« Les politiques actuelles ont atteint leurs limites à bien des égards, car leur succès ne dépend pas uniquement de la manière dont elles sont conçues. Il doit y avoir un minimum de soutien politique et social », a reconnu le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lundi pendant un colloque.
Des déclarations aussitôt interprétées comme un changement de cap dans la politique de la Commission européenne, après les appels à davantage de souplesse de la part notamment du Fonds monétaire international et des États-Unis, qui craignent « une fatigue de l’austérité » sur le Vieux Continent.
« M. Barroso est enfin sorti d’un coma de cinq ans et a reconnu que l’austérité imposée en Europe et dans les pays les plus touchés par la crise était contre-productive », n’a pas tardé à se féliciter hier le groupe des socialistes au Parlement européen.
Les gardiens de l’orthodoxie sont eux aussi montés au créneau. « Si nous laissons tomber la politique d’assainissement budgétaire, si nous retournons à l’ancienne politique qui consiste à créer de la dette, cela ne fera que faire le lit du chômage de masse en Europe pour de nombreuses années », a réagi le ministre allemand des Affaires étrangères, le libéral Guido Westerwelle.
La Commission a fait une mise au point hier, assurant qu’il n’y avait pas de « virage à 180 degrés ». M. Barroso « a simplement dit qu’il fallait combiner l’indispensable correction budgétaire avec des mesures adaptées pour soutenir la croissance », a déclaré Olivier Bailly, un porte-parole de la Commission.
Il a souligné qu’il y avait « beaucoup de choses sur la table : des mesures législatives sur le marché intérieur, pour les petites et moyennes entreprises, la mobilisation des fonds structurels. Il y a un agenda de croissance », a-t-il plaidé.
« Politiquement et socialement, une politique qui est vue uniquement comme de l’austérité n’est pas soutenable », avait lui-même souligné M. Barroso lundi, expliquant que la lutte contre les déficits devait être « complétée par des mesures pour la croissance ».
Se présentant comme un défenseur d’un assainissement budgétaire « favorable » à la croissance – un concept aux contours encore flous –, le commissaire chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, avait rappelé lundi que le « rythme » de l’assainissement budgétaire « ralentissait » cette année par rapport à 2012.
La Commission doit faire fin mai des recommandations aux 27 États membres en matière de réduction des déficits et de réformes structurelles. C’est à ce moment-là qu’elle pourrait accorder des délais à certains pays pour atteindre leurs objectifs de réduction des déficits.
L’objectif de 3 % de déficit (par rapport au PIB), inscrit dans les traités européens, est « un critère très important, mais il y en a d’autres », avait indiqué lundi M. Bailly, rappelant que Bruxelles savait se montrer souple et accorder des délais à des pays pour réduire leur déficit.
« Nous ne regardons pas uniquement la valeur nominale, mais également les efforts faits par les États membres. (...). La nature de l’effort est aussi importante », a-t-il plaidé, insistant sur le fait que la Commission souhaite avant tout « trouver les moyens de relancer une croissance durable ».
La Commission a déjà accordé des délais à plusieurs pays, en l’occurrence à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce. Elle a laissé entendre qu’elle pourrait de nouveau en accorder fin mai à l’Espagne et au Portugal, mais aussi à la France. Bruxelles semble en revanche se montrer plus sévère à l’égard de la Belgique et de l’Italie, dont les réformes sont jugées insuffisantes.
(Source : AFP)


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