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Liban - La Situation

Salam campe sur ses positions, le CPL sollicite le concours de Riyad

Pas de précipitation, mais pas de retard non plus dans la mise en place du nouveau gouvernement, a assuré hier le Premier ministre désigné, Tammam Salam, au terme d’un deuxième round de concertations à Baabda, avec le président Michel Sleiman. Selon ses proches, le successeur de Nagib Mikati réalise que le temps ne joue pas en sa faveur et espère parvenir sans tarder à bâtir sa nouvelle équipe, sur base des critères auxquels il reste attaché : une équipe restreinte, apolitique, composée de personnalités de nature à provoquer un choc positif au double plan local et international, mais sans heurter les sensibilités des différentes parties en présence, et dont la tâche principale serait de préparer les prochaines législatives et de prémunir bien entendu le Liban contre de redoutables retombées de la guerre en Syrie.

 

Techniquement, on en est encore à la phase de la conception du gouvernement, celle de la composition étant tributaire des contacts que M. Salam poursuit avec les différentes parties politiques et qu’il entend élargir au cours des prochains jours, à la demande expresse du président Sleiman. Pour le chef de l’État, il est important que l’équilibre politique et communautaire soit assuré dans la nouvelle équipe, afin que celle-ci puisse obtenir la confiance du Parlement et qu’elle puisse, par voie de conséquence, être capable de fonctionner et de produire.

 

(Lire aussi : Tammam Salam déterminé à organiser les élections législatives)

 

Tammam Salam s’est fixé un défi de taille, celle de parvenir à convaincre les composantes du 8 Mars de l’importance d’un gouvernement apolitique pour la gestion de la consultation populaire. De sources informées, on indique que le Hezbollah, qui réclame pourtant un gouvernement d’union nationale, serait plus facile à convaincre que son allié du CPL, qui non seulement souhaite placer ses ministres dans le nouveau cabinet, mais exige également qu’ils soient reconduits à la tête des départements qu’ils dirigeaient sous Mikati. Selon les mêmes sources, un éventuel assouplissement de la position du parti de Dieu serait encouragé par l’Iran dont les rapports avec l’Arabie saoudite, revenue en force sur la scène politique locale, se sont nettement améliorés. Téhéran a conseillé à son allié local de ne pas entraver la mission de Tammam Salam et de ne pas faire partie d’un gouvernement dont la durée de vie reste quand même limitée et qui plus est, insistera dans sa déclaration ministérielle davantage sur le chapitre de la déclaration de Baabda relatif à la politique de distanciation vis-à-vis de la guerre en Syrie, et moins sur le trinôme résistance-armée-peuple. La déclaration de Baabda devrait, à en croire les mêmes sources, faire l’impasse sur cette formule sacrée pour le Hezb, qui sera remplacé par « un attachement du Liban à la résistance, soutenue par l’armée et le peuple ».


Bassil chez Assiri
Mais on n’en est pas encore là et les enjeux électoraux et politiques sont tels qu’il paraît difficile autant pour le Hezbollah que pour le CPL de renoncer à participer au gouvernement, surtout s’il se confirme que M. Salam gardera pour lui le portefeuille des Affaires étrangères. Si le parti de Dieu finira éventuellement par ne pas s’opposer à la nomination de personnalités qui lui sont proches – à l’image de Trad Hamadé, nommé à la tête de l’Agriculture en 2007 –, ce n’est pas le cas pour le courant du général Michel Aoun, qui avait envisagé vendredi dernier de recourir à la rue au cas où le Premier ministre désigné maintiendrait son nom catégorique à un gouvernement politique au sein duquel l’Énergie et l’Eau serait de nouveau confié à Gebran Bassil.

 

(Lire aussi : Le 8 Mars, des obsédés de pouvoir, selon Geagea)


Le rapprochement irano-saoudien aidant et soucieux d’éviter des initiatives pouvant accentuer la tension au niveau de la rue, le Hezbollah aurait conseillé à son allié d’opérer une ouverture sur l’Arabie saoudite, une ouverture à laquelle il l’aurait précédé, selon les informations relayées dans ses milieux. C’est ce qui explique la visite impromptue du ministre Bassil hier à l’ambassadeur d’Arabie saoudite, Ali Awad Assiri, la première d’un responsable du CPL au chef de la mission diplomatique saoudienne à Beyrouth.


De sources concordantes, on indique que la conjoncture locale et régionale a été passée en revue au cours de l’entretien, qualifié de « positif » par les deux hommes. Toujours selon les mêmes sources, M. Bassil aurait exposé à son interlocuteur le point de vue du CPL concernant l’importance d’un gouvernement politique en cette période difficile et sollicité en quelque sorte son aide pour convaincre Tammam Salam d’abandonner l’idée d’une équipe apolitique. La réponse d’Ali Awad Assiri a été que Riyad ne se mêle pas des affaires intérieures libanaises et se contente d’œuvrer pour une entente interlibanaise, notamment sunnito-chiite.

 

(Lire aussi : Aoun admoneste Sleiman et Salam : « Qu’ils apprennent à respecter la Constitution... »)

 

En d’autres termes, l’initiative du CPL s’est soldée par un échec qui explique la diatribe lancée dans l’après-midi par le général Michel Aoun contre le président Sleiman et le Premier ministre désigné. M. Aoun a même laissé entendre que la formule ministérielle concoctée par M. Salam, qu’il considère d’ores et déjà comme étant « illégale », risque de ne pas obtenir la confiance du Parlement.

