06/2013

L'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, 61 ans, a annoncé mardi avoir décidé d'abdiquer et de céder le pouvoir dans ce richissime Etat du Golfe à son fils, le prince héritier Tamim.

 

L'abdication de cheikh Hamad, arrivé au pouvoir en 1995 par une révolution de palais, est une première au Qatar et dans l'histoire récente du monde arabe, où aucun souverain n'a jamais renoncé au pouvoir de son plein gré. Cette abdication avait déjà été annoncée lundi par la chaîne qatarie al-Jazeera et le palais avait annoncé lundi soir dans un communiqué que les Qataris étaient invités à "prêter allégeance à son altesse cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, comme émir du pays".

 

Dans un discours télévisé adressé à la nation, l'émir de cet Etat qui joue un rôle diplomatique important sur la scène arabe et internationale a affirmé que "le temps est venu d'ouvrir une nouvelle page" et de "confier les responsabilités à la nouvelle génération". "Je m'adresse aujourd'hui à vous pour annoncer que je remets le pouvoir à cheikh Tamim ben Hamad Al Thani et je suis entièrement convaincu qu'il placera l'intérêt du pays et la prospérité de son peuple en priorité", a annoncé l'émir.

Mardi a été proclamé jour férié au Qatar et la télévision a montré des personnalités se pressant au palais pour faire allégeance au nouvel émir.

Outre les notables qataris formant une longue file pour saluer l'ancien et le nouveau souverain, la télévision a montré l'influent prédicateur Youssef Al-Qaradaoui, éminence grise des Frères musulmans, embrassant le nouvel émir.

 

Le nouvel émir, âgé de 33 ans, sera le plus jeune souverain d'une monarchie du Golfe.
Les monarchies arabes du Golfe aux souverains vieillissants, Arabie saoudite en tête, ont félicité le nouveau souverain. L'émir du Koweit, cheikh Sabah Al-Ahmad Al Sabah, âgé de 84 ans, s'est rendu en personne à Doha.
Le nouvel émir du Qatar doit prononcer mercredi un discours à la nation et pourrait ensuite procéder à un remaniement ministériel.

 

"La décision de l'émir est en harmonie avec la politique du Qatar", a estimé Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha Center. "L'émir estimait qu'après avoir passé 18 ans au pouvoir, il était temps de passer à la nouvelle génération qui était préparée depuis un certain temps. Ce qui est remarquable, c'est que la décision a été appliquée en dépit de la situation critique dans la région, notamment avec le dossier syrien", a-t-il ajouté.

 

 

Passionné de sport et familier du pouvoir

Cheikh Tamim ben Hamad ben Khalifa Al Thani est un passionné de sports qui a progressivement conforté son autorité en prenant la gestion de dossiers sensibles de politique intérieure et étrangère.

Nommé prince héritier il y a dix ans, cheikh Tamim est le quatrième fils de l'émir. Sa mère est l'influente cheikha Moza, deuxième épouse du souverain.

 

Ce grand brun souriant au visage barré d'une petite moustache préside le comité olympique du Qatar et contrôle l'important dossier du Mondial-2022 de football que le richissime émirat doit accueillir. Il est également commandant en chef adjoint des forces armées et l'émir lui a progressivement confié, au cours des trois dernières années, la gestion de l'armée et de la sécurité, selon une source diplomatique occidentale. En outre, le prince héritier "a déjà la responsabilité de plusieurs dossiers sensibles de politique étrangère", d'après Neil Partrick, spécialiste des pays du Golfe, qui estime qu'il "ne devrait pas décider de changements importants sans consulter son père".

 

Cheikh Tamim "a d'excellentes relations avec l'Occident, notamment avec les Etats-Unis et la France", souligne la source diplomatique. Dans le même temps, il entretient de très bons rapports avec l'Arabie saoudite et a contribué à assainir les relations entre les deux pays, qui étaient tendues jusqu'en 2007, selon la même source.

