J’ai rencontré des amis qui sont encore là pour moi et qui font le sel de ma vie.
J’ai rencontré aussi des étudiants issus d’autres universités. Ils m’ont laissée admirative. Ils avaient le niveau, l’ambition et la volonté d’aller plus loin. Ils ne se ménageaient pas.
Ça a été dur, mais j’ai aimé chaque jour de ces années-là.
L’entrée dans le monde du travail a été un vrai choc. Il est vrai que dans le cursus, il n’ y avait pas de cours de survie.
J’ai découvert que cette profession, que je croyais noble, était en fait une jungle. Un grand commerce obéissant à la loi de l’offre et de la demande, où on recourait à un vocabulaire comme rendement, rentrées, rentable, client... J’ai avalé des couleuvres avec le sourire. J’ai découvert que ce titre, qu’on avait galéré pour l’avoir, n’était pas une assurance-vie, qu’il n’était pas une garantie de vie décente et encore moins d’une retraite, sinon dorée, du moins tranquille et sans souci.
Alors, quand je vois aujourd’hui la pléthore de jeunes qui sortent des différentes facultés en rêvant à des jours radieux, quand je vois les déserts médicaux et l’inflation de la capitale, quand je vois la mainmise sur l’université d’État et le clientélisme qui la gangrène alors qu’elle est censée donner ses chances à tous, quand je lis que des confrères peinent à joindre les bouts, que d’autres, après une vie passée à panser et soulager, n’ont pas les moyens de se faire soigner, je me dis qu’il y a problème.
Quand je vais à la Maison faire mon devoir et que cette Maison censée être neutre et à égale distance de tous est envahie par des partisans de tous bords qui me harcèlent jusqu’aux portes de l’isoloir pour me dicter ma conduite, il y a problème.
Quand le président va remercier la Sublime Porte qui lui a ouvert la porte du Graal, il y a problème.
Qui se souvient encore du serment prêté a la fin des études ? Qui se souvient que la discrétion est mère de toutes les qualités ?
Dr Carine CHAMMAS

