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En Tunisie, Ennahda face au défi de la contestation salafiste

Trois questions à ...

Vincent Geisser, politologue spécialiste de la Tunisie à l’Institut français du Proche-Orient à Beyrouth.

15/05/2013

Le 13 mai dernier, le chef d'un mouvement salafiste jihadiste en Tunisie a menacé de guerre le gouvernement tunisien dirigé par les islamistes d’Ennahda. Dans un communiqué publié sur le site web officiel du groupe Ansar Ashariaa (partisans de la loi islamique), son chef, Saif Allah Bin Hussein, accuse le gouvernement de mener une politique contraire à l'islam.

Ansar Ashariaa est le mouvement le plus radical dans la mouvance salafiste jihadiste en Tunisie et Saif Allah Bin Hussein est recherché pour implication présumée dans l'attaque perpétrée en septembre 2012 contre l'ambassade des Etats-Unis à Tunis.

Ces dernières semaines, les affrontements se multiplient entre autorités tunisiennes et salafistes, parfois dans leur forme jihadiste. Un groupe de jihadistes armés liés à el-Qaëda est notamment pourchassé par l'armée dans l'ouest du pays, à la frontière algérienne.

Le week-end dernier, les forces de sécurité ont en outre dispersé des rassemblements salafistes dans un quartier de la périphérie de Tunis et en province, alors qu'ils tentaient de planter des tentes sur la place publique.

 

Le gouvernement tunisien et Ennahda vont-il vers un durcissement de leur politique vis-à-vis des salafistes ? Pour répondre à cette question, L’Orient-Le Jour a posé trois questions à Vincent Geisser, politologue spécialiste de la Tunisie à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo) à Beyrouth.

 

 

Q - Qui sont les salafistes tunisiens ? Quel est leur poids dans la société ?

"Le terme de salafiste regroupe plusieurs types de mouvements. On a d’abord des religieux très pieux, qui font une lecture ultra-fondamentaliste du Coran, mais sans volonté de remettre en cause le système. Ceux-là disposent d’une certaine sympathie au sein de la population tunisienne. Il y a ensuite des partis politiques extrémistes, dont le plus important est Ansar Ashariaa, et enfin une composante jihadiste violente. Ces derniers mouvements restent très minoritaires et sont rejetés par une partie de la mouvance islamiste.

 

En Tunisie, les salafistes ne sont pas aussi bien représentés et structurés politiquement qu’en Egypte, ils n’ont pas de députés à l’Assemblée constituante par exemple. Leur action consiste d’abord en une politique d’occupation de la rue et du coup d’éclat. On l’a vu avec l’assaut donné sur l’ambassade des Etats-Unis en septembre 2012, ou avec les pressions exercées sur l’université publique de la Manouba pour forcer les étudiantes à porter le niqab. Les salafistes peuvent contribuer ainsi à installer un sentiment d’instabilité et d’insécurité, qui peut peser sur le secteur du tourisme".

 

 

Q-L’attitude d’Ennahda vis-à-vis des salafistes est-elle en train de changer ? Le parti sort-il du double langage?

"Tout d’abord, il faut préciser qu’Ennahda n’est pas un parti salafiste. Son idéologie est plus proche de celle des Frères Musulmans. Rached Ghannouchi et les intellectuels dirigeants du parti sont des opposants aux salafistes.

 

Au départ, la majorité du parti n’a pas souhaité jouer la carte de la répression contre les extrémistes religieux, afin de ne pas reproduire les méthodes de la dictature de Ben Ali, dont les islamistes d’Ennahda avaient eux-mêmes souffert. Le but était de récupérer les salafistes et de les intégrer à Ennahda.

 

Cette stratégie a été un échec et le gouvernement semble aujourd’hui adopter un point de vue réaliste et répressif. La Tunisie est engagée dans un dialogue avec l’Union Européenne et les Etats-Unis, elle ne peut plus se permettre d’être laxiste. Le choix qui est fait est celui de la stabilité du pays contre le désordre.

 

 

Q-Dans ce contexte, peut-on aller vers un affrontement généralisé entre Ennahda et les salafistes ?

"Le gouvernement multipartite, composé également de partis laïques et socialistes, plaide pour une politique sécuritaire répressive face aux salafistes. Cependant, le mouvement Ennahda lui-même est encore divisé sur la question.

 

Certains dans le parti prônent un affrontement direct des militants islamistes contre les salafistes, dans la rue, en-dehors du cadre légal, en les sortant des mosquées par exemple. D’autres, à l’image de Rached Ghannouchi, condamnent les débordements des extrémistes, mais ne souhaitent pas d’action spécifique du parti, laissant le monopole de la répression au gouvernement.

 

Pour le moment, Ennahda n’a pas fait son choix. Avec le risque que les islamistes se retrouvent entraînés à réagir face à des provocations salafistes. La situation échapperait alors au contrôle de l’Etat et l’appareil sécuritaire serait certainement débordé. Le risque d’affrontement généralisé dans le pays deviendrait alors très grand".

 

 

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