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Conjoncture

Les Syriens se tournent vers le dollar avec la chute de la livre

Depuis que la livre syrienne pique du nez, Aboud Katebee, épicier dans le quartier résidentiel de Jaramana à Damas, a renoncé à afficher dans sa boutique le prix des barres de chocolat importées.
« À chaque hausse du dollar, je modifie le prix de mes produits », se lamente cet homme d’âge mûr, qui stocke toute une série de biens importés ou fabriqués en Syrie, allant du lait en poudre au détergent en passant par l’huile de table.
Les rumeurs d’aide militaire occidentale et arabe aux rebelles qui cherchent à renverser le régime de Bachar el-Assad provoquent un mouvement de panique chez des acheteurs nerveux qui se précipitent sur la devise américaine. Ce qui a pour effet de faire plonger le cours de la livre au-dessous de 200 pour un dollar, une chute de 20 % en quatre jours.
Banquiers et hommes d’affaires joints au téléphone disent que la faiblesse de la livre pourrait préfigurer un effondrement de sa valeur en cas de pénurie de devises détenues par la Banque centrale pour défendre la devise nationale. La guerre civile, qui fait rage depuis 27 mois, s’est soldée par plus de 90 000 morts et des dizaines de milliards de dollars de pertes.
Ces craintes signifient que le billet vert joue désormais un rôle central dans les transactions menées chaque jour à tous les échelons de la société syrienne, ce qui n’était pas le cas dans la période d’avant-guerre où seuls les rares privilégiés détenaient des avoirs libellés en dollar.
« Les transactions en dollar étaient jadis limitées aux grands commerçants qui vendaient leurs biens en dollars aux grossistes. Aujourd’hui, même le plus petit boutiquier qui vend en livres syriennes se base sur les fluctuations quotidiennes du dollar », explique Tousef Safouri, un grossiste en textile d’Alep, la capitale du Nord.

Au jour le jour
Du petit vendeur de fruits frais aux manufacturiers, des importateurs aux avocats et chauffeurs de taxi, la crise a conduit à une plus grande circulation du billet vert, les Syriens cherchant à se prémunir contre une dépréciation monétaire et l’inflation.
Officiellement, l’inflation tourne autour de 50 %, mais des économistes redoutent que le pays ne s’achemine vers une hyperinflation après la chute cumulée de 75 % de la devise depuis mars 2011. Le billet vert valait alors 47 livres.
Les sanctions de l’Union européenne (UE) contre les exportations syriennes de pétrole et la chute des revenus tirés du tourisme ont tari les deux principales sources de devises étrangères au tout début de la guerre. Depuis, l’aggravation des violences freine l’activité manufacturière et le commerce.
Selon une page Facebook utilisée par les opposants, le prix du blé bulgur est passé de 65 à 85 livres l’espace d’un matin tandis que celui du riz a grimpé de 125 à 145 et celui de la farine de 85 à 97 livres.
« On vit au jour le jour. Mon salaire ne vaut rien », raconte Abdoullah Awadat, un fonctionnaire de la municipalité de Deraa dont les 15 000 livres par mois de traitement arrivent tout juste à couvrir ses dépenses alimentaires jusqu’au 15 du mois.
Les fluctuations de la livre syrienne compliquent naturellement les prévisions de bon nombre de chefs d’entreprise et hommes d’affaires.
Mais le plongeon de la monnaie ne fait pas que des malheureux. L’État réalise de substantielles économies sur la masse salariale de ses 1 800 000 agents tandis que les acteurs du marché noir stockent des produits subventionnés.
(Source : Reuters)

Depuis que la livre syrienne pique du nez, Aboud Katebee, épicier dans le quartier résidentiel de Jaramana à Damas, a renoncé à afficher dans sa boutique le prix des barres de chocolat importées.« À chaque hausse du dollar, je modifie le prix de mes produits », se lamente cet homme d’âge mûr, qui stocke toute une série de biens importés ou fabriqués en Syrie, allant du lait en...

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