Le Premier ministre Shinzo Abe a promis de vaincre la déflation en poussant la Banque du Japon (BoJ) à déverser des flots d’argent dans les circuits. Issei Kato/Reuters
« L’économie japonaise est clairement en phase de reprise », se réjouit Tomo Kinoshita, économiste au groupe de services financiers Nomura. Il souligne la vigueur de la consommation, « soutenue par la dépréciation du yen et la montée des indices boursiers, sur fond d’espoir renaissant ». Depuis la dissolution de la Chambre des députés mi-novembre qui avait fait de M. Abe le favori pour accéder au pouvoir, ce qu’il a fait un mois plus tard, le yen a perdu plus d’un quart de sa valeur face au dollar et à l’euro. L’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo s’est envolé dans le même temps de 70 %. Comme nombre de ses confrères, M. Kinoshita crédite M. Abe d’avoir redonné confiance à une population un peu déprimée qui devrait selon lui consommer davantage grâce aux retombées positives de coups de pouce budgétaires.
Le gouvernement a en effet consacré plus de 40 milliards d’euros aux travaux publics dans son budget annuel, qui s’ajoutent à une somme voisine déjà intégrée dans un plan de relance mis sur les rails en janvier. Reste que la propension des entreprises à investir suscite des interrogations : les statistiques de la croissance font apparaître une baisse de 0,7 % au premier trimestre.
M. Abe a promis hier de la « dérégulation » pour élever de 10 % l’investissement en trois ans. Les contours de cette réforme doivent être présentés en juin. L’économiste Takeshi Minami juge toutefois que les firmes sont d’ores et déjà plus enclines à investir, persuadées que la consommation des ménages va grimper, tout comme les exportations soutenues par un yen plus faible. Mais même avec un yen affaibli, l’activité des sociétés exportatrices reste fortement dépendante de la conjoncture mondiale. « La situation pourrait mal tourner si la demande étrangère faiblit et si l’aversion au risque revient sur les marchés financiers », prévient M. Minami.
Le brillant tableau pourrait aussi être assombri par la réticence du patronat à augmenter les salaires, malgré de pressants appels du pied du gouvernement. « Il n’est pas certain que la consommation continue de progresser, car les revenus des ménages stagnent », avertit Julian Jessop, du centre de recherche Capital Economics. L’effet serait dévastateur si la politique monétaire ultra-accommodante de la BoJ entraînait un décollage de l’inflation sans que les salaires suivent.
Le tournant risque d’intervenir lorsque l’État japonais va élever la taxe sur la consommation, de 5 % à 8 %, en avril 2014 si la croissance le permet. « L’ironie, c’est que les bonnes statistiques du premier trimestre vont sans doute pousser le gouvernement à augmenter la taxe, ce qui pourrait faire replonger le Japon dans la récession à la mi-2014 », remarque M. Jessop.
Les économistes s’attendent à un surcroît d’achats avant cette échéance, puis à une chute de la consommation juste après. Le gouvernement aurait cette fois plus de mal à doper l’activité par la relance budgétaire, car M. Abe a promis un plan d’assainissement pour contrôler une dette gigantesque représentant 245 % du PIB, selon le FMI. L’archipel pourrait alors retomber dans l’alternance de phases de croissance et de récession qu’il connaît depuis 2008, dissipant le mirage de la reprise modèle aperçu depuis l’Europe.
(Source : AFP)


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