MacCauley Culkin dans « Home Alone ».
Un monde cruel
Dès les années 60, les films de François Truffaut, Les Mistons (1957), Les Quatre cents coups (1959), L’Enfant sauvage (1967) ou L’Argent de poche (1976), affichent une présence très forte des gamins. « Enfant ayant grandi à Paris dans le quartier de Pigalle pendant la guerre, dira Truffaut, j’ai eu à souffrir de la cruauté des adultes, jamais de celle d’autres enfants, et l’amour que je leur porte m’amène souvent à les montrer dans mes films, même si le sujet ne les concerne pas directement. » D’autre part, pour le cinéaste, les enfants sont les meilleurs sujets artistiques parce qu’ils « amènent avec eux automatiquement la poésie ». Bien qu’on soit déjà loin de la féerie de l’innocence de l’enfance, de tous les Nicolas et Pimprenelle qui bercèrent les douces nuits aussi vaporeuses que leur nuage et que le septième art a déjà plongés dans le réel tout cru, les problèmes de viol, de drogue, de prostitution et de criminalité qu’affronteront les gosses à la fin du siècle ne sont pas encore abordés.
Les années 70 et 80 seront marquées par les enfants de l’horreur : The Exorcist de William Friedkin en 1973 et The Omen de Richard Donner en 1976 plongent le public dans une toute autre dimension. The Shining de Stanley Kubrick vient en 1980 compléter le tableau des enfants possédés. Le petit bout d’homme peut être un médium de toutes les frayeurs. Dans un autre registre, en 1976, Martin Scorsese introduit le spectateur dans les bas fonds de New York et fait l’éclairage sur la prostitution enfantine. Le personnage de Jodie Foster, alors âgée de quatorze ans, demeurera jusqu’à présent le symbole d’une enfance malheureuse et bafouée.
Les années 90, retour aux comédies plus gaies qui abordent l’aspect mutin et intelligent de la gent enfantine. Home Alone (1990) ou Look Who’s Talking Now (1993) en sont le parfait témoignage. Le spectateur rigole, s’amuse de l’espièglerie des gamins qui sont parfois plus débrouillards que les adultes. Mais ce n’est qu’une petite pause qui prélude aux années 2000. Le début d’un autre siècle qui sera le plus monstrueux avec les enfants.
The Sixth Sense de Night Shyamalan, en 1999, ouvre les portes de cette ère. Non les portes du paradis, mais d’un enfer intégral immergé dans la folie. Enfants violés, massacrés, humiliés ou enfants carrément assassins, le cinéma ne les épargnera pas. La sélection officielle de Cannes 2011 en sera le miroir authentique. Victimes ou bourreaux, les gamins sont perdus dans l’univers actuel. Polisse de Maïwenn, Sleeping Beauty de Julia Leigh, Michael de Markus Schlenzer, We Need to Talk about Kevin de Lynne Ramsay ou encore L’Enfant à vélo des frères Dardenne, une sélection d’alors qui prouve que personne ne fait plus dans la dentelle. La violence des thèmes est à son paroxysme, mais qui dit que le monde de l’enfance n’est pas violent et que les contes de Perrault étaient des histoires non seulement à dormir debout, mais à tenir carrément éveillé ?


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