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Nos lecteurs ont la parole

Paix civile et mémoire au Liban : que faire ?

Antoine MESSARRA
Beaucoup de travaux ont été effectués au Liban en vue de la paix civile, de la réconciliation et de la mémoire. Heureusement, mais certes pas assez. Il faudra surtout adapter les perspectives au Liban, mieux cibler les travaux en tenant compte du contexte national et des besoins*.
Trois notions sont en jeu et exigent d’être mieux explicitées et adaptées: réconciliation, reddition de comptes, mémoire collective et partagée.
1. Que signifie réconciliation dans le cas du Liban? Quand on exagère et on dramatise ce concept, cela témoigne de l’incompréhension de la nature des guerres multinationales au Liban en 1975-1990. C’est le même problème dans l’histoire de la Suisse, qui a été une scène d’affrontements à travers certes des acteurs locaux, mais pour des enjeux régionaux et internationaux. La réalité est plus pragmatique. Concentrer l’attention sur la réconciliation, dans une perspective de guerre civile conventionnelle, c’est considérer que la guerre au Liban est de nature exclusivement civile.
Certes, une partie des guerres multinationales au Liban est civile, mais ce n’est pas une guerre «libanaise», ni une guerre exclusivement «civile». Nous avons été acteurs dans ces guerres que Ghassan Tueni a appelées, non pas guerre des autres, mais guerre pour les autres. Preuve en est que les Libanais ont conclu, avant l’accord d’entente nationale de Taëf, 14 accords d’entente nationale au niveau officiel! Tous ces accords avant Taëf n’ont pas marché, car il fallait, en plus de l’entente interne, le soutien régional et international. Cela s’est passé lors du traité d’Utrecht, en 1713, où un diplomate dit aux Hollandais: «On signera la paix chez vous, pour vous et sans vous.»
Nous avons tous été agressés, dupes, manipulés, instrumentalisés dans les guerres multinationales au Liban de 1975-1990. Les acteurs internes impliqués dans ces guerres pour les motifs les plus patriotiques, comme pour les motifs les plus criminels, mesquins et mercantiles, ont été aussi victimes d’attentats du fait que les acteurs internes, si grands qu’ils soient, sont petits dans le jeu des nations.
Il faut certes restaurer les mentalités, perturbées, fragmentées et endolories, surtout en ce qui concerne la nouvelle génération qui n’a pas vraiment vécu le pluralisme libanais.
Les parents et les enfants qui ont fait la guerre ne recommencent pas. Ce sont les petits-enfants et les arrière-petits-enfants qui cherchent à venger des événements survenus même en 1860! Va-t-on désormais apprendre de l’histoire et pas toujours dans l’histoire?
La paix civile au Liban se construit grâce à une culture de prudence dans les relations extérieures, avec des Libanais qui, dans leur psychologie historique, ont été programmés à un besoin atavique d’une Sublime Porte.
2. Reddition de comptes à deux volets: des historiens comptables. Il faut certes en finir avec l’impunité, devenue même assurance impunité. Cependant, la perspective n’est pas seulement légale et légaliste. Elle est aussi comptable. Nous avons besoin d’historiens comptables qui se penchent sur ce qui s’est passé, moins en termes de culpabilité et de responsabilité que de comptabilité en termes de coût et de bénéfice.
3. Quel enseignement de l’histoire en vue d’une mémoire collective et partagée pour demain? Dire qu’il n’y a aucun consensus sur l’enseignement de l’histoire au Liban est un mensonge. Dans le cadre du plan de rénovation pédagogique au CRDP, en 1996-2000, sous la direction du professeur Mounir Abou Asly, les nouveaux programmes scolaires d’histoire, en plus de 80 pages, ont paru en vertu du décret n° 3175 du 8 juin 2000 (Journal officiel, n° 27, 22/6/2000, pp. 2114-2195). J’étais moi-même membre de la commission des Six. La mise en application a ensuite été bloquée pour un prétexte, et non pour un motif de fond.
Que faire aujourd’hui? Les grandes institutions éducatives au Liban attendent... passivement... que l’État leur produise le livre national d’histoire! Certes, l’État démocratique encadre, mobilise, oriente, engage des politiques publiques, mais c’est l’État stalinien qui produit des livres pour la société et sans la société!
Il n’est pas demandé aux établissements scolaires, dont certains comptent plus de 200000, 40000 et 20000 élèves de produire le livre national, mais au moins de préparer activement le terrain avec un matériel novateur et ultérieurement exploitable dans l’opération nationale. L’imagination et l’initiative ont-elles aujourd’hui déserté l’école?

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel
Professeur


* Le texte est un extrait d’une communication orale enregistrée à l’Université de Balamand et à l’Institut des sciences politiques à l’USJ à deux conférences débats organisées par la Délégation de l’Union européenne: «Paix, réconciliation et participation politique», 15 et 19/4/2013.
Beaucoup de travaux ont été effectués au Liban en vue de la paix civile, de la réconciliation et de la mémoire. Heureusement, mais certes pas assez. Il faudra surtout adapter les perspectives au Liban, mieux cibler les travaux en tenant compte du contexte national et des besoins*. Trois notions sont en jeu et exigent d’être mieux explicitées et adaptées: réconciliation, reddition de comptes, mémoire collective et partagée.1. Que signifie réconciliation dans le cas du Liban? Quand on exagère et on dramatise ce concept, cela témoigne de l’incompréhension de la nature des guerres multinationales au Liban en 1975-1990. C’est le même problème dans l’histoire de la Suisse, qui a été une scène d’affrontements à travers certes des acteurs locaux, mais pour des enjeux régionaux et internationaux. La réalité est...
commentaires (1)

La réponse est RIEN...attendre que çà se passe...peut-être jouer de l'oubli,de l'oblitération des mémoires pendant un temps...je rigole...quant on voit ce qu'on voit,et qu'on entend ce qu'on entend,on en oublie de penser ce qu'on ne peut pas penser...

GEDEON Christian

15 h 13, le 21 mai 2013

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Commentaires (1)

  • La réponse est RIEN...attendre que çà se passe...peut-être jouer de l'oubli,de l'oblitération des mémoires pendant un temps...je rigole...quant on voit ce qu'on voit,et qu'on entend ce qu'on entend,on en oublie de penser ce qu'on ne peut pas penser...

    GEDEON Christian

    15 h 13, le 21 mai 2013

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