Le règlement du ministère prévoit « la saisie de relevés téléphoniques d’organisations médiatiques seulement en certaines circonstances », et étant donné « la nature de cette enquête pénale impliquant des informations ultrasecrètes », cette saisie « a été limitée à une période de temps raisonnable et n’a pas concerné le contenu des appels », a précisé, dans une réponse à AP, James Cole, l’adjoint du ministre qui a décidé cette saisie. Les relevés de « plus de cent journalistes » sont concernés. « Comment considérer que cette enquête a été étroite ? » a rétorqué Gary Pruitt, PDG d’AP. Le sénateur démocrate Harry Reid a pour sa part jugé cette procédure « inexcusable ». Plus d’une cinquantaine de groupes de médias américains ont aussi protesté contre la saisie, qu’ils jugent « excessive » et sans précédent. Le président de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a également dénoncé « une violation flagrante des garanties constitutionnelles », tandis que l’ACLU, une puissante association de défense des droits civiques, y a vu une attaque contre la liberté de la presse, qui devrait pouvoir informer le public « sans la menace d’être surveillée de manière injustifiée ». « Je suis surpris et inquiet de voir l’étendue du coup de balai effectué pour saisir les relevés téléphoniques chez AP », pointe David Pozen, spécialiste de sécurité nationale à la Columbia University, parlant d’une « interprétation large » des pouvoirs du ministère. « J’ai l’impression que la cible s’est maintenant déplacée vers les médias, estime de son côté Bill Buzenberg, directeur du Center for Public Integrity. Ils ont le droit de rechercher ceux qui sont à l’origine des fuites (...) Mais ils se servent des médias pour étouffer toute tentative de fuite. »
À la Maison-Blanche, Jay Carney, porte-parole de Barack Obama, a assuré que le président soutenait « fermement l’idée que la presse ne soit pas entravée ». Mais il faut « faire en sorte que des informations secrètes ne fassent pas l’objet de fuites, parce que cela peut menacer nos intérêts de sécurité nationale », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il s’agit de « trouver le point d’équilibre ». L’administration du président Barack Obama s’est déjà montrée très active dans sa traque des fuites. Selon l’association Pro Publica, elle a mené six actions en justice, en s’appuyant sur la loi sur l’espionnage datant de la Première Guerre mondiale, soit plus que sous tout autre présidence.
(Source : AFP)


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