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À La Une - Exécutif

Liban : Ultime forcing pour faire accepter la formule du cabinet restreint

Salam s’apprête à proposer au Parlement un gouvernement de 14 ministres technocrates. L’information, bien que non confirmée par Mousseitbé, a enflammé le camp du 8 Mars qui est passé sans détour aux attaques et aux menaces.

L’entretien Hariri-Joumblatt, en présence de MM. Bou Faour et Taymour Joumblatt.

« Gare aux aventures mal calculées », « Des risques pour la stabilité », « On ne se laissera pas faire » : l’ancienne majorité a sorti tout un arsenal de vocabulaire guerrier, à partir du moment où la rumeur sur une proclamation, mardi, par le Premier ministre désigné, Tammam Salam, d’un gouvernement restreint de 14 technocrates s’est accentuée. Devant ses visiteurs, hier, M. Salam est pourtant resté discret sur la question, affirmant qu’il s’efforce toujours de mettre en place un gouvernement « d’intérêt national », mais sans vouloir fixer de dates pour la naissance de son équipe. « Celle-ci est tributaire d’une série de facteurs, ainsi que des concertations qui se poursuivent avec plusieurs parties politiques », a-t-il dit.


Ces concertations ont cependant dépassé le cadre local. Le chef du PSP, Walid Joumblatt, s’est rendu samedi en Arabie saoudite pour une visite de 24 heures au cours de laquelle il a eu à Djeddah des entretiens axés sur les démarches entreprises pour former un nouveau gouvernement, sur le débat autour de la loi électorale et sur la situation en Syrie. Il a conféré à ce sujet avec le chef du courant du Futur, Saad Hariri, ainsi qu’avec des responsables saoudiens, dont notamment le prince Bandar ben Sultan. Accompagné de son fils Taymour et du ministre démissionnaire des Affaires sociales, Waël Bou Faour, M. Joumblatt a regagné hier soir Beyrouth à bord d’un avion privé. Si ses milieux sont restés discrets sur la teneur des entretiens de Djeddah, de source informée on apprend que le chef du PSP a expliqué à ses interlocuteurs, notamment saoudiens, qu’il est nécessaire d’intensifier les concertations autour du dossier gouvernemental pour éviter une crise ouverte dans le pays, d’autant que Riyad, revenu en force sur la scène locale, semble pressé de voir le Liban se doter d’une équipe ministérielle et exerce des pressions en ce sens.

Une formule équilibrée et bien étudiée
C’est dans cet esprit que M. Joumblatt a décidé de dépêcher aujourd’hui M. Bou Faour auprès des présidents de la République et du Parlement, Michel Sleiman et Nabih Berry, du Premier ministre désigné et des diverses forces politiques dans une ultime tentative de « rapprocher les points de vue » et d’éviter une exacerbation de la tension politique, a-t-on appris. Il s’agit surtout de plaider en faveur de la concrétisation de la formule proposée par Tammam Salam. La déclaration faite à ce sujet par Waël Bou Faour, à son retour à Beyrouth, est d’ailleurs éloquente. « Le chef du PSP poursuivra ses contacts avec le président de la République, du Parlement et du Conseil, nouvellement désigné, ainsi qu’avec les responsables des différentes forces politiques pour parvenir à une acceptation de la formule gouvernementale proposée par Tammam Salam. Nous espérons qu’elle sera acceptée par toutes les parties parce qu’elle est équilibrée et bien étudiée », a-t-il affirmé, avant de se rendre en soirée à Mousseitbé pour communiquer au Premier ministre désigné la teneur des entretiens de Djeddah.


Il est difficile de se tromper sur le sens de ces propos. Selon des sources informées, c’est mardi que Tammam Salam doit se rendre à Baabda pour proposer au chef de l’État la composition de son équipe. De même source, on indique cependant que le président Sleiman pourrait attendre jusqu’après la réunion parlementaire pour signer les décrets de nomination.


Le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait tenu dans l’après-midi des propos plutôt conciliants au sujet du gouvernement Salam, est monté sur ses grands chevaux en soirée, après avoir eu vent des entretiens de Djeddah, mettant en garde contre la mise en place d’un gouvernement de fait accompli.


