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À La Une - La situation

Périls en la demeure et... ailleurs

Le président Sleiman a informé le député Mohammed Raad de son opposition à la ligne de conduite actuelle du Hezbollah. Photo Dalati et Nohra

C’est entendu : voilà des semaines, des mois qu’on nous serine qu’en dépit de tout ce qui s’écroule autour de nous, et à présent un petit peu chez nous, il n’y aura pas d’explosion générale au Liban. Les faits sont là, tenaces. La guerre n’est plus seulement celle des autres, elle se déroule bel et bien chez les autres.
Tant mieux pour nous ? Oui, sans doute. Mais il est des situations qui, en quelque sorte, sont quasiment aussi peu enviables que la guerre. Nous y plongeons un peu plus chaque jour.


Sur le plan sécuritaire d’abord : les incidents en tout genre se multiplient, sur une base désormais quotidienne. Quand ce n’est pas le front de Tripoli qui s’embrase, c’est le chaudron de Ersal qui bout, le Hermel qui subit, à coups de roquettes, les effets directs de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière et le quartier de Tarik Jdidé qui est livré aux rixes partisanes.
Et que dire du meurtre, perpétré apparemment de sang-froid, d’un manifestant anti-Hezbollah près de l’ambassade d’Iran, dimanche dernier ? Le fait qu’il s’agissait d’un contestataire de confession chiite a-t-il joué un rôle déterminant dans le sort qui lui a été réservé? En d’autres termes, a-t-on voulu signifier que ce que l’on tolère à peine en provenance des autres ne peut aucunement l’être chez les membres d’une communauté censée depuis des lustres être politiquement verrouillée ? La question était sur toutes les lèvres ces jours derniers, mais elle ne recevra certainement pas de réponse. Juste des analyses, des spéculations, des suspicions.
Que dire aussi du car bourré d’hommes armés qui se dirigeait lundi vers la frontière syrienne et qui a manqué d’exploser tout à fait en route, à son passage à Taanayel ? Le véhicule a, paraît-il, laissé quelques plumes dans la déflagration, due à un engin piégé, mais il a continué son chemin sans laisser de trace jusqu’en territoire syrien, de façon à alimenter les spéculations – encore ! – sur sa cargaison, de même que les interrogations sur l’utilité de certains postes-frontières...

 

(Lire aussi: Le mufti du Akkar dénonce la politique des deux poids, deux mesures)


Tout cela, c’est déjà énorme, et pourtant les incidents évoqués ne sont que des broutilles devant la montée d’autres formes de périls qui menacent le pays, en particulier sur les plans diplomatique et économique, étroitement liés par les temps qui courent. Qui a lu les derniers éditoriaux de certains journaux du Golfe, et singulièrement d’Arabie saoudite, sait de quoi il en ressort : désormais, ce n’est pas le Hezbollah que l’on appelle à sanctionner pour le rôle que ce dernier joue en Syrie, c’est le Liban tout entier. Pour un expatrié libanais, la situation se présente comme suit : « Nous sommes tous des chiites », dit-il, parlant de l’ensemble des Libanais résidant et travaillant dans le Golfe. Cela donne une idée de l’ampleur de la catastrophe qui attend leurs familles et le Liban tout entier si les gouvernements de la région décidaient, d’une façon ou d’une autre, de les renvoyer. 

 

(Lire aussi: Sanctions financières : Washington vise des membres du Hezb en Afrique)


Enfin, sur le plan politique, la descente aux abîmes est déjà bien avancée. À l’extraordinaire cafouillis qui a accompagné chez toutes les parties, des mois durant, la bataille de la loi électorale, succède aujourd’hui la franche et terrible impasse gouvernementale : former un cabinet au Liban relève plus que jamais de la quadrature du cercle.
Le 14 Mars presse, il est vrai, pour un gouvernement de « gens normaux », sans affiliation partisane directe. Cela demeure techniquement une possibilité, quitte à ce qu’un tel cabinet soit mis en minorité à la Chambre, si par exemple Walid Joumblatt s’en désolidarisait. Le cas échéant, ce serait au moins cette équipe-là qui serait chargée d’expédier les affaires courantes. Mais le risque de soubresauts sécuritaires s’en trouverait alors accru.  


C’est sur cette toile de fond que vient se greffer l’entreprise de neutralisation, en cours, du Conseil constitutionnel. Les composantes chiite et druze du CC ont manqué hier à l’appel, provoquant le plus politiquement du monde un défaut de quorum qui a empêché cette instance de se réunir pour examiner les recours en invalidation de la loi de prorogation de la législature.
Or il semble, à en croire des sources généralement bien informées, que ce scénario soit appelé à se répéter dans les jours qui suivent, y compris s’il le faut avec d’autres composantes. Le but serait de parvenir à la date fatidique du 20 juin, qui marque l’expiration de la législature en cours, sans que le CC ne se soit prononcé dans un sens ou dans l’autre. De cette façon, on escompte qu’on aura sauvé la face à tout le monde, les pro comme les anti-prorogation. Tout le monde, sauf l’État, bien sûr.


Face à tous ces échecs, ces forfaitures, ces périls qui guettent le Liban, le président de la République, Michel Sleiman, tente de ne pas rester inactif, rappelle un certain nombre de constantes et s’emploie à réparer ce qui peut l’être.
M. Sleiman a ainsi clairement fait valoir hier devant le chef du bloc du Hezbollah, Mohammad Raad, la nécessité pour ce parti de respecter la déclaration de Baabda et de ne pas intervenir en Syrie. Il a aussi souligné le caractère inacceptable de ce qui s’est passé dimanche devant l’ambassade d’Iran et demandé une coopération avec l’enquête. Officiellement, le Hezb ne se considère pourtant en rien impliqué dans cet incident.
Le chef de l’État s’apprête par ailleurs à mener des tractations avec les dirigeants du Golfe afin de les dissuader de sanctionner les expatriés libanais et de les rassurer sur leurs intentions pacifiques et « apolitiques ».
Enfin, on se montre plutôt pragmatique, à Baabda, au sujet des recours devant le CC. Ainsi, quelle que soit l’issue de la procédure engagée, on ne désespère pas d’amener les diverses parties politiques à réviser d’elles-mêmes la durée de la prorogation dans le sens de la baisse pour la rendre juridiquement plus acceptable.
Reste bien sûr le gouvernement. Mais c’est d’abord l’affaire du Premier ministre désigné.

 

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C’est entendu : voilà des semaines, des mois qu’on nous serine qu’en dépit de tout ce qui s’écroule autour de nous, et à présent un petit peu chez nous, il n’y aura pas d’explosion générale au Liban. Les faits sont là, tenaces. La guerre n’est plus seulement celle des autres, elle se déroule bel et bien chez les autres.Tant mieux pour nous ? Oui, sans doute. Mais il est...

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