Gouvernement et loi électorale
L’irritation du chef du CPL s’explique aussi par les informations selon lesquelles Tammam Salam pourrait confier le ministère de l’Énergie à une personnalité proche de Walid Joumblatt. La valse des noms de ministrables s’est poursuivie hier sans qu’il ne soit possible d’obtenir une confirmation des noms avancés, comme Hussein Kanaan ou Raëd Charafeddine aux Finances. Il semble que le nouveau chef du gouvernement envisage de confier ce ministère à un chiite pour pouvoir garder le portefeuille des Affaires étrangères et éviter ainsi des aberrations similaires à celles du ministre sortant, Adnane Mansour.

 

(Lire aussi : Frontières : Mansour défend l’armée syrienne et accuse la Ligue arabe...)


Perte de temps...
Quoi qu’il en soit, l’évolution des contacts de Tammam Salam dépendra aussi largement de celle des discussions, en sous-commissions ad hoc d’abord, autour de la loi électorale. Celle-ci a repris hier ses réunions sous la présidence du député Robert Ghanem en présence de MM. Ali Bazzi, Ali Fayad, Serge TerSarkissian, Akram Chehayeb, Alain Aoun, Samy Gemayel, Ahmad Fatfat, Hagop Pakradounian et Georges Adwan. Deux autres réunions sont prévues jeudi et vendredi, dans l’espoir d’une percée quelconque – qui reste cependant très aléatoire – au niveau des discussions qui portent pour le moment sur la proposition de la loi électorale mixte. Celle de jeudi sera déterminante, selon les explications de M. Ghanem à la presse, parce qu’elle permettra de juger s’il est opportun ou non de poursuivre le débat. Les résultats de la réunion d’hier ne sont guère concluants. Le député Samy Gemayel, qui a évoqué « une perte de temps », a critiqué la formule mixte « parce qu’elle ne favorise pas une représentation correcte des électeurs », tout en affirmant qu’il ne s’y opposera pas si une majorité se dégage autour d’elle.


Il est fort à craindre qu’une absence de consensus autour d’une nouvelle loi électorale n’accentue la tension et les surenchères politiques, vecteurs possibles d’un vide constitutionnel contre lequel l’ambassadeur d’Arabie saoudite a mis en garde alors que, selon lui, le Liban s’apprête à connaître « un bel été prometteur ». C’est ce que Ali Awad Assiri a déclaré dans un entretien téléphonique avec notre correspondante à Baabda, Hoda Chédid, en invitant toutes les parties à « conjuguer leurs efforts pour privilégier le dialogue et l’entente, et se joindre au processus positif (enclenché par la désignation de M. Salam à la tête du gouvernement) et à l’action qui doit être menée en prévision d’un été prometteur ».


D’aucuns ont vu dans ces propos une allusion à une levée des restrictions imposées par Riyad au voyage des Saoudiens au Liban.

 

 

Lire aussi

Pour rappel, l'éditorial de Issa Goraieb

 

Bâtarde, la mixité, l'article d'Elie Fayad

 

Retour à la case départ, l'éclairage de Scarlett Haddad

Pas de précipitation, mais pas de retard non plus dans la mise en place du nouveau gouvernement, a assuré hier le Premier ministre désigné, Tammam Salam, au terme d’un deuxième round de concertations à Baabda, avec le président Michel Sleiman. Selon ses proches, le successeur de Nagib Mikati réalise que le temps ne joue pas en sa faveur et espère parvenir sans tarder à bâtir sa nouvelle équipe, sur base des critères auxquels il reste attaché : une équipe restreinte, apolitique, composée de personnalités de nature à provoquer un choc positif au double plan local et international, mais sans heurter les sensibilités des différentes parties en présence, et dont la tâche principale serait de préparer les prochaines législatives et de prémunir bien entendu le Liban contre de redoutables retombées de la guerre en...
commentaires (2)

Bien que les armes illégales soient toujours là pour menacer et intimider, et puisqu'il semble pour l'instant que le Président et le nouveau Premier ministre soient les seuls dotés d'un minimum de bon sens, que ces derniers désignent les ministres d'un gouvernement de transition, quitte à les imposer, et que ceux qui ne sont pas contents aillent se faire voir. Cela fait bien longtemps que nous n'avons plus le temps de tourner en rond et en concertations qui ne servent absolument à rien.

Robert Malek

12 h 23, le 17 avril 2013

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Commentaires (2)

  • Bien que les armes illégales soient toujours là pour menacer et intimider, et puisqu'il semble pour l'instant que le Président et le nouveau Premier ministre soient les seuls dotés d'un minimum de bon sens, que ces derniers désignent les ministres d'un gouvernement de transition, quitte à les imposer, et que ceux qui ne sont pas contents aillent se faire voir. Cela fait bien longtemps que nous n'avons plus le temps de tourner en rond et en concertations qui ne servent absolument à rien.

    Robert Malek

    12 h 23, le 17 avril 2013

  • J'avais ecrit hier que la decision de M. Tamam Salam de creer un gouvernement apolitique etait excellente. L'article d'aujourd'hui prouve que rien ne va changer puisque chaque ministre designe aura des allegeances politiques, soit au 8 mars, soit au 14 mars.... J'ai ete d'une naivete...

    Michele Aoun

    10 h 30, le 17 avril 2013

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