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Liban - Éclairage

Retour à la case départ

Le scénario était presque parfait. Fort des dispositions de la Constitution qui lui demande de former le gouvernement en accord avec le président de la République et soucieux d’agir au plus vite, le Premier ministre désigné avait préparé à la fin de la semaine dernière une formule de 14 ministres qu’il a soumise au chef de l’État. Tammam Salam avait choisi des noms qu’il considérait plus ou moins acceptables pour toutes les parties, comme il l’avait promis et il avait envisagé de donner le portefeuille de l’Énergie à un proche de Walid Joumblatt croyant ainsi gagner le leader druze à sa cause. Mais, comme l’avaient d’ailleurs relevé le général Aoun, le Hezbollah et le mouvement Amal, il s’était abstenu de les consulter, sous prétexte qu’il avait déjà effectué les consultations parlementaires obligatoires. Son projet était donc de former un gouvernement de technocrates, chargé d’organiser les élections législatives au plus vite avec les moyens de bord et s’il n’y a pas une nouvelle loi d’ici au 19 mai, sur la base de la loi de 1960.
Le chef de l’État, qui souhaite lui aussi la tenue des élections au plus tôt, a salué la volonté du Premier ministre d’être rapide, mais il a voulu savoir si Walid Joumblatt avait été consulté. Apprenant que ce n’était pas le cas, il a suggéré à Tammam bey de le faire au plus tôt. Et c’est là que le grain de sable s’est glissé dans la machine pourtant bien rôdée. D’une part, Walid Joumblatt a considéré que la formule est inacceptable, réitérant son refus d’accorder sa confiance à un gouvernement qui ne représente pas toutes les composantes politiques libanaises. D’autre part, à peine informé de la démarche, le président de la Chambre Nabih Berry est aussitôt entré en contact avec le Premier ministre désigné pour exprimer sa protestation, allant même jusqu’à lui demander comment il peut ignorer totalement des composantes politiques qui représentent une partie non négligeable de la population, en une période aussi tendue. Berry a insisté sur le fait qu’en ces temps sensibles, il est important d’obtenir la plus grande adhésion possible au prochain gouvernement surtout après sa désignation quasi unanime, qui exprime une volonté de toutes les parties de coopérer avec lui. L’éventail des discussions s’est ainsi élargi, alors que certains médias commençaient à annoncer l’imminence de la formation du gouvernement.
Certains milieux du 14 Mars ont commencé à distiller des informations sur l’annonce de la formation d’un gouvernement de « technocrates » ou de personnalités relativement « neutres » dans le but d’organiser les élections au plus tôt que le Parlement adopte ou non une nouvelle loi. Ces milieux ont même ajouté que même si Walid Joumblatt n’accorde pas sa confiance à ce gouvernement et si celui-ci, par conséquent, n’a pas la confiance du Parlement, il remplace de facto l’actuel et sera chargé de gérer les affaires courantes à sa place. Des sources du 8 Mars ont aussitôt riposté en précisant que, selon la Constitution, la passation des pouvoirs entre les ministres sortants et les nouveaux s’effectue après le vote de confiance du Parlement. Si la coutume au Liban veut que cette passation ait lieu en général sitôt la formation du gouvernement annoncée et sitôt le décret signé par le président, cela reste une violation de la loi, qui passe parce qu’en général il n’y a pas de problème entre le gouvernement sortant et son successeur. Mais si le Premier ministre veut passer outre le consensus et maintenir l’annonce de son gouvernement alors que le chef de l’État est disposé à signer le décret, les ministres du bloc du Changement et de la Réforme, ainsi que ceux du Hezbollah et probablement ceux d’Amal refuseront de quitter leurs ministères. Ce qui devrait compliquer encore plus la situation. Face à cette réaction radicale et suite à l’opposition de Joumblatt, le Premier ministre désigné a dû renoncer à son projet et reprendre les concertations avec les parties qu’il avait jusque-là ignorées. C’est donc d’un retour à la case départ qu’il s’agit. D’ailleurs, aujourd’hui, les milieux proches de Tammam bey préfèrent parler de « ballon d’essai » et démentent le fait que le Premier ministre désigné aurait déjà présenté une formule complète au chef de l’État à la fin de la semaine dernière. Mais les sources du 8 Mars sont convaincues d’avoir mis en échec une première tentative de les exclure du pouvoir à travers la formation d’un gouvernement de technocrates ou ce qu’ils appellent « un gouvernement du fait accompli ». Elles considèrent toutefois que le projet de former un gouvernement du 14 Mars ou presque, chargé d’organiser des élections sur la base de la loi de 1960 qui assurerait la victoire de ce camp aux législatives, est toujours envisagé et c’est pourquoi le camp adverse fait preuve d’une grande vigilance. Les sources du 8 Mars rappellent aussi que dans son dernier discours, le secrétaire général du Hezbollah avait lancé un avertissement très clair en demandant à toutes les parties concernées de « ne pas faire de faux calculs » avec son camp. Le message a donc été reçu et la visite du ministre de l’Énergie hier à l’ambassadeur d’Arabie saoudite n’est que la concrétisation de la nouvelle volonté de faire participer toutes les parties aux concertations gouvernementales. Mais au fond l’équation reste la même : le 8 Mars veut une entente préalable sur le sort des élections et sur une nouvelle loi électorale, alors que le 14 Mars donne la priorité à la formation d’un gouvernement « neutre » chargé d’organiser les élections le plus tôt possible, quelle que soit la loi... Deux lignes parallèles peuvent-elles se croiser ?
Le scénario était presque parfait. Fort des dispositions de la Constitution qui lui demande de former le gouvernement en accord avec le président de la République et soucieux d’agir au plus vite, le Premier ministre désigné avait préparé à la fin de la semaine dernière une formule de 14 ministres qu’il a soumise au chef de l’État. Tammam Salam avait choisi des noms qu’il considérait plus ou moins acceptables pour toutes les parties, comme il l’avait promis et il avait envisagé de donner le portefeuille de l’Énergie à un proche de Walid Joumblatt croyant ainsi gagner le leader druze à sa cause. Mais, comme l’avaient d’ailleurs relevé le général Aoun, le Hezbollah et le mouvement Amal, il s’était abstenu de les consulter, sous prétexte qu’il avait déjà effectué les consultations parlementaires...
commentaires (2)

C'est tellement vrai et desolant... Quel futur pour le Liban et les Libanais?

Michele Aoun

11 h 34, le 17 avril 2013

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Commentaires (2)

  • C'est tellement vrai et desolant... Quel futur pour le Liban et les Libanais?

    Michele Aoun

    11 h 34, le 17 avril 2013

  • C est un plongeon dans les égouts de la politique libanaise, bientôt il va falloir demander une tutelle étrangére pour organiser les élections tellement les politiciens locaux sont des incapables, il n a qu à jetter l éponge Mr Salam... Je serais une ligne paralléle, je me sentirais insultée d 'être comparée à un trajet politique au Liban... Quelle misére politique!!

    CBG

    10 h 26, le 17 avril 2013

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