Les prévisions du gouvernement français sont « excessivement optimistes », a tranché le commissaire chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, ajoutant que « pour ramener le déficit sous les 3 %, des efforts beaucoup plus importants et urgents sont nécessaires ». C’est pourquoi, « étant donné la situation économique, il serait raisonnable de prolonger de deux ans le délai » pour revenir dans les clous imposés par la Commission, soit 2015 et non 2014 comme demandé par Paris.
Le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a réagi en soulignant à l’inverse que « les prévisions de croissance de Bruxelles étaient proches » de celles du gouvernement français. « Je continue de maintenir que la croissance française peut être un peu plus élevée que ce que prévoit la Commission », a-t-il ajouté. « Ce sont des thèses françaises qui ont été entendues. Dans l’équilibre entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance, c’est désormais le soutien à la croissance qui l’emporte, et c’est fondamental », s’est félicité M. Moscovici.
Le commissaire européen a pourtant insisté sur le fait que la souplesse accordée à la France dans la gestion de son déficit ne devait pas la dispenser de déployer des efforts supplémentaires. « Dans tous les cas de figure, il est essentiel que la France mette pleinement en œuvre les mesures envisagées et précise rapidement quelles nouvelles actions elle compte entreprendre », a-t-il dit.
La légère récession qui attend la France cette année est d’abord à mettre au compte de la faiblesse de la consommation, explique la Commission dans ses prévisions. Cette atonie est liée à un revenu disponible des ménages insuffisant pour cause de chômage et de hausses d’impôts. Le ministère des Finances prévoit en effet une hausse des prélèvements obligatoires cette année à 46,3 % du PIB, puis 46,5 % les années suivantes, contre 44,9 % l’an dernier.
Autre facteur qui va peser sur la croissance : le manque de confiance des entrepreneurs qui risque de se traduire par une réticence à investir, expliquent les économistes de Bruxelles. Sans compter un troisième problème mis en avant par M. Rehn, « la détérioration persistante de la compétitivité française » à l’exportation. « Dès lors, une stratégie budgétaire de moyen terme crédible doit s’accompagner de réformes structurelles substantielles en matière de marché du travail, de système de pensions et d’ouverture des marchés », a souligné le commissaire européen. Il a jugé que c’était « essentiel pour débloquer le potentiel de croissance et déverrouiller la situation de l’emploi, dont la France a tant besoin ».
Car la morosité économique ambiante va peser sur le chômage, autre point noir du tableau économique de l’Hexagone : alors que dans la plupart des pays de la zone euro, il devrait repartir à la baisse l’an prochain, en France le taux de chômage devrait se stabiliser cette année à 10,6 % puis progresser pour atteindre 10,9 % en 2014. Or, l’emploi a été élevé au rang de « grande cause nationale » par le président français François Hollande, dont le gouvernement s’est engagé à « inverser la courbe du chômage ». Mais les critiques, notamment dans l’opposition, jugent que les mesures prises, emplois d’avenir, contrats de génération ou encore crédit impôt-compétitivité sont trop timides pour changer la donne.
Enfin, la dette publique va elle aussi augmenter, anticipe la Commission : de 90,2 % du PIB en 2012, elle devrait passer à 94,0 % cette année et 96,2 % l’an prochain. Là encore, c’est plus que ce qu’attend Paris, qui prévoit un pic à 94,3 % en 2014. « Aucun pays n’est épargné par la crise », a souligné le ministère des Finances dans un communiqué.
Les chiffres publiés hier illustrent cependant le décrochage toujours plus important de l’économie française par rapport à celle de l’Allemagne, où la croissance devrait atteindre 1,8 % l’an prochain, contre 1,1 % en France, avec un retour des comptes publics à l’équilibre, un chômage en baisse à 5,3 % et un taux d’endettement à 78,6 %.
(Source : AFP)


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