Le 8 Mars « interdit » ainsi à Tammam Salam ce qu’il avait consenti pour lui-même, lors de la formation de l’équipe de Nagib Mikati. Il est ainsi « interdit » au successeur de ce dernier de former une équipe sans prendre en considération, voire sans appliquer à la lettre les exigences du 8 Mars. Celui-ci exige un gouvernement politique dont la composition devrait refléter le poids de chaque bloc parlementaire, ce qui lui assurerait confortablement la minorité de blocage que Tammam Salam cherche à éviter en proposant un cabinet restreint de 14 ministres qui aurait pour mission principale de préparer les législatives.

Campagne contre Salam
Le Hezbollah, Amal, le CPL, le PSNS, le Baas et le Parti démocrate libanais de Talal Arslane ont lancé au cours du week-end une campagne en bonne et due forme contre le Premier ministre désigné, non sans descendre dans le même temps le courant centriste que M. Salam met en avant afin de les convaincre de l’opportunité d’un gouvernement au sein duquel aucune partie ne détiendrait la minorité de blocage.


Parmi les représentants du Hezbollah qui se sont exprimés sur le sujet, le député Hassan Fadlallah a été le plus loquace avec trois déclarations sur le même thème, entre samedi et dimanche. « Un gouvernement du fait accompli est une aventure qui aura des conséquences désastreuses », a-t-il averti. « Il n’y a pas de place au Liban pour un tel gouvernement. Celui-ci ne pourra pas exercer (...) et ceux qui misent sur son établissement doivent bien revoir leurs calculs et leur lecture de la situation, tout en faisant bien attention aux dangers vers lesquels ils entraînent le Liban. Nous les invitons à renoncer à ce jeu dangereux parce qu’ils ne seront pas en mesure de faire face à ses conséquences politiques, juridiques, constitutionnelles et populaires, a-t-il ajouté. Nous ne sommes plus à une époque où il est possible d’hypothéquer notre représentativité et notre décision », avait-il déclaré la veille.


C’est le spectre de l’instabilité que le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, a brandi en « conseillant », toujours samedi, aux partisans d’un gouvernement « monochrome, de ne pas tenter cette expérience par souci de préserver la stabilité dans le pays et de maintenir le dialogue entre les forces politiques, notamment en cette période ». « Nos revendications ne sont pas rédhibitoires. Elles sont un appel à un véritable partenariat politique. Il est de notre droit d’être représentés dans ce gouvernement en fonction de nos poids parlementaires. C’est un droit moral et un acte constitutionnel. Toute action qui n’en tient pas compte ne permettra pas à cette équipe de voir le jour », a-t-il martelé, au moment où son collègue, Kamel Rifaï, annonçait une « prochaine empoigne politique interne » et où le ministre démissionnaire de la Réforme administrative, Mohammad Fneich, développait la même argumentation que M. Raad.


Plus menaçant, le président du Conseil chérié du Hezbollah, cheikh Mohammad Yazbeck, a contesté le projet Salam, affirmant qu’« il n’y a pas de courant centriste au Liban, mais une Maison du centre seulement », en allusion à la résidence du chef du courant du Futur. « Il faut que toutes les parties soient représentées au gouvernement et éviter les actes vindicatifs, sinon l’arroseur risque d’être arrosé. À bon entendeur salut. Et que personne n’essaie de plaider en faveur du centrisme. Nous ne savons pas ce que c’est. Pour nous, un courant centriste est juste un autre parti », a-t-il observé, pendant que M. Talal Arslane mettait en doute les intentions du président « qui réclame le tiers de blocage avec d’autres parties ».


Samedi soir, le chef du CPL, le général Michel Aoun, avait dénoncé « une forme de dictature », avant de mettre en garde les partisans de la formule Salam contre le fait que « leur acte sera considéré comme un coup d’État contre la Constitution et contre les lois en vigueur ». S’adressant à M. Salam, il a déclaré : « Vos propos ne montraient pas que vous alliez emprunter ce chemin. Y-a-t-il une ruse quelconque ? Qui murmure à vos oreilles pour agir de la sorte ? Ne renoncez pas à la sagesse, surtout en cette période. Faites attention de ne pas glisser. »
Membres du bloc de la Réforme et du Changement, les députés Farid el-Khazen, Ibrahim Kanaan, Alain Aoun et Ziad Asouad ont tous mis en garde contre « un gouvernement de fait accompli », accusant le courant du Futur de chercher à revenir au pouvoir. Selon M. Khazen, la mise en place d’un gouvernement pareil compromettra également l’organisation des législatives.

 

 

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