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Tu sais, Mirza...

À chaque commémoration du génocide arménien, que le Liban est un des rares pays au monde (une vingtaine en tout) à reconnaître officiellement et célébrer dignement, comment ne pas se souvenir des Lettres persanes de Montesquieu et de la magnifique missive 86 « Usbek à Mirza » : « Tu sais Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avaient formé le dessein d’obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollué, tandis qu’il garderait dans son sein ces infidèles. (...) En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil. » Un peu plus d’un siècle et demi plus tard, les Jeunes Turcs tombaient dans le piège de leur obsession d’unification ethnique et commettaient l’un des premiers génocides du XXe siècle.
Cette tragédie vient à point nommé nous rappeler combien peut être létale pour une société l’exclusion de ses minorités, fussent-elles religieuses, politiques, ethniques, sexuelles ou autres. Et à ce propos, alors que vient d’avoir lieu une indigne descente de police, bénie par le chef de la municipalité de Dekouané, dans un pub fréquenté par des homosexuels syriens et libanais, comment ne pas vibrer d’émotion au discours de la garde des Sceaux française Christiane Taubira clôturant le vote solennel de l’Assemblée nationale en faveur du « mariage pour tous ». Quelqu’un dira-t-il un jour, comme elle, au peuple libanais ces mots qu’il a tant besoin d’entendre : « La responsabilité de la puissance publique est de lutter contre les discriminations? » Quelqu’un dira-t-il un jour à ces adolescents qui en plus du mal-être de leur âge traînent la blessure de leur différence : « Restez avec nous, avec votre mystère, vos talents, vos défauts, vos qualités, votre fragilité, gardez la tête haute, vous n’avez rien à vous reprocher ? »
Historique, ce discours l’est surtout par son universalité. N’importe qui, de n’importe quel pays ou couleur et quelle que soit son orientation sexuelle, le reprendrait volontiers pour soi. Discours du parti gagnant il n’a, il est vrai, d’autre objectif que de rassurer l’opposition et ceux que cette loi déstabilise en leur montrant que « leurs inquiétudes ont été écoutées ». Mais discours responsable, il invite les titulaires d’un droit à ne pas refuser ce même droit à autrui. On a beaucoup parlé dans la presse d’un retour, avec Taubira, à la « France des Lumières », celle dont les philosophes ont fait triompher les principes de liberté et d’égalité. Certes, le mariage homosexuel est perturbant pour des sociétés qui ne l’auraient jamais imaginé avant. Mais il est des paroles bien plus puissantes que les guerres pour rétablir l’équité, combler les frustrations et abolir la peur de la différence. Elles nous font cruellement défaut.
À chaque commémoration du génocide arménien, que le Liban est un des rares pays au monde (une vingtaine en tout) à reconnaître officiellement et célébrer dignement, comment ne pas se souvenir des Lettres persanes de Montesquieu et de la magnifique missive 86 « Usbek à Mirza » : « Tu sais Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avaient formé le dessein d’obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollué, tandis qu’il garderait dans son sein ces infidèles. (...) En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil. » Un peu plus...
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