Dans la province turque de Hatay, frontalière de la Syrie, un camp de réfugiés est solidement gardé par l’armée. Umit Bektas/Reuters
« À vrai dire, on en a marre des conférences, il y en a eu beaucoup (...) sans résultat. Nous voulons une solution radicale », dit Saleh, en référence à la conférence voulue par Washington et Moscou, qui pourrait réunir en juin à Genève les parties en conflit en Syrie depuis plus de deux ans. « On veut soit rentrer, soit savoir ce qu’il adviendra de nous, cela fait tellement longtemps qu’on attend », ajoute-t-il, le visage hâlé alors que la température frôle les 40 degrés Celsius. Comme la majorité des 120 000 habitants du camp, cet ex-ouvrier est originaire de Deraa, ville du sud de la Syrie proche de la frontière jordanienne et berceau de la révolte lancée mi-mars 2011 contre le régime de Bachar el-Assad. « Ce qu’on veut, c’est qu’ils s’occupent des gens ici », souligne-t-il.
Car dans le camp installé en plein désert à quelques encablures de la Syrie, les réfugiés se plaignent du manque d’eau, d’électricité et d’une nourriture « dont même les animaux ne voudraient pas ». Des hommes font la queue sous un soleil de plomb devant un centre de provisions, tandis que des poulets sont rôtis en plein air malgré les mouches et la poussière. L’artère principale qui divise en deux le camp s’est transformée en un grand souk populaire avec cafés de fortune, échoppes en tous genres et même « salons de coiffure ».
La lassitude est évidente, notamment quand les journalistes demandent l’avis des habitants sur la possibilité d’une conférence de paix internationale pour mettre fin au conflit qui les a chassés de leurs villes et villages. « Pourquoi une telle conférence ? Pour passer des accords faisant fi du sang versé par des enfants ? Nous n’espérons rien du tout », lance Adel, ex-vendeur de voitures à Deraa qui a tout perdu et tient depuis un an un misérable kiosque où il vend du café, du jus de tamarin et des boissons gazeuses. « Ils font cette conférence car on est arrivé à un point où aucune partie (régime ou rebelles) ne parvient à gagner », dit ce quinquagénaire qui a été emprisonné par le régime après le début de la révolte.
Pour la majorité, la paix reste un mirage, d’autant plus que le sentiment d’abandon par la communauté internationale est très fort. « S’ils avaient voulu faire quelque chose, ils l’auraient fait dès le début », lance Aziz. « Les gens sont en train de bâtir leur vie ici, ils s’installent. De jour en jour, ils perdent espoir », affirme de son côté Mohammad, un Syrien qui a quitté les Émirats arabes unis et ouvert une échoppe dans le camp pour, dit-il, aider ses compatriotes. « Les gens ici attendent, mais il semble que les choses vont durer », lâche-t-il. Il exprime sa haine pour le président Assad. « Il suffit qu’ils envoient un seul avion pour bombarder » Assad, dit-il, s’en prenant également aux alliés du régime. « Face aux Russes, aux armes lourdes, que peut-on faire ? Les gens meurent (...) et lui (Assad) reçoit de l’aide du Hezbollah, de l’Iran, tous sont avec lui. »
Dans un camp acquis à la cause de la révolution, on est formel. « Des négociations oui, un gouvernement de transition oui, mais sans Bachar, sans Bachar », martèle Abel Karim, du village de Taïbé dans la province de Deraa.
© AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Glorieux, ces Civils Syriens Sains.
12 h 16, le 26 mai 2013