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71 jours, seul et enchaîné dans des toilettes de trois mètres carrés en Afghanistan

récit Charles Ballard, ex otage français de 28 ans, témoigne.
OLJ/AFP
26/04/2013

Il était venu en Afghanistan en janvier 2012 pour un travail humanitaire ancré "dans le réel", après un début de carrière dans la finance ; le Français Charles Ballard, gardé comme otage dans des toilettes durant 71 jours, ne regrette pas son choix, malgré cette épreuve difficile.

 

Son histoire a donné des frayeurs à l'ensemble de la communauté expatriée de Kaboul. Le 27 janvier, ce directeur financier de l'ONG ACTED, âgé de 28 ans, est kidnappé en pleine rue alors qu'il va de sa maison à son bureau, soit "d'un quartier sécurisé à un autre quartier sécurisé".

Une berline japonaise se met en travers de la route alors qu'arrive le 4X4 dans lequel il se trouve. Trois hommes masqués le mettent en joue. Il doit descendre du véhicule. "Je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit. J'avais déjà des armes automatiques à 30 centimètres du visage."

 

Très vite, un trait de son caractère s'affirme. L'ancien étudiant de l'ESSEC, une grande école de commerce, banquier d'affaire à Hong Kong durant deux ans, qui n'a évidemment jamais été confronté à une telle situation, sait qu'il doit garder son sang-froid. "Je ressentais une énorme peur mais pas de panique. J'avais tous mes sens en éveil."

 

Cette posture, qu'il gardera tout au long de sa détention, a impressionné plusieurs sources proches du dossier. Deux semaines et demie après sa libération, Charles Ballard affirme ne pas souffrir de traumatisme particulier.

La violence marque pourtant ses premiers jours de captivité. Ses geôliers le frappent dans la première maison où il est emmené, raconte-t-il à l'AFP depuis Paris lors d'un entretien via Skype. Puis il est transporté dans un second lieu, où il restera les 70 jours suivants.

 

Tout ce temps, son espace vital se résumera à des toilettes à la turque d'un peu moins de 3 mètres carrés, "sans accès à la lumière du jour ni à aucun repère temporel", mais baigné dans la "lumière blafarde d'une ampoule blanche allumée 24h/24", les mains menottées et une jambe enchaînée, se souvient-il.

 

Exercices physiques et de mémoire

Charles Ballard est contraint de dormir en chien de fusil, sur un petit matelas fin, autour de son lieu d'aisance. La nourriture lui est servie irrégulièrement, une ou deux fois par jour.

Privé de toute possibilité de fuite, surveillé par plusieurs gardes armés, l'otage s'astreint à structurer ses journées : il multiplie les exercices physiques que lui permettent le lieu étriqué, se lave dans un petit lavabo, malgré ses liens, et s'occupe l'esprit.

 

"Je m'étais trouvé des exercices de mémorisation. Je faisais des listes complètement absurdes de gens qui étaient dans ma classe quand j'étais en 6e, je répétais mes tables de multiplication", narre-t-il.

"Au bout de quelques jours, je me suis projeté dans le temps assez long. Je me suis dit qu'il fallait à tout prix que je garde le contrôle de mes émotions. Je ne me suis pas laissé aller aux idées noires et à la déprime."

 

Fort de la certitude que des efforts sont entrepris pour le délivrer, le Français fait "tout son possible pour être dans le meilleur état possible le jour de sa sortie".

Celle-ci interviendra au terme de longues tractations. Si le versement d'une rançon n'est pas exclu, toutes les sources proches du dossier auxquelles l'AFP a pu parler affirment qu'aucun argent public n'a été dépensé.

Soixante-et-onze jours après son enlèvement, le Quai d'Orsay confirme le 8 avril sa libération, intervenue quelques heures avant l'évasion d'un de ses compatriotes.

 

Pierre Borghi, caché dans un trou sans lumière et sans aucune hygiène, est parvenu à s'échapper après plus de quatre mois d'enfer dans la province instable du Wardak (ouest de Kaboul).

"On ne se connaissait pas. On s'est parlé rapidement par Facebook", observe Charles Ballard, qui dit se sentir "proche de tous les otages français" restant en captivité en Afrique. Sept d'entre eux ont été libérés la semaine dernière au Cameroun. Sept autres demeurent aux mains de ravisseurs.

 

Lui se projette désormais dans son gros mois de vacances à venir, avant de recommencer à travailler pour ACTED à Paris et "reprendre une vie normale". Pour repartir en Afghanistan ?

"J'y réfléchirai à deux fois. Mais je ne fais pas de blocage sur ce pays", répond-il. Et quid de Hong Kong et de la finance, de la vie plus douce et de la certitude de n'avoir jamais été kidnappé s'il était resté banquier ? "Je ne regrette pas mon choix. Même maintenant."

 

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