Il a fallu attendre l’an 2000 pour que le tandem Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri réécrivent un scénario pour Le Goût des autres dépeignant le nouveau bourgeois gentilhomme. Castella, un chef d’entreprise peu porté sur la culture, va tomber en pamoison devant le texte de Bérénice lors de la représentation de la pièce. C’est immédiatement le choc avec la culture. Un séisme qui bouleversera son être. Castella, alias Jean-Pierre Bacri, alors avide de connaissances et de savoir, tentera de s’intégrer à un milieu artistique qui lui opposera limites et barrières culturelles.
« La culture est comme la confiture, dit-on. Plus on l’étale, moins on en a. »
La culture, certes, mais aussi la maîtrise de cette culture. Son emploi à bon escient. Deux pensées de Confucius nous éclairent sur le bon usage des mots, sur la tête bien pleine. Bref sur cette culture qui mène à la sagesse. « Le prince doit faire en sorte de faire respecter la loi sans remettre en cause le sens des. mots. (...) La dictature commence quand un souverain s’octroie de modifier et de fixer lui-même le sens des mots, des lois et des contrats. » « Et si on vous appelait au pouvoir, lui demande-t-on, comment procéderiez-vous ? » « Je commencerais par rétablir l’usage correct de la terminologie », répond-il. « Si la terminologie n’est pas exacte, tout le discours est désordonné ; si le discours est informe, les ordres ne peuvent être exécutés (...) Quand le sage promulgue une loi, il sait l’énoncer en termes précis et clairs, si bien que lorsqu’il donnera un ordre, il sera exécuté sans discussion. Le sage n’emploie jamais de termes vagues. » Enfin, lui demande-t-on : qu’est-ce qu’un homme de bien ? « C’est celui qui considère l’avantage universel et non le particulier (...) Quand le naturel l’emporte sur la culture, cela donne un sauvage. Quand la culture l’emporte sur le naturel, cela donne un pédant. L’exact équilibre du naturel et de la culture produit l’honnête homme. »
Ainsi, si le bourgeois gentilhomme a cessé d’exister, tentons d’être un honnête homme qui serait à nouveau la boussole de l’univers.


Cette pièce restera toujours d’actualité et on a tous un peu du Bourgeois Gentilhomme de Molière. Le bourgeois M. Jourdain dépense des sommes folles pour paraître un noble alors que ses origines ne le sont pas. Un parvenu ! Il est pathétique, touchant, veut s’améliorer mais il n’est pas reconnu. Très souvent c’est un raté ! C’est par l’extérieur qu’il change. De nos jours un gentil est tout simplement quelqu’un victime de son éducation ! Au Liban on dit de lui qu’il a fait des études, et il a son mot à dire sur tous les sujets, avec pédanterie bien sûr. Imbattable surtout en politique. Au moins la confiture est bonne, mais l’étalage de la culture ne colle pas comme la confiture, et ce n’est pas bon. Triste époque où l’usage des mots est aussi malmené que celui des images. Et pour finir je me permets avec modestie de contredire Confucius, mais oui, car on ne peut être d’accord sur tout. On ne peut plus exécuter un ordre, qu’il soit clair et précis, sans discussions. On rend compte de ses actes, et une discussion entre soi et soi s’impose…
16 h 24, le 12 mai 2013