Barry Eichengreen est professeur d’économie et de sciences politiques à l’Université de Californie, Berkeley.
Comme pour Time on the Cross, la controverse Reinhart-Rogoff, bien que ostensiblement liée aux procédures statistiques utilisées par les auteurs, est en fait ancrée dans l’utilisation que d’autres ont faite de leur étude. Certains des résultats rapportés par Fogel et Engerman ont été utilisés non pas par les auteurs eux-mêmes, il convient de le préciser, pour contester les mesures de discrimination positive et pour remettre en question le mouvement des droits civils. De même, certains résultats de Reinhart et Rogoff ont été utilisés par des politiciens et d’autres pour justifier l’austérité budgétaire.
Lorsque les problèmes présents dans l’analyse de Reinhart et Rogoff ont été mis en évidence, les critiques étaient atterrés. Les auteurs avaient omis par inadvertance certaines données, employé un système de pondération discutable et inclus une observation de croissance du PIB erronée. Cela a soulevé des questions embarrassantes à propos non seulement de l’efficacité de l’austérité, mais aussi de la fiabilité de l’analyse économique. Comment une étude erronée peut-elle être publiée, d’abord dans la prestigieuse série des documents de travail du National Bureau of Economic Research (NBER), puis dans un journal de l’American Economic Association ? Et, si tel est le cas, pourquoi les décideurs et un public doué de discernement devraient-ils accorder une quelconque crédibilité à la recherche économique ? Cela a été effectivement possible parce que les économistes ne sont pas obligés de rendre leurs données et leurs programmes accessibles au public lorsqu’ils publient une recherche scientifique. On dit que les documents de travail du NBER sont encore plus prestigieux qu’une publication dans des revues à comité de lecture. Pourtant, le bureau n’exige pas que les chercheurs publient leurs données et programmes sur son site Web en tant que condition pour la publication du document de travail.
Les chercheurs indépendants qui cherchent à reproduire les conclusions de ces études doivent d’abord reproduire les données et ensuite reproduire les programmes. Et, avec les progrès de l’économie empirique, la difficulté d’y parvenir a augmenté. Reinhart et Rogoff ont peut-être utilisé un ensemble relativement limité de données, qui étaient pour la plupart accessibles publiquement, mais la profession dans son ensemble utilise des bases de données de plus en plus grandes et sur mesure. Le développement de grandes bases de données promet de grands progrès. Mais il rend toute reproduction impossible sans la coopération de l’auteur. Et les motivations pour les auteurs à coopérer sont, pour dire le minimum, mitigées. Il est donc de la responsabilité des comités de rédaction et des directeurs d’organisme comme le NBER de rendre obligatoire l’accès libre.
Par ailleurs, dans une discipline qui considère l’ingéniosité comme la vertu suprême, ceux qui s’engagent dans le travail fastidieux de nettoyage des données et de reproduction d’études existantes ne reçoivent que peu de récompenses. Les prix Nobel ne sont pas accordés pour la construction de nouvelles estimations historiques du PIB permettant de remonter plus loin dans le temps dans l’analyse des politiques.
Ensuite, il y a le fait que corrélation n’est pas causalité. Dans le cas de Reinhart et Rogoff, l’observation que les pays fortement endettés se développent plus lentement, même si elle était correcte, ne dit rien quant à savoir si une dette élevée entraîne une croissance lente, ou vice versa. Il s’agit de questions difficiles, mais qui admettent pourtant des solutions simples. Ce qui est nécessaire, ce ne sont pas des méthodes statistiques plus sophistiquées, mais une analyse historique sérieuse des particularités politiques et économiques de cas historiques spécifiques dans lesquels des pays ont connu des niveaux d’endettement élevés. Une analyse historique adéquate permettrait d’identifier les cas dans lesquels la dette a été contractée pour des raisons autres que l’état de l’économie, de sorte que la causalité peut être établie de la dette vers la croissance, plutôt que l’inverse.
Les historiens de l’économie ont montré comment cela peut être fait. Mes collègues de Berkeley, David et Christina Romer, par exemple, ont dû faire face à un problème analogue pour chercher à déterminer si les chocs de politique monétaire affectent la croissance économique. Ils ont utilisé une analyse historique précise pour identifier et se concentrer sur les cas dans lesquels l’orientation de la politique a changé pour des raisons autres que l’état contemporain de l’économie. Cela leur a permis d’isoler l’impact des chocs monétaires sur la croissance. Les statistiques sont utiles. Mais en économie, comme dans d’autres secteurs de la recherche sociale, elles ne peuvent se substituer à l’analyse historique.
En contestant les motivations des auteurs et en critiquant les usages que d’autres ont faits de leur recherche, les critiques de Reinhart et ded Rogoff se sont détournés du véritable problème : les procédures et les priorités scientifiques, non pas les motifs. Si l’on solutionne le problème des procédures et des priorités, le fait que les politiciens soient tentés d’abuser de l’analyse scientifique à leurs propres fins se réglera de lui-même. En d’autres termes, ce qui est vrai pour l’économie vaut tout autant pour l’analyse économique : une crise est une opportunité qu’il serait extrêmement dommage de gaspiller.
Traduit de l’anglais par Timothée Demont.
©Project Syndicate, 2013.


Mais ce type là est aussi cinglé que Reinhart Rogoff ou leurs "critiques" scientifiques...tous ces gens là ont perdu la tête,dans tous les sens du terme...la plus mince trace d'humanité a déserté leurs coeurs...ils en sont encore à pontifier sur la validité de leurs analyses ou des méthodes statistiques ou pseudo-scientifiques utlilisées...de vrais cinglés,vous dis je...pas un mot pour les êtres humains...rien...uniquement les chiffres (leurs chiffres) et le fait de considérer " la crise" comme une "opportinité"!!! Le Pape François avait bien raison d'évoquer dans son homélie de Pentecôte la malfaisance profonde du "monde de la finance"..?elle est plus que jamais évidente...les nazis de l'économie,les ultra néocons sont bien le fléau qui frappe l'humanité...ils ne se sentent pas concernés,et pour cause...ils ne font pas partie de cette humanité!
03 h 21, le 20 mai 2013