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À La Une - La chronique de Nagib Aoun

Le salut selon Nasrallah

On la pressentait, on la voyait venir cette heure de vérité, celle qui dénude les intentions cachées, qui étale au grand jour les arrière-pensées, les visées occultes ou déclarées, cette heure maudite qui lance l’engrenage infernal tant redouté.


Il l’a hurlé, crié à pleins poumons : il est temps que les choses soient dites clairement. Il l’a fait et c’est la tempête qu’il vient de récolter, ce sont les portes de l’enfer qu’il vient d’ouvrir. Plus d’ambiguïté désormais, plus de double langage ni de faux-fuyants. L’État c’est moi, le protecteur des musulmans et des chrétiens c’est toujours moi, le pourfendeur des qaëdistes et autres takfiristes c’est encore moi et ceux qui ne sont pas d’accord eh bien ils n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs !


Tel est, en substance, le message que Hassan Nasrallah a tenu à transmettre au peuple libanais, à l’ensemble du monde musulman et à l’Occident honni qu’il a quasiment invité à aller se torcher le cul (pardon pour le terme) avec le document qualifiant le Hezbollah d’organisation terroriste.


Un langage fleuri pour une proclamation guerrière : au-delà de la grandiloquence d’un discours émaillé d’insultes à l’intelligence, c’est à une hautaine confession que s’est livré Hassan Nasrallah. Ne se contentant pas de glorifier l’implication de ses hommes dans les combats en Syrie, il a révélé, sans sourciller, qu’ils n’en étaient pas à leur premier jihad et qu’ils s’étaient déjà exercés en Bosnie-Herzégovine. Au nom, bien sûr, de l’islam, autant sunnite que chiite, dont il s’est autoproclamé le garant et le défenseur...


Incroyable arrogance accompagnée de cette invitation pour le moins absurde, pour ne pas dire criminelle : que les Libanais aillent donc vider leurs querelles en Syrie, qu’ils s’y trucident allègrement pour les causes auxquelles ils croient, cela évitera au Liban de sombrer, à son tour, dans la guerre civile... La réponse est venue moins de douze heures plus tard, avec la chute des fusées Grad sur la banlieue sud, avec de folles rumeurs sur des attentats terroristes en préparation.


Hassan Nasrallah a déclenché la machine infernale et voilà la bombe qui explose à la face de tout le monde, qui déterre les haines les plus odieuses, qui ravive les frustrations et ressentiments communautaires, ceux dont Tripoli paye le prix depuis si longtemps.


Et l’État, me diriez-vous, où est donc l’État pour enrayer la course vers l’abîme ? Ne cherchez pas bien loin, le Sayyed nous a fourni la réponse en introduction de son discours de samedi : l’État n’existe pas, il est mort et enterré et c’est grâce au Hezbollah que la dignité des Libanais sera préservée, que leurs souhaits seront exaucés, que chrétiens et musulmans, sunnites et chiites, retrouveront la voie de l’unité...


Hors du parti de Dieu, point donc de salut : on en a vu et douloureusement ressenti les effroyables conséquences en juillet 2006, on en pressent déjà les résultats en mai 2013 : une brutale récidive mais, surtout, une dérive tragique par rapport à 2006. Le crash, lui, est garanti...


Mais qu’en pensent, aujourd’hui, les alliés chrétiens du Hezbollah ?


On la pressentait, on la voyait venir cette heure de vérité, celle qui dénude les intentions cachées, qui étale au grand jour les arrière-pensées, les visées occultes ou déclarées, cette heure maudite qui lance l’engrenage infernal tant redouté.
Il l’a hurlé, crié à pleins poumons : il est temps que les choses soient dites clairement. Il l’a fait et c’est la tempête...

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