 

Cheikh Tamim est décrit par les uns comme plus conservateur que l’émir actuel, par d’autres comme "affable et doté d’un grand sens de l’humour". "Il est très chaleureux et extrêmement pragmatique. Quand il y a un problème, il essaie de le résoudre", dit une source diplomatique, selon laquelle "sa vision du monde est très proche de celle de son père", qui a soutenu les révoltes arabes, et particulièrement les Frères musulmans, et a réinvesti massivement les revenus considérables de la production de gaz naturel de l’émirat.

 

Selon un diplomate occidental, la Coupe du monde est sans doute la meilleure garantie que le nouvel émir ne sera pas tenté d’imposer au Qatar un virage trop rigoriste. "C’est un grand supporter de Manchester United, et du sport en général. Ce n’est pas la caractéristique première d’un salafiste", note-t-il. "Il ne peut pas donner soudainement au pays une orientation islamiste avec 2022 en ligne de mire".

 

 

Pas de changements majeurs
Pour Eman Ebed Alkadi, analyste d’Eurasia Group, il ne faut donc pas s’attendre à des changements majeurs, tant dans les priorités intérieures qu’en matière de politique étrangère. "Tamim contrôle depuis quelque temps un certain nombre de politiques essentielles pour le pays et partage le point de vue de son père sur le développement économique du Qatar et sur la politique de diversification de l’économie", estime-t-elle.

 

Selon une source diplomatique, cheikh Tamim "a une forte personnalité et a pu s'imposer au sein de la famille régnante, bien qu'il n'ait pas été le premier choix". Cheikh Tamim a en effet été nommé prince héritier le 5 août 2003 après le désistement en sa faveur de cheikh Jassem, son frère d'un an son aîné et également fils de cheikha Moza, nommé à ce poste en novembre 1996. Aucune explication n'a été donné à ce désistement, un événement rare.

 

Né en 1980, cheikh Tamim a terminé en 1997 des études secondaires à Sherborne, en Angleterre. Puis il a été formé, comme son père, à la prestigieuse académie militaire britannique de Sandhurst. Membre du Comité olympique international, il a présidé le comité d'organisation des Jeux asiatiques, tenus en 2006 au Qatar.

Cheikh Tamim a longtemps joué au tennis, mais aussi au football, et a eu un rôle de premier plan dans l'achat du club de football emblématique du Paris Saint Germain.

 

Il est le PDG de la Qatar Investment Authority qui supervise les investissements de l'émirat à l'étranger et vice-président du Haut conseil pour les affaires économiques et les investissements.

Cheikh Tamim est très impliqué dans la vie économique du Qatar, qui dispose des troisièmes réserves mondiales de gaz naturel, en supervisant le lancement de plusieurs projets énergétiques et en présidant diverses commissions et institutions publiques de développement.

 

Il est aussi connu pour être un passionné d'histoire et de patrimoine. A son initiative, un marché populaire, "Souk Waqef", a été restauré pour devenir l'un des principaux sites touristiques de la capitale qatarie.

 

En 2005, cheikh Tamim a épousé cheikha Jawaher, fille de cheikh Hamad ben Souhaim Al-Thani, l'un des membres de la famille régnante, et le couple a eu quatre enfants. Il a ensuite épousé en secondes noces Al-Anoud Al-Hajri, issue d'une grande famille du Qatar, et a eu avec elle deux enfants.

 

L'intronisation du nouvel émir pourrait être accompagnée d'un important remaniement ministériel qui verrait le départ du puissant Premier ministre cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr Al Thani, qui occupe ce poste depuis 2007. Il est également ministre des Affaires étrangères et a joué à ce titre un rôle central dans l'appui aux soulèvements arabes, qui se poursuit aujourd'hui avec un soutien sans faille à la rébellion syrienne.

 

L’abdication de l’émir en faveur du prince héritier était évoquée depuis plusieurs mois mais le calendrier de ce changement générationnel était jusqu’à présent incertain. Des sources diplomatiques avaient récemment dit s’attendre à ce que la transition débute dans le courant de l’été avec la démission de cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr Al Thani.
L’émir du Qatar, arrivé au pouvoir en 1995 à la faveur d’un coup d’État contre son père, a donc décidé de précipiter les choses. Selon des diplomates arabes et occidentaux, il entend ainsi assurer une transition en douceur à la tête de l’émirat de 1,7 million d’habitants, dont seulement 250.000 Qataris.



 

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