Le Premier ministre libanais désigné, Tammam Salam. AFP / ANWAR AMRO
Le Premier ministre désigné Tammam Salam poursuit son action en catimini, dans le calme, loin de la tourmente politique dans laquelle d’aucuns cherchent déjà à l’entraîner. En dépit des conditions
rédhibitoires que l’ensemble des protagonistes du 8 Mars est en train de lui poser tous les jours, en réclamant un cabinet politique d’union nationale, le nouvel homme fort du moment a déjà fixé les principes sur lesquels il entend former son équipe ministérielle.
De sources bien informées, l’on affirme ainsi que M. Salam annoncerait dans le courant de la semaine une formule de fait de 24 noms « non partisans », ne comprenant ni des candidats aux prochaines législatives ni des ministres sortants du dernier cabinet, mais représentatifs des différentes régions du pays et comprenant des femmes. Le principe général étant, pour le Premier ministre désigné, de mettre « la bonne personne au bon poste » et de ne faire de cadeaux à personne. Ainsi, l’idée de consacrer un portefeuille à une communauté, un bloc politique ou même un « entourage » politique est écartée : le féodalisme et le népotisme ministériel, c’est fini. Il en est de même pour le principe du tiers de blocage issu du compromis de Doha : c’est aussi terminé. Le seul principe supérieur valable est de former un cabinet « apolitique » au sens large du terme, c’est-à-dire un cabinet débarrassé des tiraillements politiques afin qu’il puisse se consacrer à sa mission première : organiser les prochaines législatives dans le climat précaire au plan sécuritaire qui sévit dans le pays, en raison notamment de la crise syrienne.
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Le 8 Mars
En attendant sa nouvelle prise de contact avec le Premier ministre désigné, qui devrait avoir lieu incessamment, le Hezbollah a maintenu sa ligne doctrinale : un gouvernement d’union nationale, sinon, rien.
Le chef du bloc parlementaire du parti pro-iranien, Mohammad Raad, et le président de son conseil chérié, cheikh Mohammad Yazbeck, ont tous deux été dans ce sens hier. « Nous n’utilisons plus le terme cabinet d’union nationale, parce que cela braque certains, qui pensent immédiatement au tiers de blocage. Nous insistons pour un gouvernement de partenariat national au sein duquel toutes les parties seraient représentées selon leurs dimensions politiques », a indiqué M. Raad.
Même son de cloche du côté du Courant patriotique libre. Le ministre sortant Gebran Bassil, qui a inauguré un projet hier soir à Bekaata en présence de son beau-père, le chef du CPL, Michel Aoun, a lancé une attaque contre le principe d’un cabinet non politique : « Le poids politique garanti par le général Aoun et son bloc sont derrière ces exploits, loin de la légèreté politique, mentale, comportementale et représentative dont nous avons l’habitude avec les groupes d’indépendants dans ce pays. » « Nous avons essayé la neutralité, aussi bien dans ce cabinet que dans le précédent, et nous en avons vu les résultats », a-t-il notamment lancé.
Le ministre sortant Nicolas Sehnaoui a évoqué, lui, « l’attaque ciblée contre les ministères des Télécoms et de l’Énergie » dans les médias dans le but de bouter le CPL hors du cabinet, vantant les réalisations de son ministère, qui « engrange 1,5 milliard de dollars par an » et qui a fait « un bond, en phase avec la technologie du XXIe siècle avec la modernisation des réseaux de téléphone mobile ». Le ministre a accusé le 14 Mars de chercher à « saper tous les exploits réalisés » par le CPL dans les ministères qu’il détenait. « Mais ils ne réussiront pas », a-t-il souligné.
Le député Simon Abiramia a estimé pour sa part que pour résoudre les différents dossiers chauds et épineux du moment, un cabinet politique soutenu par les différents partis, qui serait représentatif de l’envergure politique sur le terrain de chaque force, est nécessaire. Il a exprimé sa crainte concernant les noms qui circulent dans les médias « qui, sous le couvert de la neutralité, cachent le courant du Futur et ses alliés ». « Celui qui réclame un cabinet de technocrates veut un cabinet n’assumant aucune responsabilité des incidents qui se produiraient sur la scène libanaise (...). Il s’agit d’une formule inadaptée au Liban. Le bloc du Changement n’accepte pas un tel cabinet, qui ne peut prendre de grosses décisions cruciales », a dit quant à lui le député Nabil Nicolas.
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Le député Assaad Hardane, qui a été reçu hier par le président de la Chambre, Nabih Berry, a lui aussi estimé que « le seul moyen de résoudre les problèmes du pays » est un cabinet d’union nationale. « Toute cette histoire de technocrates n’est que perte de temps », a-t-il souligné, ce qu’ont également affirmé en substance les partis pro-Assad dits « nationaux » au cours de leur réunion hebdomadaire.
Le ministre sortant proche de Talal Arslane, Marwan Kheireddine, qui risque de voir sa participation compromise si tous les ministres du cabinet Mikati sont écartés, a lui aussi plaidé en faveur d’un cabinet politique regroupant toutes les parties.
Quant à l’ancien député Émile Émile Lahoud, il a carrément lancé une mise en garde : un gouvernement de fait conduirait à « une division du pays ».
C’est ce panorama peu rassurant qui a fait dire hier au député Serge TerSarkissian que la formation du cabinet « semble compromise », tandis que Camille Dory Chamoun a soutenu l’idée d’un cabinet neutre et crédible.
Qu’à cela ne tienne, des sources proches de Nabih Berry refusent de se laisser aller au pessimisme, estimant qu’il est fort possible que la formule Salam fonctionne, d’autant qu’il existe un soutien international très puissant à l’idée d’un cabinet neutre et plutôt apolitique, et que des contacts seraient entrepris actuellement entre le Hezbollah et Riyad pour aider Tammam Salam à mener à bien sa mission.
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